Syrie : des enfants belges enterrés au camp de Al-Hol

© CHLOE SHARROCK

05 mai 2021 à 12:32Temps de lecture3 min
Par Wilson Fache

Au moins onze mineurs européens – dont cinq Belges – ont déjà trouvé la mort en Syrie dans les camps où sont détenues des milliers de familles liées au groupe terroriste Etat islamique (EI).

Le cimetière d’Al-Hol ressemble à un terrain vague. Et pourtant, c’est bien ici qu’au moins quatre enfants belges auraient été inhumés. Il n’y a pas de vraies pierres tombales, seulement des blocs de parpaings plantés dans le sol pour marquer l’emplacement de toutes petites sépultures. "Tout ça, c’est le cimetière. Les tombes vont jusque là-bas", explique Ahmed Salem Shihab en pointant du doigt l’horizon orangé.

Il y a des enfants de tout âge enterrés ici

Fossoyeur dans le village de Al-Hol depuis 25 ans, c’est lui qui a la lourde tâche d’enterrer les centaines d’enfants qui sont décédés dans le camp qui se trouve juste à côté.


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"Il y a des enfants de tout âge enterrés ici, de un jour à quinze ans", témoigne-t-il. "Je crois qu’il y a 300 ou 400 corps. Il y a surtout des Syriens et des Irakiens puis des étrangers aussi". En plus des quatre enfants belges enterrés à Al-Hol, un cinquième bébé aurait trouvé la mort en prison des suites d’une infection pulmonaire. Une information difficile à vérifier de façon indépendante tant la situation sur place est opaque.

62.000 individus détenus à Al-Hol

Depuis la chute du "Califat" du groupe terroriste Etat islamique, 62.000 individus d’une soixantaine de nationalités différentes sont détenus à Al-Hol, dont deux-tiers d’enfants qui peinent à survivre. Plus de 500 mineurs y ont trouvé la mort ces deux dernières années, soit une moyenne de cinq décès par semaine. "Ces enfants ne sont que des enfants et ils ne sont coupables de rien. Cette situation est la faute de leurs parents mais ce sont les enfants qui souffrent. J’espère qu’ils seront tous rapatriés", martèle un membre du Croissant-Rouge kurde, qui travaille comme infirmier dans l’une des cliniques du camp. "Le danger est partout, aussi bien pour la santé physique que mentale. Ce camp est comme une prison, ce n’est pas un endroit pour des enfants".


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Les causes de cette hécatombe sont connues : la malnutrition, des blessures mal soignées, la déshydratation ou encore des maladies… Autant de décès qui auraient pu être évités si ces enfants avaient eu accès à des soins de santé adaptés. "Mois après mois, la situation devient de plus en plus périlleuse pour ces détenus, dont la plupart sont de jeunes enfants qui n’ont jamais choisi de vivre sous Daech (l’acronyme arabe de l’EI, ndlr). Combien d’autres mourront avant que leur pays d’origine n’intervienne enfin pour les aider ?", se demande Letta Tayler, chercheuse senior à la division "Crises et conflits" de l’organisation Human Rights Watch.

Une volonté de rapatrier les ressortissants belges de moins de 12 ans

Début mars, le gouvernement belge annonçait son intention de rapatrier tous ses ressortissants de moins de 12 ans – estimés à une trentaine – ainsi que certaines femmes dont les dossiers seront examinés au "cas par cas". Une décision a priori incompatible avec la volonté des forces kurdes de ne pas séparer les enfants de leurs mères.

"Le gouvernement belge doit s’engager dans une large discussion avec notre administration", prévient la haute responsable kurde Ilham Ahmed. "S’ils rapatrient les enfants mais pas les mères, quel sera le statut de ces femmes ? Et quand est-il des enfants qui ont plus de 12 ans ? Si le gouvernement belge est prêt à résoudre ces problèmes, alors notre administration est prête à négocier". En Belgique, les familles de ces mineurs appellent le Premier ministre Alexander De Croo à honorer son engagement au plus vite, au risque de voir la liste des victimes s’allonger.

Sur le même sujet: JT 27/04/2021

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