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Talk Show, quand le punk londonien rencontre l’electronica

© Stewart Baxter

24 sept. 2022 à 15:25Temps de lecture7 min
Par Diane Theunissen

Il y a du renouveau dans l’air ! Après un premier projet résolument punk, le quatuor britannique Talk Show débarque avec Touch the Ground, un EP de 6 titres ultra dansants, alliant à la perfection sonorités organiques et effervescence électrique. L’occasion de prouver que le changement a du bon, surtout quand ça sonne bien. Rencontre avec Harrison Swann, leader de ce groupe en pleine ébullition.

Salut Harrison! Avec Talk Show, vous dévoilerez bientôt votre deuxième EP. Comment est-ce que tu te sens à quelque jours de la sortie ? 

Aujourd'hui, je suis très occupé parce que je dois faire des lessives et aller me faire couper les cheveux (rires). Plus sérieusement, nous sommes tous débordés de travail des jours-ci, ce qui est génial. Il n'y a rien de plus excitant que de sortir de la musique et de faire des concerts. On est aussi en train d'écrire de nouveaux titres et d'enregistrer de nouvelles choses. C'est comme un énorme tourbillon, mais c'est génial. 

Ce deuxième EP est assez different du premier, Rudeboi. À votre héritage punk, vous ajoutez une touche d’electro très intéressante. Comment avez-vous abouti à cela ?

À la base, on a écrit énormément de morceaux, mais on a fini par tout jeter à la poubelle. On s'ennuyait beaucoup, ce style de musique ne nous représentait plus. Les nouveaux morceaux ont une énergie très différente. On n'écoutait plus la même musique, en fait. J'ai passé le lockdown à regarder des tas de films, des DJ sets et à écouter MF Doom plutôt que les groupes punk que j'écoutais à l'époque. Je me souviens m'être tourné vers George [guitariste du groupe] après une session de studio, et nous nous sommes dit "c'est ça, c'est la nouvelle direction que nous prenons". C'était une évidence. On avait juste besoin d'un nouveau souffle, en quelque sorte. L'idée de combiner les deux [styles] était une perspective excitante. Nous n'allions jamais nous débarrasser des guitares, nous sommes toujours un groupe de dirty punk du sud de Londres. L'idée était d'intégrer de nouvelles parties instrumentales, et de laisser partir certains éléments aussi. Je n'ai jamais autant aimé être dans ce groupe que maintenant. En intégrant toutes ces parties électroniques, nous avons créé un projet qui nous ressemble plus. C'est plus énergique. J'ai l'impression que nous nous testons constamment parce qu'aucun de nous n'est un nerd des synthés ou un producteur électronique de dingue. On apprend au fur et à mesure, on invente au fur et à mesure la façon dont on aborde notre musique. Et c'est vraiment excitant. Nous nous permettons d'inventer et d'innover parce que nous n'avons aucune règle. Au bout du compte, si ça sonne bien, ça sonne bien ! 

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Quel est ton morceau préféré sur l'EP ? 

"Leather", sans aucun doute. Quand on le joue en live, il y a une énergie folle que l’on ressent tous et toutes. C'est "électrique", même si c'est un peu ringard de dire ça (rires). Il y a quelque chose de très intéressant qui se passe lorsqu’on la joue sur scène. Quand on a composé le morceau, on ressentait déjà cette sorte d'effervescence.

Vous êtes quatre dans le groupe. Avez-vous tous et toutes étudié la musique ?

