La Trois

"Sugar": le documentaire éclairant sur une prostitution déguisée

19 nov. 2021 à 14:02 - mise à jour 22 nov. 2021 à 06:37Temps de lecture2 min
Par Fanny Guéret

Cinq jeunes femmes témoignent de leur quotidien de "Sugar baby" avec des "Sugar daddies", ces hommes plus âgés – voire très âgés – et avec d’assez gros moyens pour pouvoir se payer une relation avec de jeunes femmes – voire très jeunes si possible -. Un phénomène d’un nouveau genre, une forme de prostitution qui ne dit pas son nom, et qui vend de la poudre aux yeux à ces jeunes femmes en situation de précarité face à des hommes se persuadant de vivre une vraie relation amoureuse.

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Elles sont jeunes, très jeunes parfois. Elles sont étudiantes et ne parviennent pas à joindre les deux bouts. Alors elles se sont tournées vers des sites de "Sugar dating" leur promettant une vie de princesse… avec un prince charmant. Phénomène arrivé en Europe depuis les Etats-Unis, ces sites se gardent bien de parler de proxénétisme pour ne pas basculer dans l’illégalité. Dans ce documentaire, cinq d’entre elles lèvent le voile sur cette nouvelle forme de prostitution et parlent cash de leur quotidien en France. De leurs difficultés financières aux quelques clics qui va faire basculer leur vie dans une sorte de bulle à part. La réalisatrice a choisi le cadre rassurant d’un château, un vrai château de conte de fées pour un récit qui tient plutôt du cauchemar.

Rien que les termes "sugar", "baby" et "daddy" renvoient déjà à une imagerie enfantine, et le message transpire le mensonge : "Sortir avec un Sugardaddy : une vie de luxe au-delà des attentes. Les Sugardaddies soutiennent leurs Sugarbabies en leur offrant de généreux cadeaux ou de l’argent. En échange, la Sugarbaby doit comprendre qu’il faut être agréable, belle et un élément relaxant dans la vie de son Sugardaddy".

Il en résulte pour ces jeunes femmes des traumas : l’une parle d’engagement "émotionnel et psychologique" important, ne permettant pas de mettre la distance comme elle l’avait imaginé. La difficulté à se livrer, physiquement, mais aussi à "s’ouvrir sur qui on est parce qu’il veut savoir". Le sentiment "de pourrir à l’intérieur de soi". Une autre évoque l’image dégradante d’elle-même et la perte de confiance en soi. Et encore la difficulté de devoir cacher une partie de sa vie à l’entourage et le sentiment d’avoir une vie en décalage avec la vie d’étudiant.e. L’épuisement à devoir se conditionner, "détacher ses émotions de son corps", "se sentir tellement vide qu’on a plus d’émotions". Les situations violentes et insécurisantes qui laissent des traces plusieurs mois après. Et aussi l’engrenage à multiplier les relations pour gagner toujours plus d’argent. Parvenir ou pas à reprendre une vie normale. Jusqu’à se perdre totalement parfois.

"Sugar", un documentaire de Nina Robert à voir sur La Trois ce lundi 22 novembre à 20h30.

Sugar

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