Santé physique

Sur TikTok, la lutte contre la consommation de drogue se modernise

© Photographie partysaferwithjess/end.overdose/enhancehealthgroup/TikTok

L’usage de drogues chez les jeunes générations reste un sujet d’inquiétude partout dans le monde. Certains utilisateurs de TikTok essaient de lutter contre ce phénomène en parlant, avec franchise et transparence, de la consommation de substances illicites. Mais ce n’est pas sans difficulté.

"L'acide ne doit pas avoir de goût"

Cara est catégorique : "L'acide ne doit pas avoir de goût. Il ne doit pas avoir un goût métallique, amer ou acide. Il ne doit pas laisser de sensation bizarre ou de picotement sur votre langue. Il doit être complètement insipide et complètement inodore", comme elle l’explique dans une vidéo visionnée plus de 470.000 fois sur TikTok.

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Ces propos sur le LSD-25 peuvent surprendre, voire choquer mais ils sont loin de faire figure d’exception sur la plateforme de vidéos courtes. Aujourd’hui, 45.500 personnes sont abonnées au compte de la jeune femme, où elle parle sans langue de bois de MDMA (3,4-méthylènedioxy-N-méthylamphétamine, le principe actif des pilules d’ecstasy), de champignons hallucinogènes, de marijuana et autres substances illicites.

TikTok a libéré la parole des consommateurs

Mais loin d’elle l’idée d’encourager leur usage. La jeune femme, connue sous le pseudonyme @thatmushybish, affirme que ses vidéos s’inscrivent dans une démarche de prévention. C’est pourquoi elle n’hésite pas à livrer des détails sur sa propre consommation de drogue. "Quand je fume de l'herbe, que ce soit avec des bongs, des spliffs ou autre, ça me rend extrêmement paranoïaque. Extrêmement dissociée. J'ai l'impression que tout va au ralenti [...] et ce n'est pas drôle", confie-t-elle. Comme Cara, ils sont nombreux à parler des substances psychotropes et des conduites addictives sur TikTok.

Le hashtag #harmreduction a déjà généré 228,8 millions de vues sur la plateforme et celui #seshtok plus de 163 millions. La présence de consommateurs de stupéfiants sur Internet n’est évidemment pas un phénomène nouveau mais la donne semble avoir changé avec l’arrivée de TikTok. Les comptes abordant la question des drogues et des toxicomanies disposent d’une visibilité qu’ils n’ont pas sur d’autres réseaux sociaux, favorisée par la page intitulée "Pour toi" et son algorithme tourné vers la découverte.

Contourner les règles de publication

Toutefois, il n’est pas facile de parler de ces sujets de santé publique sur TikTok. Les règles communautaires de la plateforme stipulent qu’il est interdit de publier et de partager tout contenu qui évoque la consommation de stupéfiants ou en fait la promotion.

Les créateurs contournent cette interdiction en distordant certains de leurs mots et expressions pour ne pas être censurés.

Ils épellent les mots "acide" et "MDMA" avec des symboles ("ac!d" et "MDM@") pour pouvoir s’exprimer sans entrave et, surtout, faire de la prévention auprès des jeunes. 

C’est là tout l’intérêt de TikTok. Le réseau social permet d’instaurer un dialogue régulier avec les adolescents et les jeunes adolescents qui représentent la grande majorité de ses utilisateurs. C’est d’ailleurs le canal d’information des jeunes générations : les Britanniques âgés de 15 à 24 ans y passent en moyenne 57 minutes par jour selon la dernière enquête annuelle sur les tendances de consommation de l’Ofcom, le régulateur des médias d'outre-Manche. C’est quatre minutes de plus que les 53 minutes que les 16-24 ans consacrent à la télévision. 

Attention aux fausses informations !

Les créateurs de contenus brisant les tabous autour des drogues ont pleinement conscience de ce phénomène. Ils connaissent également les limites des campagnes de prévention sur les conduites addictives que mènent de nombreux gouvernements en milieu scolaire. "Lorsque nous avons des campagnes dans les écoles ou à la télévision, vous êtes forcé de consommer ce média", a expliqué @teddy.toff au magazine Dazed. "Sur TikTok, on touche des personnes qui veulent activement se confronter à ce contenu."

Malgré tout, un problème de taille subsiste : la désinformation.

Les informations fausses ou trompeuses circulent à des niveaux alarmants sur TikTok.

 C'est ce qu'ont récemment constaté des chercheurs de la société NewsGuard. Cette tendance est d’autant plus préoccupante que la plateforme de partage de vidéo est de plus en plus utilisée par les jeunes comme un moteur de recherche, à l’instar de Google. Ils y cherchent des informations sur différents sujets d’actualité, dont la santé. Certains, comme le journaliste Simon Doherty, tentent de combattre ce phénomène en partageant, dans leurs vidéos, les découvertes d’organismes fiables comme The Loop en matière de substances psychoactives.

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Pédagogie et transparence

Qu’ils s’appuient sur des témoignages personnels ou sur les dernières études scientifiques, les TikTokeurs engagés dans la lutte contre les conduites addictives s’évertuent à parler des drogues avec pédagogie et, surtout, transparence. Même s’ils essuient des critiques pour cela.

"La politique de réduction des risques n'enseigne pas aux gens comment consommer des drogues, elle leur enseigne comment atténuer les conséquences négatives de la consommation de drogues", affirme Jess, une utilisatrice connue comme @partysaferwithjess sur le réseau social, dans l’une de ses vidéos. "Je veux que les enfants voient mes vidéos. Je pense qu'il est plus facile d'inculquer des comportements sains, comme la réduction des risques, que de changer des comportements problématiques plus tard, ou pire, avant qu'il ne soit trop tard."

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