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Spy, Gesves, Andenne… le berceau de l’Homme de Néandertal en Wallonie [carte interactive]

À la Grotte Scladina à Andenne, une importante découverte scientifique qui confirme la présence d’un nouvel individu néandertalien vient d’être effectuée. Il y a presque 30 ans, des chercheurs y avaient déjà trouvé les ossements de " l’Enfant de Sclayn ". Mais cette grotte est loin d’être la seule en Wallonie à faire l’objet de découvertes sur l’Homme de Néandertal. Spy, Gesves, Engis… descendez avec nous dans les profondeurs de notre histoire !

Une simple dent, c’est ce qui a été découvert dans les profondeurs de la grotte Scladina à Andenne. Mais cette découverte confirme à elle seule la présence d’un nouvel individu néandertalien chez nous.

Cette dent, vieille d’au moins 40.000 ans, permettra de livrer de précieuses informations, notamment sur l’âge et le mode de vie de l’individu. Et ce en partie, grâce au tartre présent sur la dent. " Ce tartre, que les dentistes ont vite tendance à enlever chez nous, est en fait une mine d’informations ", explique Grégory Abrams, conservateur au Centre archéologique de la grotte Scladina, au micro de Boukè. " Cela donne des informations sur ce que l’on a mangé, ce que l’on a consommé… ce qui est absolument précieux concernant le Néandertalien. "

>> À suivre : " Cette découverte doit être valorisée dans le cadre du tourisme wallon ", explique la ministre Valérie de Bue à Boukè.

Juste une dent oui… mais néandertalienne !

La grotte Scladina est le seul site de Belgique à faire l’objet de fouilles permanentes et cette découverte est phénoménale, sans doute la plus importante depuis celle de " l’Enfant de Sclayn " en 1993. À l’époque, la mandibule d’un Néandertalien, ainsi que 16 de ses dents, ont été retrouvées. Des années de recherche ont permis de déterminer que l’enfant était une petite fille de 8 ans et qu’elle consommait de la viande d’herbivores vivant dans les plaines.

Cette nouvelle découverte monopolise donc l’intérêt de la communauté scientifique internationale. Mais la Grotte Scladina est loin d’être la seule à avoir dévoilé des ossements du Néandertalien en Wallonie.

Des découvertes exceptionnelles dès le début du 19ème siècle

On a découvert des traces de la civilisation néandertalienne sur près de 400 sites wallons. Mais parmi eux, seules huit grottes ont dévoilé des fossiles de cette espèce datant du Paléolithique. Ce chiffre, qui peut paraître bas, est pourtant très important pour un territoire de la taille de la Wallonie.

" À l’échelle de l’Europe, la Wallonie a l’un des plus hauts taux de fossiles d’humains néandertaliens ", nous explique Fernand Collin, préhistorien et directeur du Prehistomuseum à Flémalles. " Évidemment, les frontières n’ont aucun sens dans la recherche concernant cette période mais les découvertes faites sur le territoire wallon ont une haute valeur historique et documentaire. "

C’est au début du 19ème siècle, en 1829 plus précisément, que le médecin Pierre-Charles Schmerling va faire une découverte extraordinaire du côté d’Engis. Lors d’une visite auprès d’un patient, il aperçoit des enfants jouer avec des os qu’il identifie rapidement comme des fossiles minéralisés. À partir de ce moment, il va explorer des dizaines de grottes de la région liégeoise. Sur la rive droite du ruisseau des Awirs, à Engis, il va trouver une calotte crânienne, considérée plus tard comme le premier fossile de type néandertalien trouvé au monde !

