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Sur la route avec Camille Saint-Saëns : Episode 4 - 1870

Portrait de profil de Camille Saint-Saëns, réalisé par Pauline Viardot
27 déc. 2021 à 10:52Temps de lecture4 min
Par Cécile Poss

Peu avant 1870, Pauline Viardot a réalisé un dessin du compositeur. Le musicologue Jean Gallois décrit le trait : "Un nez proéminent hérité de sa mère que chevauchent de fines bésicles, le front est légèrement bombé mais fuyant, le menton est en retrait. Les cheveux lisses, tirés en arrière, laissent l’oreille bien dégagée que relie jusqu’au bas du visage, une petite barbiche clairsemée, comme les moustaches. Les épaules tombantes, la poitrine plate accusent une maigreur, peut-être même un certain mal de vivre dû à une santé fragile. On ne peut pas dire que Saint-Saëns soit beau. Et pourtant, l’on perçoit dans ce visage austère et fermé, une force intérieure concentrée et un œil scrutateur auquel rien ne semble devoir échapper."

Camille Saint-Saëns a 32 ans lorsqu’il est nommé Chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur, ce dont il est très fier. Il est alors un pianiste réputé, organiste des deux grandes tribunes, St Merry et la Madeleine, il est nommé professeur de piano à l’Ecole Niedermayer où il enseigne de 1861 à 1865 et compte dans sa classe Eugène Gigout, Julien Koszul, Albert Périlhou, Edouard Marlois, Adam Laussel, André Messager et Gabriel Fauré.

Mais l’année 1870 annonce un changement majeur, c’est la Guerre Franco-Prussienne. Les musiciens ainsi que Saint-Saëns sont mobilisés. Fauré est dans la milice, Duparc dans la garde mobile, Massenet dans l’infanterie ; D’indy, Coquard, Bizet rejoignent le service de garde, Saint-Saëns, lui rejoint le 4e bataillon de la garde nationale. Il écrit à sa mère : "En parfaite santé malgré les fatigues et insomnies. Pas d’autre accident que des rhumes dans le régiment. Etudes comparées sur le chant d’obus…C’est grandiose et superbe, le jeu vaut la chandelle. Mille Baisers".

La guerre franco-prussienne sert de terreau à une autre révolte qui gronde et éclate en ce Paris assiégé. Les généraux souhaitent récupérer les canons parisiens, ce qui met le feu aux poudres. Les esprits s’échauffent, la colère monte, un autre épisode sanglant est enclenché. Le 18 mars 1871, La Commune de Paris commence et ne s’achèvera que 72 jours plus tard. Durant la Commune, la mère de Camille et sa tante, Charlotte Masson craignent pour la vie du compositeur. Après tout, Gounod n’est-il pas allé à Londres avec sa femme et ses deux enfants ? Saint-Saëns était alors l’organiste d’une des plus riches églises et il était garde national, une cible parfaite pour les Communards.

Le compositeur suit les sages conseils de sa mère et de sa tante. Un soir, il se rend à la gare du Nord et prend le train, direction Londres où se tient une exposition universelle. Camille Saint-Saëns obtient une place au Royal Albert Hall et inaugure l’orgue du lieu. C’est que les compositeurs français et leurs musiques sont appréciés sur l’île britannique. Pour reprendre les mots de Bernard Shaw, l’Angleterre est un pays où sévit la famine musicale. Saint-Saëns lui, adore les institutions anglaises et leur goût prononcé pour l’oratorio.

"L’Angleterre a été tantôt catholique, tantôt protestante. Au fond, elle ne saurait être ni protestante, comme la race germanique, ni catholique comme les races latines. L’Angleterre est biblique, et l’ancien testament tient dans sa religion une place presque égale à celle qu’il tient dans la religion juive. De Là, l’intensité du succès des œuvres telles qu’Israël en Egypte, Elie, Salomon dont les sujets n’auront jamais pour les publics du continent l’intérêt qu’ils ont pour les Anglais. Cependant, le triomphe est réservé au Messie qu’on exécute partout et toujours."

Réalisation : Cécile Poss

Mise en onde : Marion Guillemette

Invités :

Stéphane Leteuré, historien spécialiste de Camille Saint-Saëns, auteur de 3 ouvrages sur le compositeur :

-Saint-Saëns, le compositeur globe-trotteur, Actes -Sud, 2017

-Croquer Saint-Saëns - Une histoire de la représentation du musicien par la caricature -  Coédition Actes Sud / Palazzetto Bru Zane, 2021

- Camille Saint-Saëns et le politique de 1870 à 1921. Le drapeau et la lyre, 2014

François Sabatier, musicologue, organiste auteur de Miroirs de la musique, Fayard, 1995.

Roger Dachez, médecin, historien de la médecine, auteur de Histoire de la médecine, de l’Antiquité à nos jours, Tallandier, 2012.

Georges Vigarello, historien spécialiste de l’Hygiène, des pratiques corporelles, de la perception de soi et du corps du Moyen-Âge à nos jours, auteur et directeur de divers ouvrages sur le sujet.

Thierry Lentz, Historien, directeur de la Fondation Napoléon.

Interview en archives :

Sylvain Venayre, historien, spécialiste du XIXe siècle, notamment du voyage.

Voix

Alexis Flamant, comédien, lit la correspondance de Camille Saint-Saëns

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