Succès mitigé pour les masques en tissu du gouvernement fédéral distribués gratuitement en pharmacie

Succès mitigé pour les masques en tissu du gouvernement fédéral distribués gratuitement en pharmacie

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06 août 2020 à 16:45 - mise à jour 06 août 2020 à 16:45Temps de lecture5 min
Par Jean-François Noulet avec Eric Boever

Depuis la mi-juin, les Belges peuvent recevoir gratuitement un masque en tissu fourni par l’État fédéral. Ce sont les masques commandés par la Défense auprès de la société luxembourgeoise Avrox. Sur présentation de la carte d’identité, chaque Belge a droit à son masque gratuitement. 12 millions de ces masques ont été acheminés vers les pharmacies en vue de leur distribution. A ce jour, les Belges n’ont retiré qu’environ 5,5 millions de ces masques. Pourquoi ?

Dans une pharmacie bruxelloise où une équipe de reportage de la RTBF s’est rendue, la pharmacienne confirme, à propos des masques réutilisables gratuits fournis par l’Etat fédéral : " On a reçu 1000 masques et on en a distribué un peu moins de 500 ", explique Sophie Etienne, pharmacienne. A côté de ces masques distribués. Comme la plupart des pharmacies, cette officine vend plusieurs types de masques réutilisables en tissu. Ils se vendent aussi. " Bien sûr, parce que les gens ont besoin de plusieurs masques pour pouvoir faire un roulement. Certaines personnes veulent un masque de couleur, un masque plus joli, plus chic pour aller à un mariage ou un masque avec des lanières qu’on noue à l’arrière de la tête ", explique la pharmacienne. Elle reconnaît avoir vendu plus de masques qu’elle n’en a distribués.

L’avis des utilisateurs est mitigé, lorsqu’ils connaissent l’existence de ce masque fédéral…

Le masque distribué par l’État fédéral est en tissu blanc. Une couture verticale au niveau du nez lui permet d’avoir une forme qui épouse le visage. Classique et sobre, il ne s’est pas imposé chez tous les Belges. : " Pas terrible ", nous dit un premier passant qui poursuit : " La fente au milieu n’est pas pratique parce que le virus pourrait sortir n’importe comment s’il y a un trou et il n’est lavable qu’à 30 degrés, ce qui ne tue pas le virus, donc ce n’est pas efficace ". Au contraire, pour une autre passante, l’avis est positif : " Je le trouve plutôt agréable. J’en ai acheté d’autres en tissu, que je ne supporte pas parce qu’ils me grattent, donc, je trouve celui-là assez confortable ".

D’autres clients ne portent pas ce masque gratuit fabriqué par la société Avrox parce qu’ils en préfèrent d’autres : " J’aime bien tous les masques originaux, je le trouve un peu triste, tout blanc ", dit une passante. " Je porte un autre masque en tissu auquel je me suis habitué ", explique une autre personne. Ou encore " Je fais faire mes propres masques ", dit une autre personne.

Enfin, plusieurs personnes ignorent l’existence de ce masque gratuit : " Je ne savais pas que je pouvais avoir un masque gratuitement. J’en avais déjà donc je ne réfléchis plus trop où en trouver d’autres ", explique une dame. " Je ne savais pas qu’on pouvait avoir un masque à la pharmacie. Je me suis fait faire un masque moi-même, comme ça, je me protège et je protège les autres ", confie une autre.

Les pharmaciens rassurent : le masque fédéral est sûr

Pour Sophie Etienne, pharmacienne, le masque est confortable à l’utilisation, il garde bien les sécrétions. Un avis, qui est celui, de façon générale de l’APB, l’Association Pharmaceutique belge. " Il ne faut pas se méfier des masques. La qualité a été testée et confirmée, tant au niveau sécurité, protection que confort et entretien ", explique Lieven Zwaenepoel, porte-parole de l’Association pharmaceutique belge. Et il invite les Belges qui ne sont pas encore allés retirer leur masque ou ceux de leur famille en pharmacie à le faire. " Il n’y a pas de date limite pour venir le retirer. Il n’y a pas de raison d’attendre, vu la deuxième vague, mais il ne faut pas se presser", poursuit Lieven Zwaenepoel.

