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Télé-réalité et réseaux sociaux : devenons-nous de plus en plus intolérants ?

© Dimitri Otis / Getty Images

07 mars 2022 à 14:00Temps de lecture4 min
Par Aurélie Russanowska

Sommes-nous plus tolérants ou pas ? Aurélie Russanowska a examine nos mode de vie et de pensée.

La tolérance - respecter que d’autres ne sont, ne pensent ou n’agissent pas comme nous - est un combat majeur de ces dernières années. Un combat nécessaire pour vivre ensemble, pour vivre en paix.

Depuis 30 ans, la Commission nationale et consultative des droits de l’homme en France analyse l’opinion publique et les bilans statistiques du Ministère de l’Intérieur et du Ministère de la Justice pour lutter contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie.

Selon le dernier rapport datant de 2021 : les Français sont globalement tolérants. Cependant certains préjugés perdurent et ont été réactivés en raison de la pandémie depuis 2020. Car dès qu’il y a une crise, l’être humain cherche des boucs émissaires - des groupes de personnes rendus responsables de tous leurs malheurs.

L’origine ethnique étant la première source de préjugés. La lutte pour la tolérance et contre les préjugés est donc encore et toujours un combat nécessaire. Un préjugé est un jugement sur quelqu’un ou quelque chose qui est formé à l’avance. Et ce jugement peut être dangereux car il conduit à l’exclusion et produit de la souffrance. Les préjugés brisent la communication. 

 

Les réseaux sociaux, coupables de tous les maux ?

On désigne en effet souvent la filter bubble - la bulle internet - comme étant responsable de nous enfermer dans un seul mode de pensée avec des gens qui nous ressemblent.

Christopher Bail, un sociologue américain attaché à la Duke University, a réalisé une expérience en 2017 pour déterminer si des personnes de groupes politiques opposés deviennent plus modérées dans leurs propos en étant exposés à des comptes Twitter du groupe opposé.

Alors que Bail pensait prouver que d’être exposé à une vision opposée ou différente pouvait modérer les propos des uns, c’est le contraire qui s’est produit.

Chacun des camps étant encore plus conservateurs ou plus démocrates. On pourrait croire que notre monde de plus en plus interconnecté nous ouvre l’esprit. C’est le cas, mais cela implique aussi des mécanismes humains de base : face à une quantité d’information énorme, notre cerveau a besoin de classifier pour ne pas se perdre. Et donc de former des préjugés.

La conclusion de ce rapport était que pour entretenir de meilleurs rapports, nous devrions tout simplement en savoir moins sur les autres et leurs opinions. Nous devrions prendre de la distance. 

 

Quid en effet des émissions de télé-réalité?

Les émissions de télé-réalité mettent en scène des activités de la vie quotidienne. Les émissions sont tournées et montées pour aiguiser notre jugement sur tel ou tel candidat, pour nous forcer à réagir sur les réseaux sociaux.

Très vite on peut devenir accro au fait de critiquer, d’aimer ou pas, de donner notre avis sur tout et n’importe quoi. En couple, en famille, entre amis. Par télé-réalité, on entend ces émissions populaires de cuisine (Le meilleur Pâtissier, Top Chef), de shopping (Les reines du shopping, Incroyable transformation) , de chant (The Voice), de nettoyage (Les cleaners), de mariage (Mariés au premier regard).

Des émissions où la vie quotidienne se transforme en compétition. Car à la fin il n’en restera qu’un. De prime abord ces émissions paraissent inoffensives. C’est un divertissement. On rit, on s’amuse, on s’attache.

Mais surtout : on juge. On ne juge pas un candidat sur base de ce qu’il connaît - je pense aux jeux de culture générale. Mais sur base de qu’il est : son look, son attitude, sa vie privée. De plus, la plupart de ces télé-réalités appliquent le mécanisme d’être jugés par ses pairs au sein même de l’émission. Et lorsque le jeu consiste à juger et à être jugé, on y va à fond.

C’est ultra subjectif, c’est souvent méchant. Écoutez un extrait de “Bienvenue chez nous” - l’émission dans laquelle 4 couples concourent pour remporter le titre de meilleur gîte. C’est le soir, l’un des couples est dans la chambre et s’ennuie profondément car il n’y a pas de télé. 

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On se prend à juger ceux qui jugent. Ce qui est sûr c’est que derrière notre écran, juger de tout et de tout le monde devient tout à fait normal.

Tout ceci est tout de même assez contradictoire : alors que des organisations publiques et privées luttent pour nous rendre plus tolérants, pour déconstruire des préjugés menant à l’exclusion; la télé-réalité ou les réseaux sociaux normalisent le jugement au quotidien dans tous les aspects de notre vie. Il n’y a rien de mal dans le fait de juger.

Car c’est un comportement très humain, c’est un mécanisme de défense qu’on utilise pour se rassurer, pour contenter son ego.  

 

La première personne dont il faudrait se méfier c’est nous-même finalement 

Tout à fait. Que ce soit par désinformation, par peur ou par habitude, la première chose à faire lorsqu’on émet un préjugé c’est de prendre de la distance par rapport à celui-ci, par rapport à soi-même. Prendre le temps de s’instruire, d’apprendre sur le sujet avant de balancer un post plus ou moins long avec des mots et des raisonnements qui n’ont ni queue ni tête.

Plus que jamais il va falloir faire preuve de tolérance. Car le monde change, car le monde bouge. Et pour venir à bout de ces bouleversements, on aura besoin d’ouvrir nos esprits, d’être attentifs aux jugements hâtifs et d’ouvrir notre cœur. Pour tout ça, on devra d’abord se méfier de nous-mêmes. 

 

 

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