L'atelier des muses

Teresa Carreño, l’amazone du piano, qui joua enfant devant Abraham Lincoln

© © Tous droits réservés

09 déc. 2021 à 14:27Temps de lecture2 min
Par Hélène Michel

Teresa Carreño est l’une des plus grandes virtuoses de son temps, surnommée la walkyrie, l’amazone ou la lionne du piano. Elle a fait le tour de la planète pour se produire sur les grandes scènes de concert, et pour donner des interprétations passionnées de Beethoven, Liszt, Chopin, Schumann, Brahms, Grieg, Rubinstein, Paganini, et bien d’autres encore. Elle a fréquenté pendant plus d’un demi-siècle les personnalités et les musiciens les plus importants de son temps.

Petite fille, Dieu t’a donné le plus grand des dons, le génie.

Franz Liszt

Teresa Carreño est née dans la musique, ses parents étant mélomanes, et son père étant lui-même pianiste amateur de talent. Quand la petite Teresa a 9 ans, les parents décident de s’installer aux Etats-Unis, pour qu’elle puisse suivre les cours de Louis Moreau Gottshalk, qui a très vite remarqué le génie de cet enfant prodige. C’est lui qui la voulait comme élève et non l’inverse. Il a d’ailleurs écrit "La petite Teresa n’est pas seulement une enfant merveilleuse mais un véritable génie. Dès que je m’installe à New York, j’ai l’intention, en loisir, de me consacrer à son enseignement musical."

Elle donne cette année-là son premier concert, et l’année suivante, en 1863, elle joue à la Maison Blanche, devant le président des Etats-Unis, Abraham Lincoln, à la demande de ce dernier. À 13 ans à peine, elle fait ses débuts à Paris, et rencontre des célébrités comme Rossini et Gounod et prend des cours de piano avec Anton Rubinstein. Franz Liszt viendra aussi l’écouter, il lui donnera ce conseil : "Petite fille, Dieu t’a donné le plus grand des dons, le génie. Travaille, développe ton talent. Au-dessus de tout, reste fidèle à toi-même, et alors, avec le temps, tu deviendras l’une des nôtres."

Madame, je ne savais pas que mon concerto était si beau.

Edvard Grieg

Teresa Carreño va se marier quatre fois : d’abord avec le violoniste compositeur français Émile Sauret, elle épouse ensuite le baryton italien Giovanni Tagliapietra, puis elle se marie en troisièmes noces avec le pianiste compositeur allemand Eugen d’Albert, et finalement elle fera un mariage heureux avec le frère de son second mari, Arturo Tagliapietra. Mais jamais elle n’abandonne ses tournées de concert. Edvard Grieg en personne l’entendra interpréter son concerto, il lui fera le plus beau des compliments en lui disant : "Madame, je ne savais pas que mon concerto était si beau."

En 1917, alors qu’elle prépare une tournée en Amérique du Sud, on lui diagnostique une paralysie partielle du nerf optique. Une maladie fulgurante, elle meurt cette année-là, dans son appartement new-yorkais, à l’âge de 63 ans.

La carrière de virtuose de Teresa Carreño a totalement éclipsé ses talents de compositrice. Elle jouait assez peu ses propres œuvres en concert, les réservant plutôt pour des récitals privés, et ce n’est que très récemment que certaines ont été enregistrées. La plupart de ces pièces ont vu le jour durant sa jeunesse, ce sont en général des pièces assez brèves, mais qui demandent à l’interprète de grandes qualités techniques.

L'atelier des muses

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Sur le même sujet

Julie Pinel, les mystères d’une compositrice du XVIIIe siècle

L'atelier des muses

Maddalena Laura Lombardini Sirmen, compositrice et violoniste vénitienne virtuose

L'atelier des muses

Articles recommandés pour vous