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Subotica, dernier rempart avant l’Europe pour des milliers de migrants irréguliers

Un groupe de migrants afghans est assis dans un wagon d'un train, à destination de la ville de Subotica, dans le nord de la Serbie, près de la frontière hongroise.

© AFP PHOTO / ANDREJ ISAKOVIC

30 août 2022 à 03:59 - mise à jour 30 août 2022 à 06:09Temps de lecture5 min
Par Esmeralda Labye

A l’exception du détroit de Gibraltar, la migration irrégulière vers l’Europe augmente sur toutes les routes. Fin juillet, 155.090 personnes avaient franchi les frontières européennes, soit 86% de plus qu’à la même période en 2021. Selon nos confrères espagnols d’El Pais, c’est le volume le plus élevé des six dernières années. 

La situation est particulièrement criante en Serbie où ils sont des milliers à attendre une hypothétique traversée de la frontière hongroise, dans l’espoir de rejoindre l’Union européenne.

"Plus de 10.000 réfugiés, principalement d’Asie et d’Afrique du Nord, séjournent dans notre pays, et depuis le début de l’année, en sept mois, plus de 65.000 personnes sont passées par la Serbie, dont le plus grand nombre réussi à aller plus à l’ouest ", a déclaré Rados Durovic, le directeur exécutif du Centre d’assistance aux demandeurs d’asile.

Un record qui n’avait plus été enregistré depuis 2015.

Dans le plus grand centre de réfugiés de Belgrade, on compte actuellement 325 personnes. Des Syriens, des Afghans, des Burundais…Pour la plupart des hommes jeunes qui ont l’Europe occidentale en ligne de mire.

Selon les autorités serbes, ces derniers mois, en plus des migrants d’Asie et d’Afrique, sont également arrivés des réfugiés d’Ukraine. Environ 900 personnes ont demandé une protection temporaire. Elles sont restées sur le territoire serbe sur base de demandes de regroupement familial et d’emploi.

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Subotica, dernier rempart avant l’Europe

C’est à Subotica, ville serbe à deux pas de la Hongrie, que la situation est la plus difficile. Les migrants attendent sous des tentes de fortunes, passent le temps comme ils peuvent...Tuent le temps plus exactement.

Interrogé par le quotidien Le Monde, Ahmed, Tunisien de 33 ans s’est improvisé porte-parole. Il est très en colère." Regardez comment la police hongroise nous traite ! Ils nous tapent dessus alors qu’on rêve juste d’une vie meilleure. Je ne gagnais que 300 euros par mois en Tunisie, comment s’en sortir avec ça ? "

Ces hommes ne fuient pas un conflit, une guerre comme les Ukrainiens. Ils veulent travailler. L’Europe de l’Ouest est leur objectif.

Mais sur le chemin du rêve se dresse une clôture, un mur de quatre mètres de haut érigé en 2015 par le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, pour stopper les flux migratoires sur la route des Balkans.

Une clôture acceptée par la chancelière allemande de l’époque Angela Merkel. Pendant 5 ans, la barrière de barbelée a fait diminuer le flux de candidats. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Pourquoi ? Parce que la mer, c’est la mort ? Le taux de mortalité sur les petits canaux de fortune pourrait être une explication. Personne ne sait pourquoi cette route des Balkans est à nouveau choisie.

Le 12 août dernier, Frontex, l’agence européenne des gardes-frontières déclarait ceci : " C’est actuellement la route migratoire vers l’UE la plus active. "

L’arrivée de ces migrants bloqués à la frontière exacerbe les tensions, notamment les tensions entre la Serbie et la Hongrie. " Le mur c’est bien pour les Hongrois mais pour nous c’est pire " a expliqué au Monde, Zoltan, un agriculteur serbe. Pour lui, les migrants détruisent les cultures et les champs.

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L’Italie, devant l’Espagne

Il n’y a pas que la route des Balkans qui attire les migrants. L’Italie est elle aussi de retour sur le devant de la scène. En quelques mois, selon les chiffres transmis par le HCR, le Haut-commissariat aux réfugiés, 44.000 personnes sont arrivées, essentiellement sur l’île de Lampedusa. Soit 40% de plus que l’année dernière, à la même période.

