Cinéma

“The Great Buster” : une célébration d'un génie du cinéma muet

21 juin 2022 à 14:39Temps de lecture2 min
Par Adrien Corbeel

L'illustre comédien Buster Keaton, à qui l'ont doit "Sherlock Junior" et "Le Mécano de la Générale", est mis à l'honneur dans un documentaire convenu mais plaisant.

Vous connaissez forcément son visage triste, ses chutes spectaculaires, ses cascades improbables. Au côté de Harold Lloyd et Charlie Chaplin, Buster Keaton figure parmi les plus célèbres comiques du cinéma muet — ceux dont le temps n'a pas érodé la puissance. Plus d'un siècle après son premier court-métrage, l'acteur, comédien, cascadeur, scénariste et réalisateur est encore célébré et admiré par de multiples générations. Entre la simplicité miraculeuse de ses gags et le raffinement de ses dispositifs cinématographiques, il y a de quoi ravir tout le monde.

Mais comme en témoigne le documentaire de Peter Bogdanovich "The Great Buster", le système hollywoodien ne fut guère clément envers cet inventeur de génie. Après l'éclat des années 20, le cinéaste a été entre autres victime de déboires personnels, d'une mauvaise gestion de la part du studio MGM et, évidemment, de l'avènement du cinéma parlant. Son stoïcisme, son attachement aux gags visuels et la démesure de ses budgets l'ont rapidement relégué au rang de has-been dans une industrie sans cesse changeante.

Son histoire, à la fois familière (combien de talents ont subi le même sort?) et singulière, mérite évidemment d'être racontée — une tâche à laquelle Bogdanovich s'attelle avec une application quelque peu scolaire. La forme et la structure du documentaire sont plutôt conventionnelles, faisant se succéder le traditionnel cortège de célébrités qui ont toutes leur mot à dire dans le récit (presque) chronologique de la vie de Keaton. Le cinéaste a évidemment réuni du beau monde pour s'exprimer face caméra : Mel Brooks, Werner Herzog, Bill Hader, Cybill Sheperd, etc. Toutes les interventions ne se valent pas, et certaines, comme celles Quentin Tarantino ou Jon Watts (réalisateur des derniers Spider-Man) ne présentent qu'un intérêt limité. D'autres sont au contraire plutôt inspirées. Faire appel à Johnny Knoxville, figure proue des "Jackass", pour venir parler de Keaton peut sembler surprenant, mais derrière son goût pour les gags scatophiles et la provocation, le trublion partage avec Buster une même passion pour les cascades spectaculaires et hilarantes.

Si "The Great Buster" a quelque chose de singulier, c'est son cinéaste. Réalisateur des géniaux "On s'fait la valise, Docteur ?" et "La Dernière Séance", acteur mémorable (la série "Les Sopranos") et cinéphile aguerri, Peter Bogdanovich, qui est décédé en janvier dernier, n'était pas du genre à se faire discret, et “The Great Buster” le confirme. Plutôt que de s’ouvrir sur des images de Keaton, le long-métrage débute ainsi avec une émission des années 70 au cours de laquelle Bogdnavich s'exprime sur l'auteur de "La Mécano de la Générale" — une drôle d'entrée en matière, mais qui correspond au ton très personnel adopté par le film. C'est avant tout le récit d'un passionné, qui tente de nous communiquer, avec son regard savant de cinéaste et de cinéphile, son admiration pour un inoubliable comédien. La réussite du projet est discutable, mais force est de reconnaître qu'on sort du documentaire avec une furieuse envie de se (re)plonger dans les grands films du grand Buster.

 

"The Great Buster" est à découvrir en DVD et Blu-Ray aux éditions Carlotta.

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