Le Palais des Beaux-Arts de Lille présente une rétrospective d’un photographe lillois, Pierre Dubreuil. Né en 1872, il y a cent cinquante ans, il exerce son art dans sa ville natale et dans la capitale française avant de déménager en Belgique en 1924 et s’installer à Bruxelles l’année suivante. Il s’illustre tout d’abord dans la photographie pictorialiste. Les tableaux photographiques livrent des clichés atmosphériques qui flirtent parfois avec l’esthétique symboliste. Un nimbe entoure Le Christ au Sépulcre, partie centrale d’un triptyque réalisé en 1900. L’influence de l’art belge est perceptible dès les années vingt. Les masques de carnaval établissent une étrange connivence avec les visions de James Ensor. Les années trente marquent un changement radical dans la pratique du photographe. Une esthétique moderniste, au rendu net, évacue l’image floutée et envoie dans les limbes les compostions empruntées à la peinture. Un objet à l’énigmatique présence, voire une accumulation d’objets, clefs ou pipes, suggère une influence magrittienne renforcée par le choix des titres, Sésames et Vieilles amies accentuant le pouvoir poétique du rapport à l’image sans élucider le signe.
Précurseur de la photo moderniste
Pierre Dubreuil jouit d’une renommée internationale grâce à des cadrages audacieux apparus dès les années 1910 à Paris. Le premier plan obstrue le point de vue. Un objet anodin fait obstacle au sujet principal. Une feuille de marronnier empêche la vue de Notre-Dame de Paris. Le photographe essuie les critiques de la presse, mais la photo est un sport de combat. Président de l’Association Belge de Photographie, il lutte jusqu’aux dernières années de sa vie pour la reconnaissance artistique du médium. Ses négatifs pour la plupart sont détruits en 1943 lors du bombardement de l’entrepôt belge Gevaert abritant le fonds d’atelier de Dubreuil. Il meurt en 1944. Son nom sombre dans un quasi oubli. Les images qui subsistent le hissent au rang des précurseurs de la photo moderniste.
Camille Belvèze, conservatrice du patrimoine, au micro de Pascal Goffaux.
Les photos de Pierre Dubreuil, au Palais des Beaux-Arts de Lille
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