Voyages

Sur les traces des femmes compositrices et mécènes

Fanny Mendelssohn

A l’instar d’Hélène Michel et de sa chronique L’atelier des muses, Axelle Thiry vous propose une émission Voyages sur les traces des grandes compositrices et mécènes de l’histoire de la musique. Vous croiserez le chemin de Fanny Mendelssohn, de Clara Schumann, d’Alma Mahler, mais aussi de Kaaija Saariaho, qui vient de remporter la Victoire de la musique classique 2022 dans la catégorie composition, Barbara Strozzi ou encore la grande Misia Sert, dont nous célébrerons les 150 ans le 30 mars prochain.

 

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Meredith Monk

Meredith Monk est une compositrice américaine qui explore un univers très personnel – entre musique contemporaine, jazz et opéra moderne. Son travail mêle des éléments de danse, de théâtre et de musique, et se situe à la frontière entre ces disciplines.

Alma Schindler

Alma Schindler est la fille du célèbre peintre viennois Emil-Jakob Schindler. Elle est née en 1879. Elle a grandi à Vienne dans une famille cultivée. Elle aime s’entourer d’artistes et d’intellectuels qui tombent souvent sous son charme. Max Burckhard lui envoie un jour comme cadeau de Noël deux paniers à linge contenant une petite bibliothèque classique. Il lui fait découvrir Nietzsche. C’est une révélation.

Alma est peintre et musicienne. Elle compose des lieder. Et toute sa vie, elle suscite la passion de grands génies. Alma est sensible au talent. Elle exalte les dons. Elle a partagé sa vie avec Gustav Mahler, le peintre Oskar Kokoschka, l’architecte Walter Gropius et l’écrivain Franz Werfel. A 20 ans, Alma Mahler avait déjà écrit plus de cent lieder, des pièces instrumentales, l’esquisse d’un opéra. Elle était douée. Ambitieuse. Elle voulait être chef d’orchestre. Gustav Klimt, son premier amour, écrivait : " Alma est belle, intelligente, spirituelle. Elle a tout ce qu’un homme exigeant peut exiger d’une femme, et cela en abondance. Je crois que, partout où elle apparaît, dans le monde masculin, elle est maîtresse, souveraine. "

Clara Schumann

Clara Schumann est l’une des plus grandes pianistes de son temps. Elle fera une très belle carrière d’interprète. Franz Liszt est admiratif, il dit à propos de Clara : "Il y a chez elle une supériorité réelle, un sentiment profond et vrai, une élévation constante."

Clara Schumann épouse un des compositeurs les plus géniaux de son temps. Elle forme avec Robert Schumann un couple mythique. A travers la musique, ils se rejoignent dans le même langage, celui de l’indicible. Il lui écrit : "Chacune de tes pensées provient de mon âme, de même que je te dois toute ma musique…"

Clara compose aussi. Robert Schumann note dans le Journal conjugal : " Clara a écrit une suite de petits morceaux d’une délicatesse et d’une richesse d’invention auxquelles elle n’était encore jamais parvenue. Mais s’occuper des enfants, d’un mari perdu dans ses rêveries, cela ne se concilie guère avec la composition. Il manque à Clara une pratique continue et je souffre pour elle à la pensée que bien des inspirations de son cœur se perdent simplement parce qu’elle n’a pas la possibilité de les exprimer."

En réalité, Clara est frustrée par l’interruption brutale de sa brillante carrière de pianiste. La fièvre des concerts, des applaudissements, des invitations, cette atmosphère créatrice et fébrile, tout cela lui manque. Elle décide un jour de reprendre les tournées.

Barbara Strozzi

Barbara Strozzi est une cantatrice et compositrice italienne. Elle voit le jour en 1619 à Venise. On dit qu’elle est la première compositrice professionnelle. Elle publie de nombreuses œuvres, et notamment des madrigaux sur des textes de son père, qui est poète. Dans la préface de l’un d’eux, elle en parle comme, "d’une première œuvre que moi, en tant que femme, je propose anxieusement au grand jour."

Barbara Strozzi n’a jamais été mariée mais elle a eu quatre enfants. Ses deux filles ont rejoint un couvent, et un de ses fils est devenu moine.

Sofia Goubaïdoulina

Sofia Goubaïdoulina est une compositrice russe, née en 1931. En 1981, le violoniste Gidon Kremer interprète son concerto Offertorium et la fait connaître du monde musical international.

Sofia Goubaïdoulina a composé un Cantique du Soleil, qu’elle a dédié à Mstislav Rostropovitch. Elle confie : "L’œuvre est en relation avec la nature et la qualité de la personnalité du musicien qui, dans mon imaginaire, est en permanence associé à l’illumination du soleil, à l’éclat du soleil, à l’énergie du soleil. La singulière puissance et la profondeur de la sonorité de son violoncelle ont stimulé mon imagination en quête de quelque geste musical très large, m’autorisant à prendre le risque d’utiliser pour son œuvre le texte du Cantique du Soleil de saint François d’Assise." 

