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Sur PAINLESS, Nilüfer Yanya assume pleinement sa vulnérabilité

02 avr. 2022 à 16:10Temps de lecture5 min
Par Diane Theunissen

En 2016, la chanteuse, guitariste et auteure-compositrice Nilüfer Yanya faisait l’unanimité auprès de la scène indie rock londonienne avec Small Crimes, un premier EP bourré de sensibilité. Six ans plus tard, plusieurs singles et un album au compteur, l’artiste prodige revient sur le devant de la scène avec PAINLESS, un disque de 12 morceaux à la fois catchy, sincères et percutants. Un album cohérent et maitrisé, qu’on attendait depuis toujours. Rencontre. 

Salut ! Il y a quelques semaines, tu sortais ton deuxième album, PAINLESS. Comment s’est passée la release ?

Bien, vraiment bien ! Ça m’a fait beaucoup de bien de sortir cet album, et c'était aussi nécessaire. Il m'a vraiment aidé à m'en sortir ces deux dernières années. Je pense que tout le monde se sentait un peu coincé, pas très motivé. Travailler sur cet album m’a vraiment aidée. 

PAINLESS semble être un album très personnel, assez chargé en émotions. Peux-tu nous en dire un peu plus sur les thèmes abordés ?

C’est tout à fait ça. Les thèmes sont un peu plus universels, ils traitent principalement du refoulement des émotions. J'ai choisi de l’appeler PAINLESS parce qu'il résume le sentiment de ne pas avoir mal physiquement – ou en tout cas de ne pas être conscient d'avoir mal –, mais de ne rien ressentir d'autre que cette vie sans douleur. D'un côté, c’est bien car personne ne veut pas avoir mal, mais d'un autre côté, si on ne ressent pas de douleur, ça ne veut pas forcement dire que tout va bien, ça peut être de mauvaise augure.

Y a-t-il une dimension thérapeutique au sein de ce projet ?

Pour moi, la musique est le meilleur moyen de communiquer mes émotions. Pas seulement aux autres, mais à moi-même aussi. Parfois, je ne sais pas vraiment ce que je ressens ou comment le décrire, et quand je le mets dans une chanson ou un morceau, ça prend tout de suite plus de sens. Clairement, le processus d’écriture était assez cathartique. Je n'avais rien écrit depuis un an et quand j'ai commencé à travailler sur ce disque, tout est venu assez facilement, sans douleur (rires).

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En quoi PAINLESS diffère-t-il de Miss Universe, ton premier album ?

Je dirais que celui-ci est un peu plus réalisé, un peu plus concis. Peut-être que le concept n'a pas une direction évidente, mais la musique a plus de direction. Selon moi, c'est un véritable album. Miss Universe ressemble peut-être plus à une compilation. 

En termes de musicalité, on retrouve une certaine influence trip-hop sur cet album. Qu’en penses-tu ? 

Pour être honnête, je ne suis pas nécessairement influencée par le trip-hop, mais Wilma Archer – qui a co-écrit plusieurs chansons avec moi et a fait beaucoup de production sur ce disque – a un style de production assez influencé par le hip-hop. Il travaille avec beaucoup d'artistes hip-hop. Cela dit, comme il est aussi très fan de guitare, nos styles se mélangent très facilement. Après, en effet, les gens ont beaucoup associé ce projet au trip-hop, à Radiohead, à Portishead, ce genre de choses. Nous avons tiré beaucoup de références de Nirvana. Ça fait un peu cliché, mais je n'écoutais pas vraiment Nirvana quand j'étais plus jeune, alors ça fait du bien de passer par cette phase maintenant (rires). 

Tu es guitariste, et la guitare a toujours eu beaucoup d’importance dans ton projet. Cette fois-ci, tu as décidé de laisser quelqu’un d’autre s’en charger pour pouvoir te concentrer sur l'écriture des chansons. Qu’as-tu tiré de cette expérience ?

