Tendances Première

Télétravail : comment se motiver ?

Comment garder ou retrouver la motivation en télétravail ?

© Tang Ming Tung – Getty Images

06 avr. 2021 à 12:51 - mise à jour 06 avr. 2021 à 12:51Temps de lecture6 min
Par Christine Gobert

Aujourd’hui, le travail à domicile est devenu la norme à peu près partout où il est possible de le faire et de nombreuses entreprises ont même décidé qu’il sera prolongé après la crise. Se pose alors, la question de la motivation. Comment (se) motiver lorsque l’on travaille à distance ? Quels sont nos moteurs ? Sont-ils influencés par le fait que nous soyons en période de pandémie ? Comment se remotiver ? Comment ne pas tomber dans le surinvestissement ?

On en parle avec Ludmilla Petit, coach, facilitatrice et accompagnatrice de PME, spécialisée dans la gouvernance et la gestion collaborative, elle a co-fondé Organisation Opale et est membre de Cap Network et Isabelle Marionex, coach et formatrice autour de la gestion du stress et du bien-être au travail et fondatrice de Yu Pulse

 

La démotivation en entreprise est une réalité. Même si le télétravail a du bon, quand il est contraint et qu’il se prolonge, il devient plus difficile de garder une motivation intacte.

La perte de contacts avec l’équipe, un sentiment d’oubli qui s’installe, du matériel pas toujours bien adapté sont autant de facteurs qui engendrent de la démotivation.

 

Les 4 facteurs qui nous font nous sentir bien au travail

 

Pour un bon équilibre au travail, il faut

  • se sentir compétent
  • se sentir autonome dans la gestion de notre travail
  • du lien
  • trouver de la valeur et du sens dans ce qu’on fait.

 

La perte de motivation était déjà présente avant le covid mais on se rend compte que maintenant, ce sentiment est renforcé. Même si certains apprécient beaucoup le travail à distance, on constate quand même une grande lassitude de fond.

Lors du premier confinement, on a découvert les avantages du télétravail. Mais avec le temps, la fatigue s’est installée.

Le plus dur, c’est de constater que les tâches que nous sommes amenées à faire manquent de créativité, qu’elles sont répétitives.

Le manque de contact avec les collègues, le quotidien répétitif a fait ressortir les côtés négatifs des tâches à accomplir.

Il faut pouvoir se réinventer. Au début, on a fait un copié/collé de ce qu’on pensait être efficace pour se motiver ou motiver ses troupes mais on se rend compte maintenant que ce modèle est tout à fait à réinventer avec notre nouvel environnement de travail.

Il est important de partir des 4 critères de bases précités pour retrouver de nouvelles motivations.

 

Gardons de la sagesse et une juste distance

 

La première personne à motiver est soi-même avant de motiver les autres. Le rôle du manager est de mettre en place un environnement qui va nourrir les besoins fondamentaux. L’environnement doit être favorable à la motivation individuelle. Quand il a compris ce qui marche pour lui et pour les autres, quand il a adapté cet environnement, la motivation doit venir de chacun.

Il est important de comprendre qu’en tant qu’individu, nous avons nos propres besoins à nourrir. C’est intéressant de voir comment on peut soi-même avoir de l’impact sur ces changements.

Notre environnement de travail a complètement changé depuis les années 2000 et le Covid a encore fortement accentué ce changement.

Comment puis-je être acteur/actrice du sentiment de compétence ? Qu’est-ce que je peux mettre en place dans ma journée pour me sentir bien ?

 

  • Remplacer les trajets domicile/bureau non pas par du temps de travail mais par une promenade. La marche génère une activité de bien-être qui permet de contrer le stress et de prendre de la distance par rapport à ce qui nous arrive.
  • Limiter les réunions à 45 minutes et prévoir 15 minutes de pause entre deux réunions.
  • Prendre le temps de discuter avec des collègues.

 

L’importance de la lucidité et de la distance par rapport aux choses qui nous arrivent.

 

Structurer sa journée

 

Il est important de structurer sa journée, installer des rituels. Pour l’instant, les choses sont confuses, tout se mélange. Notre cerveau finit par partir en vrille. Il faut l’aider à se structurer pour reprendre une certaine autonomie.

Comment ? en se fixant des horaires, des habitudes : commencer à travailler à 9h, faire une pause à midi, en profiter pour sortir, arrêter à une heure fixe tous les jours, ne pas travailler le week-end si ce n’est pas indispensable…

Notre corps et notre cerveau ont besoin de recul et de distance.

 

On a besoin de 42% de notre temps pour gérer la régulation de la surstimulation qu’on subit au quotidien.

 

En gros, 42% de notre temps est nécessaire pour digérer la surinformation à laquelle nous sommes soumis au quotidien. Il reste un peu moins de 60% pour être en action.