Une situation qui s’explique plus facilement. L’Italie a passé des accords avec la Libye pour limiter les arrivées mais avec la situation chaotique que connaît Tripoli en ce moment, les contrôles des gardes-côtes libyens ne sont plus effectifs. Changement de taille aussi dans la nationalité des migrants foulant le sol italien, ils sont souvent bangladais. (17% soit le niveau des Egyptiens et devant les Tunisiens). Comme le souligne le quotidien Le Monde, l’Italie devient le nouvel objectif des circuits migratoires cherchant à contourner les difficultés de rejoindre la Grèce.

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En 2020, on estimait à 281 millions le nombre de migrants internationaux dans le monde, soit 3,6% de la population mondiale. Soit 128 millions de plus qu’en 1990 et plus de trois fois plus qu’en 1970. https://worldmigrationreport.iom.int/wmr-2020-interactive/?lang=FR

La part des migrants internationaux a augmenté partout dans le monde mais c’est essentiellement en Europe et en Asie. Comme le souligne l’organisation mondiale des Migrants dans son dernier rapport, les migrations internationales ne sont pas uniformes dans le monde, mais façonnées par des facteurs économiques, géographiques, démographiques et autres qui aboutissent à des schémas migratoires distincts, tels que les " couloirs " de migration qui se sont formés au fil du temps.

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La politique migratoire en Europe

L’Europe a toujours été une terre d’immigration. Sa prospérité économique (effective ou relative ?) et sa stabilité politique ont toujours été source d’attirance. Elle a connu plusieurs grandes vagues d’immigration. Rappelons l’arrivée de 500.000 républicains espagnols en France en 1939, du million de pieds-noirs, juifs et musulmans d’Algérie en 1962, de 700.000 Yougoslaves en Europe de l’Ouest en 1992. Sans oublier, plus récemment, les milliers de Syriens, d’Irakiens, d’Érythréens, d’Afghans ou de Somaliens.

Comme le souligne le site toutel’europe.eu, la politique européenne d’immigration et d’asile est véritablement née dans les années 1990.

En 1995, l’espace Schengen entrait en application, abolissant les contrôles aux frontières entre ses États membres et renforçant ce contrôle à leurs frontières extérieures.

Deux ans plus tard, le traité d’Amsterdam donnait pour la première fois une compétence à l’UE dans les domaines de l’immigration et de l’asile. Concrètement, l’Union peut

  • Définir les conditions d’entrée et de séjour des immigrants légaux ;
  • Encourager les États membres à prendre des mesures d’intégration ;
  • Prévenir et réduire l’immigration irrégulière, notamment par une politique de retour des migrants clandestins et la signature d’accords de “réadmission” avec les pays tiers.

 

Chaque État membre, s’il le souhaite, peut fixer le nombre de ressortissants de pays tiers qui entrent sur son territoire dans le but de rechercher un emploi. Il a également la possibilité de rétablir temporairement les contrôles aux frontières nationales en cas de menace pour l’ordre public ou la sécurité. (Ce fut le cas en France en 2015, après les attentats de Paris.)

Depuis 2004, la très décriée agence Frontex, s’occupe de la surveillance de ces frontières pour les États membres de l’UE et ceux de l’espace Schengen.

Les demandeurs d’asile doivent s’en remettre au règlement de Dublin III qui établit les règles afin de déterminer quel État membre de l’UE est responsable de l’examen d’une demande d’asile. Le but est d’éviter qu’un même individu dépose des demandes dans plusieurs pays simultanément. Le principe général est que le pays responsable de la demande d’asile est le pays d’entrée du demandeur d’asile dans l’UE.

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En attendant, les migrants de Subotica espèrent tous rejoindre l’Europe. Les passeurs s’en réjouissent… Eux qui réclament jusqu’à 5000 euros pour traverser la frontière… Ou 300 euros pour une simple échelle, qui mise bout à bout avec 3 autres, permet de faire le mur…

Petit lexique des termes liés à la migration

Un migrant est une “personne qui vit de façon temporaire ou permanente dans un pays dans lequel il n’est pas né” et “qui a acquis d’importants liens sociaux avec ce pays”. Dans ce pays, la présence de ce migrant peut être considérée comme légale ou illégale. (Selon l’Unesco)

Un demandeur d’asile est une personne qui dit être réfugiée mais qui n’a pas encore obtenu ce statut dans l’Etat auquel elle réclame l’accueil.

Un réfugié comme “toute personne qui, craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité”. Et “qui ne peut ou ne veut, du fait de cette crainte, se réclamer de la protection de ce pays”. (Selon la convention de Genève)

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