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Belgique

Tempêtes en Belgique : Pascal Mormal (IRM) et Marc Gilbert (pompiers) analysent ces trois jours de rafales

Image d’illustration (à Ostende et à Asse, notamment)
22 févr. 2022 à 12:02Temps de lecture6 min
Par Kevin Dero

Dudley, Eunice, Franklin : dans l’ordre alphabétique, nommées par les services météo irlandais, voilà les trois tempêtes qui ont soufflé sur la Belgique ces derniers jours. Aujourd’hui, le calme est revenu, mais nos régions ont encaissé des vents soutenus avec des rafales de plus de 120 km/heure et des milliers d’interventions pour des dégâts matériels. Deux personnes sont décédées en Belgique des suites de ces vents violents.

A-t-on assisté à un phénomène météo inhabituel ? Et comment sécuriser votre habitation en cas de nouvelle tempête ? On débriefe ces tempêtes avec le climatologue à l’IRM, Pascal Mormal, et avec Marc Gilbert, colonel des pompiers de la zone Val de Sambre, interrogés par François Heureux dans "Matin Première". Est-ce que ces trois tempêtes et ces quatre jours de vents violents sur la Belgique sont un phénomène exceptionnel ?

Dossier de la rédaction

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Remarquables tempêtes

Pascal Mormal ne parle pas spécialement de phénomène exceptionnel, mais nuance : "C’est vrai qu’une tempête d’une telle intensité n’avait plus été observée en Belgique depuis une vingtaine d’années, depuis la tempête qui s’était produite le 27 octobre 2002. C’est vrai que depuis une vingtaine d’années, on n’avait plus tellement rencontré des vitesses de vent très élevées. En fait, ces tempêtes-ci, et Eunice en particulier, ont été assez remarquables par rapport aux rafales de vent maximal puisqu’on a atteint 133 km/heure. Mais il faut savoir que par le passé, dans les années 70, 80 et 90, par exemple, ce genre de rafales de vent a été atteint assez fréquemment dans le pays. Donc finalement, quelque part, on a eu un épisode venteux assez remarquable, mais si on regarde et si on le met en perspective sur une période de temps plus longue, il n’y a rien de vraiment exceptionnel".

Sur une période de temps plus longue, il n’y a rien de vraiment exceptionnel

Reportage dans notre JT du 21 février :

Changement climatique ?

Ce genre de violentes rafales ne serait donc pas forcément une conséquence du dérèglement climatique. "Si on analyse les statistiques de l’IRM, on constate par exemple qu’on a connu une période très venteuse dans les années 70-80, jusqu’aux années 90, et depuis les années 90, on a même plutôt un recul des rafales de vent maximal et des tempêtes. Donc, on ne constate pas du tout de lien entre le réchauffement climatique et l’augmentation des tempêtes dans le pays" explique le climatologue de l’IRM.

Courant "jet"

Est-ce qu’il y a même un lien entre le ralentissement de la fréquence de ces tempêtes et le réchauffement climatique ? Est-ce qu’on a moins de tempêtes grâce au réchauffement ? Pour Pascal Mormal, "là, il faut être très prudent par rapport à ça, mais c’est vrai que c’est une possibilité. Il faut savoir que les tempêtes vont être vraiment nourries par les gros contrastes de températures qui existent entre l’Équateur et le pôle. Or, dans une situation de réchauffement climatique qui se poursuit, le pôle a tendance à se réchauffer davantage que l’Équateur. Ce contraste thermique est donc moins important et, quelque part, il diminue le potentiel d’avoir un flux océanique dynamique et il réduit aussi l’intensité du courant-jet. Ici, cette semaine, on a eu un courant-jet extrêmement dynamique, mais de manière plus générale, on constate que ce courant-jet effectue davantage d’ondulations, donc il va effectuer plus de méandres et il va être parfois moins vigoureux, ce qui va par exemple entraîner typiquement des situations de blocages anticycloniques persistants, comme on a pu les connaître en été plusieurs fois ces dernières années. Ce courant-jet un peu plus méandré peut donc éventuellement expliquer qu’on a moins souvent des tempêtes qui concernent l’Europe occidentale"

Marc Gilbert est le colonel des pompiers de la zone Val de Sambre. Quand on voit les dégâts et le nombre d’interventions ces derniers jours, ça veut dire qu’on n’est pas préparé à ce type de vents chez nous ? "C’est peut-être un peu paradoxal par rapport à ce que je viens d’entendre de la personne précédente, mais je constate que les tempêtes que nous connaissons sont de plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses. Et je crois que c’est relativement important parce que nous sommes énormément sollicités dans ce genre de mission, puisque c’est une des missions parmi tant d’autres que la zone de secours prévoit, et nous en avons de plus en plus" explique Marc Gilbert.

