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Tchernobyl, 35 ans après : récit de la plus grande catastrophe nucléaire

Tchernobyl, 35 ans après : récit de la plus grande catastrophe nucléaire
26 avr. 2021 à 06:38 - mise à jour 26 avr. 2021 à 06:384 min
Par Christian Rousseau

C’est le 26 avril 1986 qu’a eu l'explosion du réacteur 4 de la centrale atomique de Tchernobyl. Aujourd’hui, la plupart de ceux qui ont pris part aux interventions vivent loin de l’Ukraine. Retour sur une catastrophe avec les témoins de l’époque. 35 ans plus tard, retour dans la ville fantôme de Pripyat.

 

Ni les pompiers, ni les services de secours n’étaient réellement informés de ce qui se passait

Ils ont été appelés très tôt mais avaient très peu d’informations. Ils savaient que le réacteur brûlait mais personne ne savait ce que cela représentait en termes de radioactivité.

 

Les pompiers qui sont intervenus en première ligne ont subi de très graves brûlures. Aucun n’a survécu. (Polina Polki, infirmière)

 

Les hommes n’étaient pas préparés à un tel accident. On a demandé aux ouvriers de ramasser les blocs de graphites sur le toit de la centrale. Le niveau de radioactivité de ces blocs ne pouvait même pas être mesuré. Les instruments de mesure étaient incapables de réagir.

C’était la panique totale. Tout devait être fait très rapidement. Les morceaux les plus radioactifs ont été enlevés par des hommes avec de simples pelles. (Boris Gerstein, pompier)

Dans la foulée, des robots télécommandés Japonais et allemands ont été envoyés sur le toit. Pour certains pompiers, il est certain que l’on n’avait pas informé les concepteurs du niveau réel de contamination. La plupart sont très vite tombés en panne. L’un des robots est même tombé du toit. Il ne répondait plus.

Les hommes tenaient bon et ont donc continué à travailler. On les a appelés les robots biologiques (Gennady Fraierman, pompier)

Chaque jour, ils étaient 800 à monter sur le toit. Ils étaient simplement "armés" d’un tablier en plomb et de pelles. Ils recevaient des doses de radioactivités pratiquement mortelles.

Aujourd’hui, les survivants l’affirment, ils recevaient des informations parcellaires dangereuses. On leur a distribué des masques Parfois, ils le portaient de manière partielle, parfois, ils le retiraient.

Ils étaient mal informés dur le danger et la radioactivité était invisible. Elle n’a pas de goût, pas d’odeur. Ils n’avaient pas peur.

Les soignants n’avaient aucune instruction

Dans les quelques heures suivant l’explosion, ils vont voir arriver des sauveteurs atrocement brûlés qui vont décéder en quelques heures. Aucune instruction ne leur est donnée. Ils ne savaient pas s’il fallait transférer des malades.

Encore aujourd’hui, certains soignants enragent. Ils ont admis des femmes enceintes dont les enfants ont été morts nés, mal formés ou brûlés. Simplement parce que les autorités ont tardé. Pendant plus d’une journée, on a laissé ces gens et ses enfants exposés alors que l’on savait qu’un danger mortel était présent.

24 heures avant d’évacuer

Lorsqu’enfin, les autorités réagissent, ils ordonnent l’évacuation de la ville. Par mesure de sécurité disaient-ils.

Le 27 avril à partir de 14 heures, des bus ont commencé à emporter les habitants de Pripiat. Ils n’ont pu emporter quelques vêtements et effets personnels. En tout, ce seront 120.000 personnes qui seront évacuées en 6 heures. Aucune d’elle n’a pu retourner dans son domicile.

Ce n’est que bien plus tard, au moment où le nuage radioactif sera au-dessus de la Suède, qu’ils apprendront ce qui s’est réellement passé. Jusque-là, ils ne savaient pas ce qui était arrivé et quelle était l’ampleur des dégâts.

Incompétence ou impréparation ?

Le 15 mai, la décision est prise de construire le sarcophage qui va entourer le réacteur. Mais le temps est compté. Aussi longtemps que la décontamination n’est pas achevée et que le dôme n’est pas construit, les radiations se répandent.

Pour les autorités, il est indispensable de faire baisser la radioactivité et d’éteindre l’incendie. Pour cela, ils vont faire larguer des sacs de sable et de plomb depuis des hélicoptères.

Le problème, c’est que le poids du sable combiné au plomb a fait en sorte que la dalle de béton sur laquelle était posé le réacteur a commencé à s’affaisser.

La situation est extrêmement dangereuse. Si le réacteur atteint la nappe d’eau située sous la dalle, cela déclencherait une explosion thermo nucléaire qui aurait soufflé et détruit la moitié de l’Ukraine. On a donc pompé en urgence l’eau qui était sous le réacteur.

En fait, les décideurs ne comprenaient pas ce qu’il fallait faire

Le Comité Gouvernemental en charge des opérations ne comprenait pas pourquoi la décontamination n’allait pas plus vite.

Gennady Fraierman était pompier. Il a eu droit à des échanges très durs :

 

Le comité : Pas assez de ressources, C’est le bordel dans votre armée

Moi : Mais le bordel n’est pas chez nous mais chez vous. Sinon, la centrale n’aurait pas explosé

 

En fait, on calculait le temps d’exposition des hommes en fonction du niveau de radiation. Ils pouvaient passer entre 1 minute et 1 minute 30 sur le toit.

 

On a sacrifié leur santé pour construire ce sarcophage. Ils faisaient leur travail sans penser à leur santé

Encore aujourd’hui, le ressentiment est très présent

Pour la construction du sarcophage, on estime que 600.000 personnes ont été mobilisées.

Certains de ces travailleurs disent aujourd’hui, qu’ils étaient considérés par les autorités comme du simple matériel humain. On ne pensait pas aux conséquences pour les liquidateurs.

 

On était de la chair à canon.

Ils ont sauvé des millions de personnes. Plus personne ne pense à eux aujourd’hui.

Les gens qui y ont travaillé n’ont même pas été remerciés. Aucune récompense. On les a tout simplement oubliés.

 

Pour info et pour les amateurs, il est possible de visiter les vestiges de la ville. Sous haute surveillance. Mais l’humain ne pourra pas retourner vivre de manière permanente dans cette zone avant 4000 ans.

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