Jam

Sound of Korea (3/3) : Didi Han, de Séoul à Paris

31 déc. 2021 à 07:00Temps de lecture3 min
Par Guillaume Scheunders

En septembre dernier, 박혜진 Park Hye Jin dévoilait son premier album, Before I Die, plaçant la Coréenne parmi le trio de tête d’un genre que l’occident a désormais nommé K-House, aux côtés de Peggy Gou et Yaeji. Trois artistes qui partagent une similarité étonnante : elles ont acquis leur notoriété musicale en dehors de leur pays d’origine. Berlin pour Peggy Gou, New York pour Yaeji et Londres, puis Los Angeles pour la dernière. Il n’en fallait pas plus pour nous poser cette question : pourquoi cette house coréenne reçoit plus de succès à l’étranger que dans son pays d’origine ? On a mené l’enquête aux côtés de trois ressortissants du pays des matins calmes. Après Julian Quintart et Richard Price de Seoul Community Radio, c’est la DJ et productrice Didi Han qui prend la parole dans ce dernier article consacré à la musique coréenne.

From Seoul, with love

Pour compléter notre triptyque sur la musique underground coréenne, on se devait de récolter l’avis d’une artiste issue de ce milieu et dont la musique est considérée comme de la K-House. Notre regard s’est tourné vers Didi Han. Comme ses compatriotes citées plus haut, elle a quitté la Corée, direction Paris cette fois-ci, où elle a signé chez Roche Musique (Dabeull, FKJ, Kartell…). Une décision qui semblait faire sens à ses yeux : "En Asie, c’est très difficile d’émerger en produisant de la musique électronique. Après être arrivée à Paris, je me suis rendu compte que ça pouvait être un métier. En Corée, le gouvernement ne respecte pas forcément le travail de DJ. Pour eux, les DJs sont uniquement liés au monde de la nuit, qui lui-même est associé à des choses négatives."

Ce serait un peu ennuyeux de vivre en Corée pour moi aujourd’hui.

C’est pourtant en Asie que son parcours a commencé il y a huit ans, en tant que DJ. Une carrière qui lui a permis de se faire connaître et de voyager dans tout le continent. Mais après un certain temps, elle a été confrontée aux limites de la scène underground en Corée, ce qui a justifié ses envies de départ : "J’ai été longtemps DJ en Corée et donc j’ai l’impression que j’ai déjà joué dans tous les lieux. J’ai perdu une sorte de curiosité là-bas. Ce serait un peu ennuyeux de vivre en Corée pour moi aujourd’hui."

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L’Europe des opportunités

Un manque de diversité qui fait migrer les artistes coréens en Europe ou ailleurs afin de trouver de nouveaux horizons. Et en arrivant, ils découvrent un écosystème totalement différent. "En Asie, je faisais tout moi-même. Je travaillais seule car là-bas il n’y a pas d’agents ou de managers dans la scène underground. Depuis que je suis ici, j’ai une personne qui s’occupe du booking et du management", explique Didi Han. L’écart se fait aussi ressentir au niveau des soirées : "En arrivant à Paris, j’ai constaté que les clubs avaient tout le temps des grosses soirées avec des grands DJ. En Corée, quand je regardais s’il y avait une soirée, je devais avoir de la chance pour tomber sur quelque chose de vraiment bien. J’ai l’impression qu’ici la scène est vraiment immense."

Émigrer en Europe, c’est aussi s’ouvrir à plus d’opportunités, notamment en termes de collaborations. "Ce n’est pas facile d’aller en Corée étant donné que c’est un peu une île. Ici, il y a des gens qui viennent et qui repartent constamment, je peux rencontrer beaucoup d’artistes plus facilement. J’ai fait beaucoup de featurings avec des personnes d’autres pays, d’Israël, de New-York, de Paris… C’est plus facile de développer ma musique."

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Revenir en Corée ? Pas avant un bon moment

"Je ne veux pas retourner en Corée avant un bon moment", affirme Didi Han d’une manière assez catégorique. Car même si le milieu underground coréen se réveille petit à petit, surtout porté par les jeunes générations, et que les clubs s’ouvrent à cette culture plus alternative, il reste assez en retard par rapport à l’occident. Et surtout, les artistes de cette sphère n’obtiennent que très peu de soutien de l’industrie musicale. "En Corée, quand tu parles de culture underground aux grandes maisons de disques, ils se disent juste « no money » et ne te donnent pas l’opportunité de travailler pour eux."

Il y a aussi un bénéfice à signer sa musique en Europe plutôt qu’en Corée, ce qu’ont compris les artistes comme Didi Han. Car généralement, un morceau sorti en Corée sur Spotify ou Apple Music ne sera pas disponible à l’étranger. De quoi rendre la promotion de sa propre musique à l’internationale plutôt compliquée. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est très avantageux pour les DJ et producteurs de K-House de changer de pays pour leur carrière.

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Didi Han compte rester encore quelques années à Paris avant de changer de pays, sans toutefois quitter l’Europe. Sa carrière a été forcément freinée par la crise sanitaire et la fermeture des clubs qui touche actuellement de nombreux pays, dont la France et la Corée. De quoi ralentir l’essor de la culture underground coréenne qui semble grouiller aux quatre coins de Séoul.

Ainsi s’achève cette série qui a voulu s’intéresser à la Corée autrement qu’en parlant de Squid Game, Parasite ou BTS. Un véritable éveil d’une scène underground fascinante s’opère actuellement dans le Pays des matins calmes et devrait grandir d’une manière exponentielle dans les années à venir. Jam gardera un œil tourné vers Séoul pour être sûr de ne rien rater de cette évolution !

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