Marie Jaëll

La pianiste Marie Jaëll voit le jour en 1846 dans un village du nord de l’Alsace. Elle est une virtuose renommée. Elle devient aussi compositrice. Elle signe environ 70 œuvres. Franz Liszt l’encourage et il soutient la publication de ses Valses à 4 mains.

Pour Marie Jaëll, Franz Liszt est l’incarnation vivante de la musique. Elle confie que quand elle l’a entendu jouer pour la première fois, toutes ses facultés auditives se sont transformées. Elle a commencé à analyser le toucher pianistique pour arriver à percer le secret de ce qu’elle appelle "l’esprit lisztien". Marie Jaëll met en doute l’efficacité des méthodes basées sur la répétition. Elle concentre son attention sur le musicien. Elle analyse la manière dont est un beau son est produit, un son qui donne aussi une belle musique. Elle propose un enseignement qui permet d’atteindre un certain état psycho-physiologique propice à la libération de son énergie, pour pouvoir recréer et faire vivre la musique, en essayant de s’approcher de l’art de Franz Liszt.

Pour aller plus loin, elle se tourne vers la science. Elle étudie le fonctionnement du cerveau. Marie Jaëll analyse les traces d’encre laissées par les doigts de ses élèves sur les touches du piano. Elle étudie la physiologie, la neurologie, la psychologie. Tout cela la passionne. C’est parfois si difficile comme elle l’écrit, " d’avoir son âme " au bout des doigts lors de chaque concert. Elle est aussi compositrice.

Misia Sert

Nous entrons dans le monde des salons à Paris, au début du 20e siècle. Ils sont souvent tenus par des femmes qui se passionnent pour la musique et qui entretiennent des relations amicales avec les musiciens. Parmi elles, Misia Sert, qu’on appelle La Reine de Paris.

Elle est l’égérie de Serge de Diaghilev et elle offre son salon comme terrain d’audition pour les ballets russes, comme l’écrit Myriam Chimènes. Paul Morand confie : "Misia, c’est Misia, quelqu’un de sans pareil, et, comme dit Proust, un monument. Misia sera dans l’histoire du goût, de l’art de Paris, plus importante que toutes les Du Deffand et toutes les sortes d’esprit du 18e." Misia est immortalisée par de nombreux tableaux de ses amis Renoir, Valotton, Vuillard, Bonnard, Toulouse-Lautrec, Marie Laurencin, Valentine Hugo, Jean Cocteau. Misia est aussi la modèle de Proust pour la princesse Yourbeletieff.

Satie, Poulenc lui dédient des œuvres ainsi que Maurice Ravel. Elle est la dédicataire de la Valse… Une œuvre qui voit le jour au début de l’année 1920. C’est une valse… immense avec ses langueurs, ses retards, et ses rebondissements fougueux. Une valse qui nous emporte dans un mouvement giratoire un peu inquiétant.

Il y a des épisodes d’une grande douceur et d’une grande séduction, mais la couleur est sombre, et qu’y a-t-il au bout de tout cela ? La valse donne le frisson. Elle prend parfois des allures presque convulsives. Ravel la décrivait comme "un tourbillon fantastique et fatal". Et il note l’argument en tête de la partition : "Des nuées tourbillonnantes laissent entrevoir par éclaircies des couples de valseurs. Elles se dissipent peu à peu : on distingue une immense salle peuplée d’une foule tournoyante. La scène s’éclaire progressivement. La lumière des lustres éclate au plafond. Une cour impériale vers 1855."

Marguerite de Saint-Marceaux

Marguerite de Saint-Marceaux réunit des musiciens chez elle le mercredi. Colette décrit ces réunions comme "une récompense accordée aux fidèles de la musique, mieux qu’une curiosité mondaine, mais plutôt une sorte de récréation élevée, le bastion de l’intimité artistique".

Quant à Madame de Saint Marceau, elle dit que ses mercredis accueillent des amis fatigués par leur journée de travail ou des voisins qui décident au dernier moment le coin de leur feu pour venir s’asseoir au sien, et des peintres. Elle tient à ce que l’atmosphère soit naturelle. C’est une excellente musicienne. Elle chante, et elle joue du piano. Elle se passionne pour le déchiffrage de nouvelles œuvres. Elle dit de Petrouchka, de Stravinsky, que c’est une musique neuve, rythmée, bizarre et prenante. Sans émotion mais pleine de vie. Et du Sacre du printemps que c’est tout de même une sacrée musique. Gabriel Fauré lui dédie Après un rêve.

