Economie

Taux de change, blé, énergie : les brasseries belges ont gros à perdre avec le conflit Russie-Ukraine

L'invité dans l'actu: Jonathan Martin

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25 févr. 2022 à 10:44 - mise à jour 25 févr. 2022 à 14:15Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck sur base d'une interview de Sophie Brems et Maxime Paquay

Ce jeudi soir, le Conseil européen s’est réuni pour convenir d’une nouvelle salve de sanctions contre la Russie. L’un des objectifs : affaiblir les secteurs stratégiques russes. Mais cela pourrait-il se retourner contre nous ? Ces sanctions pourraient-elles nous pénaliser économiquement ? Pour le secteur de la bière, cela semble déjà être le cas…

Le secteur de la bière est une bonne illustration des conséquences économiques auxquelles la Belgique s’expose actuellement.

La Russie est un très grand marché qui s’est développé ces dernières années

Pourtant, la Russie ne représente que 2 et 3% de nos exportations brassicoles belges. En apparence, il n’y a donc pas de quoi anticiper un séisme économique. Mais au-delà des apparences, il y a les cas individuels d’entreprises… et c’est là que le bât blesse.

Prenons le cas de la brasserie John Martin’s, spécialisée dans la bière belge. "La Russie est un très grand marché qui s’est développé ces dernières années", explique son directeur Jonathan Martin. "Ils sont très intéressés par l’artisanat, les bières belges et les bières de spécialité", ajoute-t-il.

Le taux de change

Avec le conflit russo-ukrainien, la brasserie s’attend donc à connaître plusieurs problèmes. A commencer par le taux de change.

"Il faut savoir qu’il y a cinq, six ou sept ans, on était plus ou moins à 45 roubles pour un euro, et là on est monté à 90 roubles pour un euro. Et on s’attend peut-être à 100, voire à 110 ou 120. Ce serait une catastrophe, ça voudrait dire que nos bières auraient pris deux ou trois fois le prix normal", constate Jonathan Martin.

Forcément, si le rouble s’écroule, la bière deviendra forcément plus chère et donc moins compétitive… "Cela aura donc un impact direct sur nos volumes, qui est déjà vu cette semaine. Ils ont déjà reporté des commandes pour voir un peu ce qui se passe." Les bons de commande sont donc déjà en train de diminuer.

On ne sait pas ce qui va encore tomber, s’ils veulent attaquer les vins français, les bières belges ou d’autres choses…

A noter qu’il existe déjà des interdictions. Depuis quelques semaines, les bières fruitées sont déjà interdites sur le marché russe. "On ne sait pas ce qui va encore tomber, s’ils veulent attaquer les vins français, les bières belges ou d’autres choses… Et là, ça aura un impact très grave pour nous."

Le blé, l’énergie, le transport…

Autre problème : le blé. Si la brasserie Timmermans et Waterloo utilisent du blé local issu des fermiers aux alentours, le conflit Russie-Ukraine pourrait tout de même avoir des conséquences directes sur le prix de leurs bières.

"Si le prix du blé augmente à l’exportation, on risque d’avoir un petit souci, car les gens vont commencer à s’approvisionner sur le blé européen, sur le blé belge, et là les prix vont augmenter", explique Jonathan Martin.

La hausse des prix de l’énergie vient également troubler les affaires de la brasserie John Martin’s, sans parler de la question des transports. Est-ce que les camions de livraison vont pouvoir continuer à opérer ou est-ce que les frontières vont être fermées à un moment donné ?

On a des camions qui font des allers-retours parce qu’on envoie des fûts là-bas, mais les fûts vides doivent revenir pour être remplis

"On a des camions qui font des allers-retours parce qu’on envoie des fûts là-bas, mais les fûts vides doivent revenir pour être remplis", explique Jonathan Martin. Le problème : ces camions vont-ils revenir ?

Enfin, la Russie va-t-elle être exclue de Swift, ce réseau interbancaire qui assure le transit des paiements entre banques ? Si cela arrivait, les brasseurs seraient bien ennuyés. Comment récupéreront-ils l’argent de bières déjà livrées par camion ? La question est criante, mais en suspend. 

Entre les prix de l’énergie, le transport, le cours du rouble, les liens commerciaux qui risquent de se déliter et les embargos potentiels, toute une série d’incertitudes pèsent donc sur le secteur de la bière.

Et cela pourrait bien avoir un impact sur le prix des produits. "Il y aura un impact direct sur les coûts et il y a beaucoup de brasseries qui l’ont déjà annoncé, l’impact va être très difficile cette année. D’autant plus que l’on revient de deux années de crise avec l’Horeca fermé…"

Une tendance notable

A noter que, ces dernières années, les exportations de bières belges vers la Russie étaient en croissance fulgurante. Entre 2018 et 2021, les volumes exportés de bières belges vers la Russie ont été multipliés par deux, pour atteindre un record l’année passée : près de 500.000 hectolitres.

Une réunion de crise avec les brasseurs belges aura lieu la semaine prochaine. 

Suivez l’évolution du conflit en live :

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