Nous nous sommes rencontrés à Goldsmiths, une université située à New Cross dans le sud-est de Londres. Nous vivons tous et toutes ici, et sommes très stricts sur la partie “sud-est de Londres” (rires). Les gens parlent toujours des groupes des pubs du sud de Londres, mais pour nous ils ont toujours semblé être à Brixton et au sud-ouest de la ville. On a toujours été dans le sud-est, on a toujours été à New Cross, Lewisham, Deptford, Peckham. Alors je suis allé à Goldsmiths et j'ai étudié la musique, mais je n'en avais rien à faire du diplôme, et George est pareil. Lui et Tom [bassiste du groupe] sont dans le même cursus, ils ont fait musique et informatique. Mais je l'ai rejoint ici et j'ai déménagé à Londres pour monter un groupe, c'est tout ce que j'ai toujours voulu faire. Je ne voulais pas obtenir un diplôme en musique, c'était la raison première de mon arrivée à Londres. Je suis de Manchester et j'en suis très fier, mais à 19 ans, j'ai senti que j'avais besoin de changer. J'avais du mal à rencontrer des gens avec qui jouer, ou même à trouver la scène qui me plaisait. Dès que nous avons créé le groupe ici à Londres, j'ai réalisé que je n'avais aucune raison de partir. 

Peux-tu m'en dire plus sur la scène punk du sud-est de Londres ? Comment a-t-elle influencé votre identité sonique ?

Je suis tombé sur beaucoup de groupes basés dans le coin, comme Hopeless Kings, que je connais depuis des années. À l’époque, je travaillais dans un pub du coin, et c’est là que je les ai rencontrés. Il y a tellement de gens créatifs par ici : la raison pour laquelle nous nous sommes offerts notre tout premier concert, c'est parce que nous n’étions acceptés nulle part ailleurs. Personne ne voulait nous donner notre chance ! George et moi, on n’en revenait pas. On se disait “Quoi ? Comment est-ce possible, on est à Londres et on ne peut pas faire de concert ?”. Pour remédier à ça, on s'est dit qu'on allait juste lancer notre propre truc. On a décidé d'organiser notre propre soirée. Beaucoup de nos potes sont dans des groupes et ont aussi besoin de faire des concerts. On a donc commencé à organiser des soirées, et on les organise encore une fois tous les six mois. Ce qui était génial, la première fois qu'on l'a fait, c'est que le premier groupe, c'était nos potes, et c'était leur tout premier concert. Le deuxième groupe, c'était leur tout premier concert. Bien sûr, on s'est mis en tête d'affiche parce que c'était notre soirée (rires) et c'était notre tout premier concert. À ce moment-là, on s'est rendu compte qu'il y avait une scène, et qu'on n'avait pas besoin de quitter le sud-est de Londres. Ce qui se passe à Brixton, au Windmill par exemple, est évidemment super. Mais c'était bien d'avoir notre propre truc. 

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C’est fou comme cette dynamique a aidé à créer des liens et un esprit de communauté au sein de votre quartier. Maintenant, vous pouvez compter les uns sur les autres. 

Exactement. Un bon ami à nous, Sam, est le batteur des Crows. Il vit aussi dans le coin. Chloé lui a acheté sa batterie. Si vous allez dans n'importe quel pub du sud-est de Londres, un membre du personnel sur deux sera artiste, qu'il travaille comme peintre ou qu'il fasse partie d'un groupe. Les gens ici veulent faire des choses. Ce qui est cool, c'est quand tu réalises "ohh, ce mec a fait la pochette de ce groupe" et que tout est lié. C'est bien d'en sortir parfois aussi. C’est ce qu’on a fait en introduisant de la trip hop et de l’electronica 90s dans notre projet. D'une manière assez étrange, le lockdown m’a également aidé avec ça. J’en ai profité pour regarder des trucs dont je n'avais jamais entendu parler. Mon gros coup de coeur, c’est les Beastie Boys. Jusqu’ici, je n'avais pas réalisé que j'étais fan, je n'avais jamais vraiment creusé la question. Puis, au cours des trois dernières années, je me suis vraiment plongé dedans et je me suis dit "Mais oui, bien sûr". J'ai ressenti la même chose pour MF Doom et Prodigy. C'est époustouflant. 

Vous avez travaillé avec Joe Goddard et Al Doyle (Hot Chip) sur ce disque. Comment cette collaboration a-t-elle vu le jour ?

