Cinéma

“The Amusement Park” : le film d'horreur oublié de George A. Romero refait surface

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27 août 2021 à 15:53Temps de lecture2 min
Par Adrien Corbeel

Film de commande réalisé par George A. Romero en 1973, “The Amusement Park” nous offre une vision cauchemardesque du troisième âge.

C'est un film que tout le monde, y compris son créateur, avait oublié, une œuvre de commande que le temps avait ensevelie. Mais grâce à la découverte d'une copie 16mm en 2017, l'étrange objet cinématographique qu'est "The Amusement Park" refait surface. Un petit miracle pour ce moyen-métrage situé quelque part entre le film éducatif, la satire et l'horreur pure.

À l'origine de ce projet très particulier on retrouve une organisation pour le moins inattendue : une société luthérienne de Pittsburgh. Désireuse de dénoncer les abus et les souffrances vécues par les personnes âgées, l'organisation demande à George A. Romero de tourner un film éducatif sur le sujet. Un projet que le réalisateur de "La Nuit des Morts-Vivants", alors en manque d'argent, accepte mais s'approprie complètement, au grand dam de ses employeurs qui ne savent que faire de l'allégorie cauchemardesque et cacophonique créée par le cinéaste, qui se permet de satiriser l'égoïsme et le consumérisme de la société américaine. Après quelques diffusions et une projection au festival du film américain de New York, le film disparaît de la circulation et des mémoires, jusqu’à sa redécouverte, et sa restauration, supervisée par la veuve du cinéaste, Suzanne Desrocher Romero.

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La restauration ne prend pas la peine de cacher l'évidence : c'est un film au budget très limité. Tourné pendant trois journées dans un parc d'attractions, "The Amusement Park" est peu raffiné, tant dans ses images que dans son traitement sonore. Mais cela n'enlève rien à la force de l'œuvre. Filmé de manière très crue, le décor choisi par Romero n'en apparaît que plus cauchemardesque. Utilisant le parc d'attractions comme un macrocosme de l'Amérique, le cinéaste en a fait le lieu de tous les maux de la vieillesse. Alors que son protagoniste, un monsieur âge habillé d'un saisissant costume blanc, tente de s'amuser sur différents manèges, différentes injustices et discriminations rendent son après-midi de plus en plus affreuse et éprouvante. Ce sont par exemple les mensonges d'un jeune homme responsable d'un accident d'autos-tamponneuses qui prime sur la parole de ses aînés — une situation farfelue mais qui n'en est pas moins cruelle et humiliante. Violences, indifférences et mauvais traitements font partie des souffrances infligées sur les personnes de sa génération, à moins qu’elles ne soient riches.

Chaque nouvelle scène nous renvoie à une facette de la société que Romero critique de manière mordante : l'égoïsme, les inégalités sociales, le système de santé, etc. On reconnaît là un grand nombre des obsessions qui parcourront sa filmographie. Elles sont abordées de façon très didactique, peut-être parce que "The Amusement Park" est à l'origine un film éducatif, mais la patte du cinéaste est indéniable. Frénétique dans son montage, porté par une bande-son très agressive et tourné caméra à l'épaule, le moyen-métrage est un cauchemar satirique et nihiliste comme seul le réalisateur de "Zombie" en était capable. Les morts-vivants qui lui étaient chers peuplent d'ailleurs à leur manière le film. Impossible de ne pas penser aux zombies devant cette horde de personnes qui errent à travers le parc d'attractions, dénués de compassion et obnubilés par l'assouvissement de leurs propres désirs.

 

Le film est à découvrir dès aujourd'hui en VOD sur la plateforme Sooner. Il sera également projeté le 24 septembre au cinéma Kinograph et le 25 au Cinema Nova dans le cadre du Offscreen Film Festival. Une édition DVD/Blu-Ray est prévue pour le 7 décembre.

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