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Belgique

Tests PCR : poule aux œufs d'or pour les laboratoires ?

La question du jour

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18 févr. 2022 à 18:17Temps de lecture3 min
Par Arnaud Ruyssen

Ce mercredi dans Déclic, on tentait de chiffrer les dépenses pour l'INAMI du remboursement des tests PCR au fil de la crise COVID. Nous avons établi, sur base du nombre de tests effectués, un montant de base d'1,2 milliards remboursés. Mais cette manne a-t-elle profité plus que de raison à certains labos? Déclic a tenté d'y voir clair.

Des coûts très différents d'un labo à l'autre

Premier constat, d'un laboratoire à l'autre, les tests PCR ne sont pas rentabilisés de la même manière. Pour rappel, l'INAMI rembourse aujourd'hui 40,44 € par test. Pour certains labos cela ne permet pas de dégager de grandes marges. Le responsable d'un laboratoire d'hôpital wallon nous confie que, dans son cas, "on arrive a gagner 2 ou 3 euros par tests, autant dire pas grand chose si on met ça en regard des pertes réalisées par l'hôpital à cause du COVID". Dans d'autre cas, les recettes sont plus substantielles. Un médecin actif dans un grand hôpital universitaire nous confie : "quand on regarde les comptes 2021, soyons clair… heureusement qu'on avait le labo et qu'il a fait beaucoup de tests, c'est ça qui a permis d'équilibrer les comptes".  

Alors de quelles marges parle-t-on précisément? Pas moyen d'obtenir de réponse claire du côté des grands CHU.  Mais une chose est sûre: d'un laboratoire à l'autre, les réalités sont très différentes en fonction de la taille et des choix d'investissements. Ceux qui ont investi dans des appareillages permettant d'automatiser les processus à large échelle ont pu fortement diminuer les prix unitaires, ils disposaient aussi de meilleurs leviers pour aller négocier les fournitures : réactifs, tubes et frottis… Là où les plus petits laboratoires bénéficiaient beaucoup moins de ces économie d'échelle.

Une marge de 13 - 14 euros par test

Nous passons aussi un coup de fil à l'un des plus important laboratoire de Wallonie: le laboratoire Luc Olivier qui possède des dizaines de centres de prélèvement et 4 centres d'analyse en Wallonie. Le patron du labo, Sandy de Spiegeleer, joue la carte de la transparence: "Chez nous, on est passé à un processus semi-automatisé.  On ne s'est pas risqué à des investissements d'1,5 million € comme certains labos… mais on a quand même dépensé 3 ou 400.000 € dont un peu plus de 100.000 subsidiés par le gouvernement" Résultat, les laboratoires Olivier ont pu monter à 3500 tests par jour, lors de certains pics de l'épidémie.

Question marge, Sandy de Spiegeleer refuse de donner des chiffres précis mais nous parle d'une fraction en trois tiers: "un tiers pour les coûts matériels et réactifs, un tiers pour les coûts de personnel et un tiers de bénéfice". Ce qui est quand même conséquent. 13 à 14 euros des 40 donnés par l'INAMI rentrent donc dans la colonne bénéfice du bilan comptable.  Les derniers chiffres disponibles montrent d'ailleurs que le bilan financier des Laboratoires en 2020 est largement bénéficiaire: +79% de bénéfice par rapport à l'année précédente, sans qu'il soit possible de déterminer précisément la part des tests PCR dans les recettes. 

De l'avis de certains spécialiste du secteur, certains laboratoire ont sans doute dégagé des marges encore supérieures, en utilisant des réactifs moins pointus, en traitant des volumes encore plus importants où en optimisant la chaine logistique d'acheminement des tests. 

Une plate-forme fédérale sous utilisée

Ce qui frappe aussi, en regardant le détail des chiffres, c'est la faible utilisation de la plate-forme fédérale de test. Cette plateforme rassemblant 8 centre universitaires a été mise en place avant l'hiver 2020 pour pouvoir garantir un nombre élevé de tests quotidiens. L'état fédéral a sorti des millions d'euros pour aider à financer les laboratoires universitaires participant, il leur a garanti un nombre minimum quotidien de remboursements (2000 tests payés qu'ils soient effectués ou non), il a acheté pour eux les réactifs… et malgré cela, ces laboratoires de la plate-forme n'ont jamais été utilisés à pleine capacité alors que certains grands labos privés tournaient, eux, à plein régime. 

Face à cette situation étonnante, plusieurs voix s'élèvent, dans le monde de la santé, pour remettre en question le "business de la Biologie Clinique" et le rôle prépondérant joué par la Commission de Biologie Clinique, chambre d'expertise qui conseille l'INAMI sur la fixation des prix de remboursement. Une commission où l'on retrouve des représentants du secteur privé, le président étant d'ailleurs l'ancien patron d'A.M.L., d'un des plus gros laboratoires du pays.

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