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Monde Moyen-Orient

Tensions à Jérusalem avant la "marche des drapeaux"

Des Israéliens agitent le drapeau national à Jérusalem, le 28 mai 2022, à la veille de la "marche des drapeaux.
29 mai 2022 à 07:18 - mise à jour 29 mai 2022 à 10:00Temps de lecture3 min
Par AFP, édité par Lavinia Rotili

La police israélienne est en état d'alerte dimanche à Jérusalem à l'occasion de la "marche des drapeaux" marquant la conquête de la partie palestinienne de la ville par Israël, sur fond de craintes d'un nouvel embrasement.

A quelques heures de la marche prévue à 13H00 GMT, le ténor de l'extrême droite israélienne Itamar Ben Gvir s'est rendu sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem-Est, alors que des Palestiniens ont lancé des pierres sur les policiers entrés sur le lieu saint, a constaté un correspondant de l'AFP.

Au coeur des tensions israélo-palestiniennes dans la Vieille ville, l'esplanade est le troisième lieu saint de l'islam mais aussi le site le plus sacré du judaïsme sous son nom de "Mont du Temple".

Les Palestiniens dénoncent comme des "provocations" l'entrée des juifs sur l'esplanade dont les accès sont contrôlés par les forces israéliennes.

"Je suis venu soutenir les forces de sécurité et j'attends de la police qu'elle fasse régner l'ordre sur le mont du Temple (...) Je suis venu aujourd'hui affirmer que nous, l'Etat d'Israël, sommes souverains ici", a lancé Itamar Ben Gvir.

Dans la rue, des dizaines de jeunes juifs nationalistes chantaient et dansaient en agitant des drapeaux israéliens devant quelques Palestiniens médusés, selon un journaliste de l'AFP sur place.

"Vous avez vu ça? Vous voyez du respect? Il n'y a pas de respect. Si les commerces sont fermés ce n'est pas que nous avons peur mais parce que nous savons qu'il n'y aura pas de clients aujourd'hui. En fait, ce n'est pas nous qui avons peur de ces colons, mais l'armée, la police et le gouvernement israéliens", a lancé Sami, un commerçant.

La police a mobilisé 3.000 officiers pour la marche de "Yom Yerushalaïm" ou le "jour de Jérusalem", qui marque pour Israël la "réunification" de la Ville Sainte dont la partie orientale a été occupée en 1967 et annexée en 1980.

L’enjeu est décisif pour Naftali Bennet

L'an dernier, lors du jour prévu pour cette marche selon le calendrier hébraïque et après des jours de violences israélo-palestiniennes à Jérusalem-Est, le mouvement palestinien Hamas avait lancé des salves de roquettes sur Israël, prélude à une guerre de 11 jours entre les deux camps.

Cette année, les groupes palestiniens ont de nouveau menacé de "répondre" en cas de violences lors de la marche, voire si des participants se rendraient à l'esplanade.

"Nous n'allons pas hésiter à user de tous les moyens possibles pour stopper une (éventuelle) incursion sur nos sites sacrés. Israël en paiera le prix fort", a déclaré samedi à l'AFP Ghazi Hamad, une figure du Hamas, le mouvement islamiste au pouvoir à Gaza.

Malgré les pressions, le Premier ministre israélien Naftali Bennett a assuré que la marche "se déroulera selon le trajet prévu, comme c'est le cas depuis des décennies", c'est-à-dire en passant par la Vieille Ville mais sans faire de détour par l'esplanade.

La marche est un "test personnel, voire un test de personnalité" pour M. Bennett, pour marquer sa différence par rapport à son prédécesseur, Benjamin Netanyahu, au pouvoir l’année dernière pendant la marche et la guerre, note le grand quotidien Yediot Aharonot.

"Netanyahu avait balbutié, hésité, pris une décision (d’autoriser la marche), pour ensuite se rétracter (sur le tracé) en raison des menaces du Hamas et nous avions eu malgré tout un barrage de roquettes […] Bennett a opté pour une stratégie opposée, avec une politique calme et calculée […]", poursuit le Yediot.

Quel est ce calcul ? "Que le Hamas n’a aucun intérêt à se lancer dans une nouvelle guerre […] car il se focalise sur la reconstruction de Gaza", estime Shlomo Mofaz, analyste sécuritaire et ex-haut gradé du renseignement militaire israélien.

Au cours des derniers mois, Israël a accordé des milliers de permis de travail sur son territoire à des Palestiniens de Gaza, dont le salaire sert à redonner un souffle économique à cette enclave minée par un chômage endémique.

"Saper la stabilité sécuritaire menacerait ses efforts et les progrès (économiques)", a déclaré samedi soir en allusion au Hamas, le commandant israélien Ghassan Alian.

"Evitez l’escalade"!

Si le Hamas n’a pas intérêt économiquement à une escalade, des violences à Jérusalem avec des blessés ou des morts palestiniens pourraient le pousser, ou d’autres groupes palestiniens armés comme le Jihad islamique, à passer à l’offensive, note M. Mofaz.

Autre élément en jeu : l’Iran, ennemi N.1 d’Israël et soutien du Hamas et du Jihad islamique.

Selon le New York Times, Israël a indiqué à Washington être responsable de la mort de Sayyad Khodaï, un important officier des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique d’Iran, tué par balles le 22 mai près de Téhéran.

"Peut-être qu’ils (les Iraniens) vont encourager (le Hamas ou le Jihad islamique) à briser la routine" et lancer des roquettes sur Israël, note M. Mofaz.

Le médiateur en chef de l’ONU pour le Proche-Orient, Tor Wennesland, a lui appelé Israéliens et Palestiniens "à faire preuve d’une retenue maximale" afin "d’éviter un nouveau conflit qui ne fera que plus de morts".

"Le message de la communauté internationale est clair : évitez une nouvelle escalade."

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