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Hep Taxi

Stephan Streker, coeur qui bat entre foot et cinéma

Stephan Streker
27 nov. 2021 à 13:11Temps de lecture4 min
Par lver

A la fois, cinéaste et consultant foot à La Tribune et spécialiste des Diables Rouges. L’homme d’images et de médias se donne à fond, quelque soit son terrain de jeu. Hep Taxi l’a embarqué.

Là où certains réussissent à vivre de leur seule passion. Une aubaine déjà. D’autres ont carrément, la baraka cumulant leurs centres d’intérêts. Stephan Streker est de ces derniers. " Je pense que j’ai beaucoup de chance, J’ai un double dream job, en fait. " conscientise-t-il. Le foot et le cinéma, deux passions qui ont cueilli ce molenbeekois pure souche, fils unique d’une secrétaire de direction et d’un bibliothécaire dès sa tendre jeunesse.   

L’amour précoce du ballon rond et des films

Gamin, il découvre le foot avec son père au Stade Martens. Du RWDM, Stephan garde des souvenirs émus. De son premier autographe signé par son idole, Maurice Martens au sacre du Racing White Daring, champion de Belgique en 75. Fidèle à ses premières amours, Stephan Streker reste un éternel supporter du club de Molenbeek. Dans son deuxième long, Le monde nous appartient (2013), il rendra d’ailleurs hommage à ses Dieux du stade, Maurice Martens et Jacques Teugels. Lesquels figurent aux côtés des acteurs Vincent Rottiers, Olivier Gourmet, Reda Kateb et Sam Louwyck.

Le 7e art déboule, lui aussi, très tôt. " Avec mon meilleur ami qui avait mon âge, genre 10 ans, quand il faisait beau, on allait patiner et quand il faisait mauvais, on allait au cinéma. Moi, je préférais qu’il fasse dégueulasse " confie Stephan. Le beau fixe s’invite à l’ULB. Il y fera le journalisme pour rencontrer les cinéastes qui le font rêver. David Lynch, Francis Ford Coppola, Brian De Palma, Sergio Leone et consorts. Ses premiers interviews, l’étudiant les publie déjà dans la presse alors qu’il n’est pas encore diplômé. Il touche aussi à photographie, réalise de nombreuses pochettes de disques et s’essaye à la radio au début des années 80.

Derrière la caméra

Vient le moment d’expérimenter l’objet de son désir. Le passage à l’acte cinématographique se fait en 94, " complètement sur un coup de tête. Avec un pote, on a réalisé un film qui s’appelle Shadow Boxing. Il y avait une demi-page de scénario. C’était essayer de faire ressentir ce qu’est un combat de boxe et le quotidien d’un boxeur amateur " explique Streker. En 13 minutes et en noir et blanc,  il maîtrise son sujet pour avoir chroniqué les matchs de boxe pour Canal +. " C’était totalement inespéré tout ce qu’il s’est passé. On a gagné tous les prix possibles et surtout, on a été au Festival de Clermont-Ferrand qui est un peu la Mecque du court-métrage et a fait le tour du monde. Le grand événement, c’est que le film est découvert par mon futur producteur Michaël Goldberg ".

Le suivant, Mathilde, la femme de Pierre s’avèrera " très autobiographique, quand même " lâche Stephan Streker. " Il y a un petit garçon... Pour faire court, c’est moi " avant d’ajouter : " Pourquoi, je raconte tout ça ?" Un ange passe… Les dons d’accoucheur du praticien Jérôme Colin, peut-être ? " Et donc, c’est une femme qui trompe son mari ". Ce second court métrage est produit par Michaël Goldberg qui poursuivra l’aventure avec son nouveau poulain. Là où on ne l’attendait pas… Dans la peau du personnage principal du premier long de Stephan, " Michael Blanco ", une fiction aux allures de documentaire réalisée en 2005. " C’est le film dont je suis à peu près le plus fier. Ca a été de la folie intégraleEn fait, on a bénéficié de notre inexpérience, de notre naïveté, voire de notre bêtise. S’il n’y avait pas eu tout ça, on ne l’aurait pas fait " nous dit Stephan Streker.

Imaginez cinq potes partis tourner à Los Angeles, en mode guérilla et en pellicule, improvisant un maximum autour de quelques lignes de script. C’est le pitch du tournage mémorable d’un film qui " est le clash entre un individu appréhendé dans sa solitude et la plus grande ville du monde. Et cet individu, c’est le 900.000ème acteur d’Hollywood. Mais ses rêves étaient là et ils étaient sincères. Et c’était l’idée que le besoin de reconnaissance et de notoriété était un besoin assumé " résume son auteur. De la détermination, il en faut. Pour percer dans la Cité des Anges, ces acteurs anonymes sont en concurrence à équivalence de la population bruxelloise !

La collecte des trophées

Avec Noces (2017), les planètes sont alignées comme le souligne le réalisateur : " J’ai bénéficié d’acteurs extraordinaires, l’actrice principale en tête ". Lina El Arabi, qui faisait ici son entrée au cinéma avec comme partenaires Olivier Gourmet, Sébastien Houbani et Babak Karimini. " J’ai écrit le scénario très rapidement. J’étais assez possédé. Je ne voulais pas, vraiment pas du tout être influencé par la véritable histoire " explique Stephan Streker. Souvenez-vous, le crime d’honneur de Sadia Sheik, cette jeune femme belge d’origine pakistanaise assassinée par son frère avec la bénédiction de leur père, le 22 octobre 2007.

Cette tragédie grecque extraordinaire à écrire " a valu au cinéaste un succès public et critique. Distribué dans 25 pays et présenté dans plus de 50 festivals internationaux, le film a remporté une quinzaine de prix. Il fut nommé aux Césars 2018, catégorie "Meilleur Film Etranger". Mais aussi par 8 fois aux Magritte où il y a  remporté les trophées de la meilleure actrice dans un second rôle pour Aurora Marion, et celui des costumes, créés par Sophie Van Den Keybus.

Du judiciaire élémentaire

Ce cinéaste féru de cinéma de genre américain semble, à présent, trouver son inspiration dans les affaires judiciaires. Son quatrième long métrage, " L’Ennemi " porté à l’écran par Jérémie Renier n’est rien de moins que la libre adaptation de l’affaire Wesphael. Du nom de ce politicien qui aurait assassiné, sa femme, Véronique Pirotton dans un hôtel à Ostende, le 13 octobre 2013 et qui fut relaxé par la justice, au bénéfice du doute. " Ce qui m’a intéressé, c’est de raconter l’histoire de quelqu’un à propos duquel toutes les certitudes viennent de l’extérieur. Monter l’amour qui mène au pire est quelque chose d’éminemment cinématographique. Un film qui érige le doute en valeur, ça m’intéressait aussi sur la notion de rédemption et de culpabilité " explique Stephan Streker.

Notre invité prépare déjà son prochain opus consacré au condamné à mort, Roger McGowen. Accusé de meurtre à 22 ans, il clame son innocence depuis 26 ans et croupit dans le couloir de la mort de l'une des pires geôles des Etats-Unis.  En attendant, après plusieurs reports dus aux confinements successifs, " L’Ennemi ", lui, sort enfin dans les salles, le 26 janvier 2022.   

Retrouvez Stephan Streker dans Hep Taxi, ce dimanche 28 novembre, à 20h40 sur La Trois et en replay sur RTBF Auvio !

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