C'était assez bizarre. Au début, je me disais "ce n'est pas ma musique", mais de toute évidence, ça l'est. Parce que bien entendu, les chansons n'existaient pas avant qu’on les écrive. C'était vraiment agréable d'apprendre les parties de guitare et de voir comment tout ça s'assemble. Je pense que ça m'a beaucoup appris. Et j'ai pu me concentrer beaucoup plus sur les paroles et la mélodie, c’était cool. 

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Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur le processus de création de cet album ? Comment PAINLESS a-t-il vu le jour ?

Le premier morceau que j'ai écrit, c’était “L/R”. Je l'ai écrit début 2020 à Lisbonne avec Bullion, mais il nous a fallu un an pour le terminer et y revenir, principalement à cause de la pandémie. À ce moment-là, j’ai aussi commencé à travailler sur un deuxième morceau avec Andrew Sarlo, "The Mystic". On a fait une sorte de session d'expérimentation où on a bossé sur beaucoup d'idées. J'ai forgé la chanson à partir de ces éléments-là, ce qui a pris à nouveau une année entière à réaliser. Mais je dirais que la plupart du boulot a été faite avec Wilma, au printemps dernier. Il s’est occupé des guitares, des rythmes, et c'est tombé de façon assez instantanée. Au début, nous n'avions que quelques chansons, puis nous sommes arrivés à 5 chansons. Nous avions une nouvelle chanson toutes les deux semaines environ, c'était très excitant. Nous sommes partis en Cornouailles – mon oncle a un studio là-bas. Son studio est très petit et sombre, ce n'était pas très inspirant, mais je me suis dit “il faut qu’on aille quelque part parce qu’on a beaucoup de choses à faire". On est donc allés en Cornouailles pendant une semaine, on a continué à écrire, on a écrit d'autres chansons, on est revenus à Londres, on a continué à travailler dessus. Et puis pendant l'été, on a tout enregistré correctement, et c'était pratiquement terminé. Il y a une autre chanson que j'ai faite avec Jazzi Bobbi, qui fait partie de mon groupe. Nous avons commencé à l'écrire à la fin du printemps, et j'ai écrit une autre chanson avec Bullion fin juin, à la dernière minute. Ensuite, tout était fait ! 

Selon toi, est-ce que PAINLESS est le projet qui te représente le mieux ?

Oui, sans doute. C’est bizarre, à l'époque je pensais que l'album me représentait moins, mais je pense qu'en fait, il donne une image assez fidèle de la musique que je fais. 

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Tes paroles sont franches et directes. Y a-t-il quelque chose en particulier qui influence ton style ?

Oui, c'est très direct. C’est comme si je parlais à quelqu’un dans la vraie vie. Je ne sais pas d'où ça vient, je pense que j'ai toujours gravité vers ça, parce que je n'aime pas que les choses soient trop fleuries ou trop compliquées. Ça se sent encore plus sur cet album. Pour moi, la mélodie vient toujours en premier, et ensuite je trouve des mots qui s'intègrent à la mélodie. Parfois, au cours du processus, on commence à faire des compromis sur la mélodie à cause des paroles ou de la façon dont elles sonnent. On se dit "oh, ça ne va pas, je ne sais pas si autant de mots iront avec ça, la façon dont ça coule, alors je vais changer un peu la mélodie". Mais cette fois, j'ai vraiment essayé de ne pas faire ça. C'était encore plus simple, encore plus direct, et un peu plus brutal à bien des égards. 

Cela rend l'ensemble très authentique et honnête. C'est sans doute l'essence même de l'album, non ?

Complètement. Tu sais, je n'ai rien écrit en 2020, je ne me sentais pas très bien. Quand on a commencé à écrire Wilma et moi, j'étais tellement heureuse, dès que j’écrivais quelque chose, je me disais “cool, ça sonne bien". Je ne réfléchissais pas trop. Au début, je ne pensais même pas que ça finirait sur un disque. C’était super agréable. 

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