Oui, c'était vraiment fou que nous nous retrouvions avec eux en studio (rires). Quand on y pense, on n'est qu'un groupe de punk alternatif qui fait de vieilles chansons un peu dirty. Mais tout est arrivé grâce à la collaboration avec Eli Brown que j'ai faite. Nous avons écrit "Trouble" ensemble, et nous l'avons enregistré avec Joe et Al. On les a rencontrés au studio et on a sympathisé. Je pense qu'ils ont apprécié de travailler avec nous parce qu'ils ne font generalement pas dans la musique punk ! 

Quelle a été leur contribution ?

Lorsque nous avons écrit l'EP, nous les avons contactés et ils ont dit qu'ils aimeraient le faire avec nous. Leur approche nous a énormément aidés lors de l'enregistrement. Nous voulions que ce soit comme une ardoise propre, comme le jour 0. Nous voulions construire quelque chose de nouveau. Et ils nous ont beaucoup aidés avec ça. C'était un peu comme "si ça sonne bien, ça sonne bien. On le garde". Je déteste aller dans ces studios où quelqu'un vous dit encore et encore de faire une autre prise. Je déteste aussi cette obsession de la perfection. On a juste besoin de jouer de nos instruments et de tout casser en une seule prise. Joe et Al avaient cette attitude, ils nous laissaient faire notre propre truc. Mais s'ils ne le sentaient pas, ils nous suggéraient une autre direction. 

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Y a-t-il un patte Hot Chip sur ce disque ? 

Oui et non. Ils ont été très bons pour nous laisser expérimenter. Quand nous avons emmené "Leather" au studio, nous imaginions que ce serait une chanson divisée en deux parties : il y aurait l'intro et l'outro. C'est le morceau que nous avons enregistré en dernier, et Joe et Al nous ont demandé de le jouer jusqu'au bout. Ils nous ont écoutés et nous ont dit "Pourquoi couper ça en deux ?". On a suivi leur conseil. Nous voulions toujours une intro et une outro, nous voulions donner ce fil conducteur à l'ensemble de l'EP. Ces morceaux ont été faits sur place. On a juste allumé tous les synthés, éteint les lumières et fait les bruits les plus bizarres pendant 45 bonnes minutes. On a choisi les parties qu'on aimait et c'était dans la poche !

Quelle est la dynamique au sein du groupe ? Comment les tâches sont-elles réparties ?

À nos débuts, c'est moi qui écrivais la majorité des morceaux. Mais les choses ont un peu changé : nous écrivons plus en collaboration maintenant. Nous écrivons à quatre dans un studio de répétition. Et encore, ça a toujours été un processus de collaboration, mais c'est devenu encore plus comme ça. J'aime vraiment ça. C'est plus un processus de partage. Je pense que nous nous approprions davantage nos propres instruments. Je ne sais pas du tout jouer de la batterie, alors qu'est-ce que je peux dire à Chloé sur la batterie ? Tout le monde apporte sa propre expertise, ce qui te permet de t’approprier ton instrument. Il y a comme une partie de toi dedans. Ensuite, quand tu joues et que tu interprètes le morceau, tu peux te reconnaître dans tes propres parties. J'aime ça, et c'est pourquoi j'aime jouer en live.

Pourquoi Talk Show ? 

Cela n'a aucune signification (rires). George et moi étions assis dans un pub à faire défiler des noms de groupes, j'ai probablement encore le carnet quelque part. On n'arrivait à rien ! On a finalement opté pour Talk Show. On l'a dit au groupe le lendemain, Tom a dit "OK, très bien" et Chloé a dit "Vraiment ?". Nous sommes tous passés à autre chose. La semaine suivante, nous étions de retour en répétition et nous avons dit à tout le monde "nous allons nous appeler The Talk Show" et Chloé était comme "Ohhhh ! J'ai compris maintenant". Depuis le début, elle pensait que nous nous appelions Torture ! Et elle l'avait dit à tout le monde (rires). 

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