Mais cette découverte était sans doute trop novatrice pour l’époque. " Quand Schmerling publie ses recherches en 1833, il fait œuvre de démonstration scientifique avec un grand S ", continue le préhistorien. " Personne à cette époque-là n’envisage une humanité avant le déluge. Quand Charles Darwin publie son livre en 1859, il est aussi à contre-courant des idées ambiantes, pareil lorsque l’on découvre l’Homme de Neandertal à Dusseldörf en 1856. Reconnaître une humanité primitive au 19ème siècle n’était absolument pas acceptable. C’est en ça que la Wallonie a joué un rôle capital dans l’histoire des sciences. "

L’Homme de Spy comme confirmation

Plusieurs grandes découvertes vont alors avoir lieu, dont plusieurs en Wallonie. En parallèle des ossements trouvés dans la vallée de Neander à Dusseldörf, une mandibule est trouvée dans la grotte de la Naulette en 1866, à Houyet. Elle permet d’identifier une dentition archaïque, avec des emplacements de fortes canines et de larges molaires.

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Mais c’est une autre découverte faite chez nous, à Spy, qui va complètement confirmer l’existence d’une " humanité primitive ". En 1886, des chercheurs liégeois organisent des fouilles et tombent sur plusieurs ossements de Néandertalien. " Les anthropologues ont alors pu démontrer qu’il y avait là une espèce différente d’Homo Sapiens à l’aide de la morphologie de tous les crânes découverts jusque-là. La fin du 19ème est, avec la découverte de Spy, la clé de voûte de la recherche sur le Néandertalien. Cela va notamment permettre les recherches sur l’ancienneté de l’Humanité et les espèces antérieures au Néandertal. "

L’enfant de Sclayn et la redécouverte des ossements de Goyet

Pendant plus d’un siècle, aucun ossement de Néandertaliens ne sera identifié sur le territoire wallon et ce, jusqu’à " l’Enfant de Sclayn " en 1993. À l’échelle européenne, les découvertes faites à Scladina sont essentielles pour continuer à comprendre l’espèce néandertalienne. " Par exemple, pour ‘l’Enfant de Sclayn’, on est dans une période ancienne du Paléolithique moyen, il y a -110.000 ans. Tandis que cette nouvelle dent nous situe à l’extrême fin de ce Paléolithique moyen il y a -45.000 ans. Une simple dent est donc intéressante pour approfondir les connaissances morphologiques, mais elle peut aussi donner lieu à des analyses d’ADN. Chaque découverte est l’occasion d’étendre notre champ de connaissance. "

Et certaines trouvailles faites il y a des années peuvent nous en apprendre énormément aujourd’hui. En 1868, des fouilles successives dans la grotte de Goyet, à Gesves, mettent à jour des ossements qui se retrouvent finalement entreposés dans des caisses au Musée d’Histoire Naturelle jusqu’en… 2004. Patrick Semal, qui dirige la section Anthropologie du musée, tombe alors, en fouillant dans un tiroir, sur un bout de mâchoire appartenant à un homme de Néandertal.

Au fil des années, les paléontologues examinent le résultat de ces fouilles et identifient des morceaux d’os appartenant à 13 individus néandertaliens différents. Avec l’aide d’images à haute résolution, ils détectent des traces de dépeçage. Conclusion : les Néandertaliens des grottes de Goyet étaient cannibales ! C’est la première fois qu’on trouvait des traces de cannibalisme chez l’homme de Néandertal dans le Nord de l’Europe.

Des recherches encore en cours

Avec une molaire mise au jour dans le Trou de l’Abîme à Couvin, un fémur et une dent dans les Grottes de Fonds de Forêt à Trooz et une dent dans la Grotte Walou, également à Trooz, cela porte à huit le nombre de grottes dans lesquelles des restes de Néandertaliens ont pu être découverts en Wallonie. Plusieurs d’entre elles font d’ailleurs toujours l’objet de recherche, comme celle de Scladina qui est en fouille permanente.

Et si la prochaine découverte se faisait sur un nouveau site wallon ? " À Modave, dans le Trou al’Wesse, on a retrouvé de l’ADN de Néandertaliens dans la terre. Des fouilles, menées par l’Université de Liège, ont lieu pour trouver des vestiges de cette époque-là. Ce site a le potentiel pour nous délivrer de nouveaux fossiles ", se réjouit le préhistorien.

Les huit sites à fossiles néandertaliens

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