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Politique

Thierry Bodson (FGTB) sur la semaine de 4 jours : “un coup de canif pour les travailleurs”

L'invité de Matin Première: Thierry Bodson

Que pense la FGTB de l'accord sur le travail ?

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16 févr. 2022 à 07:53Temps de lecture3 min
Par Daphné V Ossel sur la base d'une interview menée par Thomas Gadisseux et François Heureux

Thierry Bodson, président de la FGTB, était ce mercredi l’invité de Matin Première. Il se montre très critique par rapport à la réforme du marché du travail adopté par le gouvernement, à commencer par la possibilité de répartir ses heures de travail sur quatre jours.

Compresser le travail sur quatre jours, c’est un coup de couteau assassin dans la revendication de la réduction collective du travail”, réagit-il face à Thomas Gadisseux.

Pour le syndicaliste, la réduction collective du temps de travail est écrite dans le sens de l’histoire. Selon lui, c’est clair, il y aura une réduction collective du temps de travail et celle-ci permettra de répondre à des problèmes comme le burn-out, notamment. “Mais la semaine de 4 jours nous fera prendre des années de retard par rapport à cette revendication-là, qui sera beaucoup plus difficile à porter.”

Des écoles, des crèches accessibles 12 heures par jour, ça n’existe pas.

Concentrer le travail sur 4 jours, ce sont des journées de 10 heures qui ne sont tout simplement pas possibles pour un certain nombre de métiers (femmes d’ouvrage, puéricultrices…). Et c’est aussi amener les écoles, les crèches à être accessibles 12 heures par jour, ça n’existe pas.”

Tout un symbole

La mesure a aussi, pour les syndicats, une portée symbolique : “Elle implique la modification de la loi de 1971 qui organise le temps de travail dans laquelle s’inscrit notamment la fameuse journée des 8h00. Donc, le symbole est très lourd pour nous.”

Le ministre du travail Pierre-Yves Dermagne est socialiste. Le parti socialiste avait soutenu l’idée de réduire le temps de travail, une semaine de 4 jours payée pour 5 jours. Cette mesure, c’est tout l’inverse. Que dit la FGTB au PS ? “Que non seulement c’est un coup de canif pour la revendication, mais aussi pour les travailleurs, qui souffrent de manque de sens, de burn-out… Ici on ne règle rien”.

"Un dangereux précédent"

Un des autres points de la réforme, c’est la simplification de la mise en place du travail de nuit (de minuit à 6 heures), et le travail de soirée (de 20 heures à minuit). Désormais, par exemple, le travail de nuit pourrait être mis en place si un seul syndicat l’approuve, même s’il est minoritaire. “C’est un dangereux précédent”, s’exclame Thierry Bodson.  “Si le gouvernement voulait démontrer une bonne fois pour toutes qu’il donne beaucoup plus d’importance aux patrons qu’aux travailleurs, c’est fait !” 

Si le gouvernement voulait démontrer une bonne fois pour toutes qu’il donne beaucoup plus d’importance aux patrons qu’aux travailleurs, c’est fait !

Lors de la signature d’une convention collective de travail, le banc patronal va être présenté à 100%, alors que le banc syndical va être présenté partiellement par une seule organisation. Ça signifie que le rapport de force s’est complètement inversé.”

Le rapport de force s’est complètement inversé.

Autre critique du président de la FGTB : “On prend cette décision et on ne sait même pas à qui elle va s’appliquer. On parle d’e-commerce mais on ne sait pas ce que ça recouvre. Le gouvernement a demandé au Conseil central de l’économie de définir le scope de l’e-commerce. Selon la définition qu’on lui donnera, ça pourrait concerner peu ou beaucoup, voire une majorité de travailleurs.

Le syndicaliste précise encore que les patrons avaient dû accepter, pour aboutir à un accord interprofessionnel, de mettre de côté leurs revendications sur le travail de nuit. “Ce qu’on a réussi à bloquer il y a 5 mois devant les patrons nous revient par la fenêtre au départ du gouvernement.

Quant à la clarification du statut des travailleurs dans le secteur des plateformes d’économie collaborative, autre point de la réforme du marché du travail, Thierry Bodson ne se montre pas beaucoup plus enthousiaste.

"Des emplois de merde"

"Le problème, c’est que toutes les mesures qui sont proposées par le gouvernement, c’est toujours plus de flexibilité. C’est la demande patronale éternelle, notamment pour atteindre le fameux seuil des 80% de taux d’emploi." Pour atteindre ce taux d’emploi, dit le patron de la FGTB, il faudrait en fait aussi remettre au travail des malades, sous certaines conditions. "C’est ça le vrai débat que le gouvernement n’ose pas assumer."

"Et le gouvernement n’ose pas non plus dire que les 80% de taux d’emploi en Allemagne, excusez-moi d’être un peu trivial, ils sont atteints via des emplois de merde, à concurrence de quelques heures par mois. Ça ne règle pas le problème fondamental qui est celui du financement de la sécurité sociale."

Et le syndicaliste de revenir à la question des salaires : "Si on veut augmenter le taux d'emploi, il faut augmenter la qualité de l'emploi, et donc mieux les rémunérer. Or, la loi de 96 [qui fixe la marge salariale] va continuer bloquer les salaires en 2023 et 2024."

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