Pendant ces 42%, il faut nourrir le lien, faire du sport, s’aérer, …

Nous sommes hyper stimulés à tout moment. Notre corps et notre cerveau surchauffent ; il faut leur donner le temps de se ressourcer.

Pour cela, il faut développer de nouveaux réflexes, de nouvelles manières de vivre.

 

Il faut aussi que l’entreprise soit consciente de ces changements.

 

L’hyper correction : un piège à éviter

 

 

L’hyper correction, c’est ne plus oser prendre du temps pour un café, ne plus s’autoriser à discuter avec un collègue de choses personnelles comme on peut le faire en présentiel. Ça donne des journées très denses, épuisantes.

 

La première chose que peut faire un manager ou une équipe, c’est de (ré) organiser, réinventer les rituels de travail.

On sait qu’il est important d’organiser son temps entre la vie privée et le travail mais il est tout aussi important d’organiser un rituel entre le travail et les rituels sociaux à l’intérieur du travail.

La réunion du lundi matin où tout le monde prenait un café ensemble et où on pouvait se raconter brièvement son week-end n’a plus du tout le même sens si on est en télétravail.

 

Comment peut-on réinventer ça ?

  • en organisant des réunions plus courtes, mieux structurées, avec plus de contenu, avec des outils ludiques et en alternant les manières de faire.
  • en développant des côtés plus créatifs dans le travail.
  • en organisant des rituels sociaux : prendre un petit-déjeuner virtuel avec les collègues en s’interdisant de parler boulot.

Ces rituels sont la " machine à café " autour de laquelle on se retrouvait auparavant. C’est une manière de recréer du lien.

 

Certaines grandes entreprises utilisent des applis de " speed datings " de manière aléatoire pour que les gens se rencontrent.

Mais l’idéal reste de susciter l’envie des personnes à recréer le lien elles-mêmes plutôt que de le faire de manière organisée.

Par contre, le manager peut suggérer des idées : faire une " papote " tous les vendredis à 14 h, travailler ensemble sur des tâches différentes mais à distance, de manière à avoir toujours une personne avec qui on est en lien (virtuel).

Il est prouvé que le fait de travailler avec un spectateur permet d’augmenter la performance et la motivation.

Le lien crée une production d’ocytocine. Le lien nous rend plus performant, c’est un élément qui nous rend plus positif. Aller se balader, faire des pauses, ça permet d’être plus de performant(e) à long terme. Ce n’est pas du tout une perte de temps. C’est absolument indispensable.

 

La fatigue de l’écran toute la journée

 

Il existe une application qui sonne toutes les heures pour rappeler qu’il faut avant tout rester connecté(e) à son corps. Cette interruption est mise à profit pour prendre un café, sortir, …

 

Tout le monde n’est pas à l’aise avec la technologie

Ça peut être un facteur de stress pour les personnes qui maîtrisent moins bien tous les outils et même s’ils les maîtrisent, certains ont parfois l’impression de les subir, ce qui engendre aussi du stress.

C’est aussi un rôle de l’équipe de se rendre compte que certaines personnes sont moins à l’aise que d’autres et développent parfois des stratégies d’évitement pour éviter ce stress. Ça doit être un signal d’alarme.

 

Feedbacks réguliers

 

 

On m’a complètement oublié(e)

 

Il est important de déceler au plus vite les personnes qui sont en train de glisser.

Travailler sans avoir beaucoup de contacts, sans sentir qu’on contribue à un projet qui a du sens, c’est extrêmement compliqué et démotivant.

N’ayons pas peur de dire " je suis démotivé(e) ".

 

Le feedback est un des éléments indispensables dans la collaboration parce qu’il nourrit la reconnaissance, positive ou négative. Donner des objectifs, des retours plutôt que de ne rien dire. Ces moments sont à maintenir car ils sont une nourriture essentielle pour les individus et réinstaurent la sécurité et la confiance.

 

Et après, le retour en présentiel ?

 

Pour tous ceux qui ont trouvé du confort dans le télétravail, quelle sera la suite ?

Il faudra aussi à ce moment-là retrouver une autre motivation.

 

Certaines entreprises qui pensaient que le télétravail n’était pas envisageable se sont rendu compte que c’était possible pour certaines tâches. Elles garderont sans doute ce fonctionnement par la suite.

On sait que jusqu’à deux jours de télétravail par semaine, il est possible de maintenir le lien et arriver à ce juste équilibre que sont la présence en entreprise et le plaisir de travailler autrement chez soi.

Certains sont motivés à revenir en entreprises, d’autres auront plus de mal. Il y aura de nouveaux équilibres à retrouver.
Les entreprises devront être créatives pour gérer ce nouveau défi mais n’oublions pas qu’il est important de trouver soi-même nos propres solutions.

 

 

Soyons acteur de notre bien-être et osons exprimer les choses

 

 

Revoir la chronique

Tendances Première: Le Dossier

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Comment détecter et prévenir le burnout

Tendances Première

Articles recommandés pour vous