Plusieurs facteurs expliquent l’engouement relatif pour ce masque

Le fait que ce masque n’ait été disponible qu’à partir de la mi-juin est une des raisons pour expliquer le relatif succès de ce masque " fédéral ". La pandémie de Coronavirus a pris de l’ampleur à partir de la mi-mars. Même si le masque n’a pas été recommandé, au début, par les autorités, les Belges ont eu le temps de se préparer. Mi-juin, beaucoup de Belges disposaient déjà de masques " maison " ou commercialisés en boutique, en pharmacie ou sur internet. Souvent, les communes avaient déjà, elles aussi, distribué des masques à leurs habitants. La pénurie qui avait prévalu au printemps n’existait plus. Le besoin de masques était moins important qu’au début de la pandémie.

De plus, l’arrivée en pharmacie des masques d’Avrox a été précédée de plusieurs polémiques. Il y a eu, par exemple, des interrogations sur la nature de la société Avrox, des retards dans la livraison, des questions sur la qualité des masques ou encore des discussions concernant le lavage à 30 ou 60 degrés. Autant de remous qui ont peut-être émoussé la confiance des citoyens belges.

Aujourd’hui, l’Administrateur délégué d’Avrox, Laurent Hericord, ne dit pas autre chose. Il confirme que la période de démarrage de la distribution, au début de l’été, n’a pas incité les Belges à aller chercher leur masque. Ensuite, les polémiques lancées autour du masque d’Avrox ont aussi joué un rôle : " Il y a eu une campagne de dénigrement de ces masques faite par certains acteurs politiques et par certaines confédérations qui ont fait du tort au masque, à tort, sur des mensonges éhontés et sur de la calomnie. Aujourd’hui, le masque d’Avrox est un produit de qualité, un produit technique. La Défense ne s’est pas trompée en nous commandant ces 15 millions de masques que nous leur avons livrés. D’ailleurs, une enquête d’une association de consommateurs belge est revenue là-dessus, qui a testé nos masques et a confirmé que nos masques étaient de qualité, comme tous les tests européen et international que nous avons menés sur nos masques ", poursuit Laurent Héricord, Administrateur délégué d’Avrox.

Un masque lavable à 60 degrés

Quant aux questions qui se posaient sur la température de lavage supportée par ces masques, 30 ou 60 degrés, le patron d’Avrox explique que sa société a entrepris des démarches pour rassurer sur les qualités de son produit, après les nombreuses critiques et inquiétudes dont il a été victime : " Si vous regardez bien nos masques avec la nouvelle notice, avec les tests réalisés en Belgique, ils sont lavables à 60 degrés. Je tiens à rassurer le consommateur. Ce masque est lavable 30 fois à 30° avec un bon détergent ou bien 30 fois à 60 degrés en machine. Toutes les nouvelles notices sont disponibles en pharmacie pour ces masques ", explique Laurent Héricord. Et, lui aussi, incite les Belges à aller le chercher en pharmacie " car c’est un vrai produit pour les protéger face au Covid " conclut le patron d’Avrox qui se dit victime de certains acteurs du marché et producteurs de tissus qui ont mal vécu de n’avoir pas remporté le marché.

Outre les tests réalisés par Avrox, la qualité et l’efficacité de ces masques étaient aussi passées banc d’essai de Test-Achats. " Les masques buccaux distribués par les autorités fédérales étaient en ordre ", communiquait le 23 juin Test-Achats, alors que parmi les autres masques testés, la résistance au lavage, l’efficacité du filtre, des élastiques ou de la forme du masque n’étaient pas toujours au rendez-vous.

L’avenir dira si les Belges seront venus nombreux en pharmacie pour retirer les près de 7 millions de masques encore disponibles et distribués gratuitement par l’État fédéral.

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