Winnaretta Singer

Winnaretta Singer est la fille d’Isaac Singer, qui a perfectionné la machine à coudre. Elle est passionnée par les arts plastiques et la musique. Elle étudie la peinture mais aussi le piano et l’orgue. Parmi ses professeurs figure la célèbre Nadia Boulanger.

Winnaretta Singer épouse Edmond de Polignac, qui a 30 ans de plus qu’elle, et elle organise avec lui des soirées où on joue de la musique ancienne mais aussi les dernières mélodies de Fauré. Selon Marcel Proust, les soirées y sont d’une suprême élégance. Elle est notamment la dédicataire de la Pavane pour une infante défunte de Maurice Ravel.

Après la Première Guerre mondiale, elle commande aussi des œuvres et son salon devient un lieu de création privilégié. Elle soutient beaucoup Igor Stravinsky. Elle commande aussi des œuvres à Francis Poulenc. La princesse de Polignac se passionne aussi pour la musique ancienne. Dans son salon, on donne également des œuvres de Jean-Sébastien Bach.

Marie-Blanche de Polignac

Il y a aussi Marie-Blanche de Polignac. Elle organise, dans les années 30, des salons pour faire de la musique, le dimanche soir.

Elle a appris le piano assez tôt. Quand elle était encore une petite fille, elle jouait déjà dans les jardins des Champs-Elysées. Parmi les auditeurs figurait Francis Poulenc. Il était émerveillé. Plus tard, elle partage sa passion de la musique avec son mari, Jean. Dans l’atelier, au dernier étage de leur maison, ils organisent des soirées musicales pendant une vingtaine d’années. Et la musique dialogue avec la peinture. Aux murs figurent des œuvres de Monet, Renoir, Degas, Vuillard, Bonnard, Boudin et Picasso. On dit que l’atmosphère de ces réunions est irremplaçable.

Selon Georges Auric, " Rien de moins guindé que ces soirées où la musique jaillissait sans contrainte, sans préméditation : tout simplement parce que des amis musiciens se retrouvaient entre eux. " On y entend de célèbres musiciens, Arthur Rubinstein, Alfred Cortot, Marguerite Long, et on y croise également des écrivains : Colette, Cocteau, François Mauriac.

Marie-Blanche accueille aussi des inconnus. Elle se passionne pour la musique contemporaine. Boris Kochno écrit qu’on peut être sûr d’y entendre de nouvelles pages de musique et des poèmes dont l’encre vient à peine de sécher. C’est aussi une pianiste talentueuse. Un soir, elle joue le Concerto pour deux pianos de Mozart avec Jacques Février, sous la direction de Nadia Boulanger.

Programmation musicale de l’émission

Meredith MONKEllis Island. Vanessa Wagner et Wilhem Latchoumia. La Dolce Volta.

Alma MAHLERDie stille Stadt et licht in der Nacht. Iris Vermillion & Royal Concertgebouw Orchestra sous la direction de Riccardo Chailly. DECCA 4551122.

Clara SCHUMANNTrois Romances pour violon et piano opus 22. Lisa Batiashvili et Alice Sara Ott. DG.

Barbara STROZZIL’Amante segreto. Céline Scheen et Giovanna Pessi. Flora 2712.

Sofia GOUBAÏDOULINADes extraits du Cantique du Soleil. Mstislav Rostropovitch, Simon Carrington, Neil Percy, John Alley, London voices sous la directon de Ryusuke Numajiri. EMI 5571532.

Marie JAËLLLes deux premiers mouvements du Concerto pour piano et orchestre n°2 en ut mineur. David Violi & l’Orchestre National de Lille sous la direction de Joseph Swensen. Ediciones Singulares 1022.

Kaija SAARIAHODes extraits de Sept papillons. Wilhelmina Smith. Ondine 07611195129425.

Maurice RAVELLa Valse. New York Philharmonic sous la direction de Pierre Boulez. Sony SM3K 45842.

Gabriel FAUREAprès un rêve. Jian Wang et Göran Söllscher. DG 00289 477 6401.

Jean-Sébastien BACHKomm, Jesu, komm BWV 229. L’ensemble Pygmalion sous la direction de Raphaël Pichon. HM 902657.

Wolfgang Amadeus MOZARTLe premier mouvement du Concerto pour deux pianos en mi bémol majeur. Lucas et Arthur Jussen & l’Academy of St-Martin-in-the-fields sous la direction de Neville Marriner. .

Fanny MENDELSSOHNLes trois premiers mouvements du Quatuor à cordes en mi bémol majeur. Quatuor Ebène. Virgin 4645462.

Production et présentation : Axelle THIRY

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