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Belgique

Terrorisme d’extrême droite : "En Europe et à travers le monde, on est face à une menace sérieuse"

22 juil. 2022 à 07:25Temps de lecture16 min
Par Ambroise Carton sur la base d'une interview menée par Martin Bilterijs

Il y a un peu plus d’un an, le 19 mai 2021, l’affaire Jürgen Conings faisait irruption dans l’actualité. Jürgen Conings, c’est ce caporal de l’armée belge qui a fini par déserter en emportant avec lui du matériel militaire récupéré dans la caserne où il était en poste dans le Limbourg. Dans cet arsenal, on trouvait notamment un lance-roquettes, des mitrailleuses et plusieurs grenades.

Objet d’une véritable traque, l’ex-militaire avait entre-temps laissé entendre dans une lettre qu’il pourrait s’en prendre au gouvernement, à des mosquées, mais aussi à des scientifiques, comme le virologue Marc Van Ranst, placé sous protection policière. Après une traque de près d’un mois, le corps de Jürgen Conings est finalement retrouvé sans vie le 20 juin 2021, un mois après le début de l’affaire. L’homme a mis fin à ses jours sans mettre en œuvre ses plans meurtriers.

Un an après, que reste-t-il des mouvances ou groupuscules d’extrême droite en Belgique qui avaient soutenu l’ancien caporal de l’armée belge lors de sa traque ? Que sont devenus aussi les soutiens sur les réseaux sociaux à Jürgen Conings ? Ces questions étaient au coeur d'un "droit de suite" ce vendredi matin sur La Première.

Pour Benjamin Biard, politologue et chargé de recherche au Centre de recherche et d’information sociopolitique (CRISP), "il y a peut-être trois éléments par rapport à la place du terrorisme d’extrême droite en Belgique. Globalement, je dirais, de manière générale, en Europe et à travers le monde, on est face à une menace sérieuse. On voit chaque année un certain nombre d’attentats perpétrés, plus ou moins réussis et avec plus ou moins de victimes, qui sont commis sur la base d’une idéologie d’extrême droite, souvent avec la volonté, sur la fachosphère, comme on l’appelle, c’est-à-dire sur des forums en ligne, de partager un manifeste qui développe les motivations de ces actions."

On a quelque chose qui est en train de se produire dans la société

Il poursuit : "Le deuxième élément, c’est qu’effectivement, en Belgique, on connaît un regain d’intérêt de la part des services de renseignement et de sécurité à l’égard de cette menace extrémiste de droite. C’est-à-dire qu’en 2011, la Sûreté de l’État considérait que la menace d’extrême droite — on se situe dans la foulée des attentats commis en Norvège par Anders Breivik — était finalement une menace minime en Belgique. À partir de 2019, la Sûreté de l’État considère qu’il y a une accélération, d’une certaine manière, de la menace d’extrême droite en Belgique est qu’elle est bien présente."

Enfin, termine le spécialiste, "on a eu effectivement ces dernières années des incidents majeurs liés à l’idéologie d’extrême droite, sans les qualifier peut-être d’attentats terroristes à proprement parler. Mais rien que sur les années 2018 et 2019, on peut en dénombrer au moins quatre, notamment une suspicion de préparation d’attentat dans une mosquée à Droixhe en 2018. Et en 2019, on se souvient toutes et tous de cet incendie d’un bâtiment à Bilzen, censé accueillir les demandeurs d’asile. Et donc, effectivement, on a quelque chose qui est en train de se produire dans la société et qui fait l’objet d’un suivi de plus en plus intense. Il le dit lui-même dans ses rapports successifs de la part des services de renseignement et de sécurité, que ce soit sur le plan civil ou militaire."

Ecoutez l’interview de Benjamin Biard en intégralité ci-dessus.

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