Nous avons des tempêtes de plus en plus violentes, plus intenses

Celui-ci constate des vents de plus en plus violents : "En réalité, depuis maintenant deux ou trois ans, que nous avons de plus en plus de tempêtes et des tempêtes de plus en plus violentes, plus intenses que ce que nous connaissions avant, puisque j’ai connu ça depuis des années maintenant. Effectivement, dans les années 70-80, nous avons connu cela aussi, mais beaucoup moins fort que maintenant. Maintenant, c’est beaucoup plus régulier et il n’y a plus de saisons ni rien. Ça nous pose donc un petit problème et il est vrai qu’on n’est pas toujours préparé, que les gens ne sont pas toujours préparés à faire face à ce genre de tempête. Nous le remarquons vu les dégâts que nous voyons au niveau de la population. Il y a énormément de dégâts et les gens ne sont pas totalement préparés pour faire face à cela.

 

Retour sur la grue tombée à Tournai

Extrait du JT du 18 février

L’exemple le plus impressionnant a été cette grue qui s’est cassée en deux et dont une partie s’est écroulée sur un bâtiment du Centre hospitalier de Wallonie picarde, le CHwapi. "Vous avez cela, explique Marc Gilbert, mais vous avez connu cela aussi il y a moins de quatre ou cinq ans au niveau de Nieuport, où la même situation s’est présentée. Il faut savoir que quand on a une tempête ou un avis de tempête qui nous est donné par les prévisions météorologiques, il faut se conformer aux recommandations, et le Règlement général de la protection du travail spécifie bien qu’il faut sécuriser le matériel au-dessus de 70 km/heure. Qu’est-ce que ça veut donc dire pour les grues ? Il y a une obligation de débloquer la giration, de déverrouiller le frein, c’est-à-dire de mettre la grue en position neutre, de sorte qu’elle ne subisse pas la force et l’intensité que les vents amènent. C’est important, et c’est la même chose pour tout ce qui est échafaudages". On n’avait donc pas bien sécurisé le chantier tournaisien ? "C’est possible. Je suppose qu’une enquête va le déterminer, mais souvent, si on ne débloque pas le sens de giration, on va à l’encontre du vent et c’est ça qui provoque la chute de la grue. Il vaut donc mieux déverrouiller le frein comme c’est prévu dans la réglementation, débloquer la giration, de façon à ce qu’elle tourne avec le vent mais qu’elle ne soit pas à l’opposé pour effectuer des dégâts comme on a connu".

Extrait JT du 19 février :

Interventions évitées ?

Est-ce que beaucoup de vos interventions de ces derniers jours auraient pu être évitées avec un peu de prévention et de précaution ? Pour Marc Gilbert, c’est un grand "Oui": "Tout à fait, car qu’est-ce qu’on peut faire en réalité ? Tout d’abord, le citoyen devrait vérifier qu’aucune ardoise ni tuile ne se détachent, donc vérifier l’état de la toiture. C’est la même chose pour les gouttières. Si on nettoie les gouttières régulièrement chaque année, on évitera quelques problèmes. Nous avons aussi rencontré des problèmes avec les citernes à mazout hors sol, donc qui ne sont pas enterrées, qui n’étaient pas fixées et qui ont provoqué des pollutions à certains endroits. Nous remarquons aussi que des objets non fixés — des meubles de jardin, trampolines ou autres — traversaient les routes parce qu’on n’avait pas fixé ni attaché ces objets. Et c’est la même chose au niveau des cheminées. Nous avons eu plusieurs cheminées qui sont tombées, qui se sont effondrées. Pourquoi ? Parce que vraisemblablement, on ne contrôle pas régulièrement sa cheminée et ça pose donc quelques problèmes. On constatait également parfois qu’il y avait des animaux domestiques qui étaient dehors alors que la tempête soufflait relativement fort. Il s’agissait donc de rentrer les animaux. Nous remarquons aussi, quand nous avons par exemple des orages ou autres, que rares sont ceux qui ont installé un parafoudre central pour protéger le réseau électrique" explique-t-il.

Craintes pour les jours suivants ?

Pascal Mormal, l’expert à l’IRM, nous parle ensuite des jours futurs. Une nouvelle tempête pourrait-elle survenir dans les modèles météo dans les jours et les semaines prochains ? "Il faut être prudent quand on fait des projections", explique le météorologue. "Mais en tout cas pour les prochains jours, la situation devrait quand même sensiblement s’améliorer. On aura une très belle journée mercredi, ce sera un peu plus mitigé jeudi et vendredi, mais à partir du week-end, on va se diriger vers un temps beaucoup plus agréable, anticyclonique. Pendant le week-end, les nuits seront encore un peu fraîches, mais a priori, à partir du début de la semaine prochaine, on aura des températures qui vont commencer à monter vers les 12-13 degrés avec un temps relativement ensoleillé. Ce sont donc des perspectives presque printanières pour la fin de la semaine et le début de la semaine prochaine. L’arrivée du printemps pourrait donc être imminente…

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