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Thierry Wilquin avant Spirou-Mons: "Le basket belge est exsangue après quasi deux ans de huis clos!"

Le manager général du club de basket-ball de Mons-Hainaut Thierry Wilquin est un éternel optimiste mais il se veut aussi réaliste en ces temps de pandémie: "L’état financier du club de Mons-Hainaut n’est pas bon..."
09 févr. 2022 à 06:00Temps de lecture5 min
Par Samuël Grulois

C'est un derby toujours aussi attendu : Charleroi reçoit Mons-Hainaut ce mercredi à 20 heures 30 dans le cadre de la seizième journée de Division 1 de basket-ball. Sachant que les cinq premières équipes à l'issue de la phase classique seront qualifiées pour la suite de la BNXT League League (NDLR : l’"Elite Gold") disputée dès mars face aux cinq meilleurs clubs néerlandais, la rencontre de ce soir vaudra son pesant de cacahuètes. Les Spirou et les Renards sont actuellement à égalité de points aux cinquième et sixième places ! La bonne nouvelle, c'est que les supporters sont de retour dans les gradins depuis une dizaine de jours. Un retour qui va faire du bien aux finances des clubs car le huis clos a fait des dégâts. D’énormes dégâts. Alors, bouteille à la mer, appel à l’aide ou cri d’alarme... peu importe les mots utilisés. Le manager général montois Thierry Wilquin nous a fait part de sa grande inquiétude. Entretien.

Thierry, j’imagine votre soulagement après l’annonce du Codeco d’autoriser à nouveau les spectateurs dans les salles de sport (70% de la capacité) ?

" C’est un vrai ouf de soulagement ! Il était grand temps. Et je parle ici au nom de tous les clubs évidemment. Un an et demi à huis clos en devant assumer tous les frais fixes sans avoir de rentrées, avec une perspective de reprise en début de saison vers le mois d’octobre avant un terrible coup d’arrêt avec le huis clos de nouveau imposé en décembre et janvier… Un véritable coup d’arrêt avec des clubs désormais vraiment exsangues qui ont de très très grosses difficultés à pouvoir continuer à assumer leur rôle. Pas uniquement leur rôle au niveau du sport professionnel mais tout simplement leur rôle social dans la vie associative. Notre société ne peut s’en passer. C’est du moins mon avis. "

L’état financier du club de Mons-Hainaut n’est pas bon ! Contrairement aux autres années, nous connaissons évidemment de grosses difficultés… On ne peut pas se remettre en un claquement de doigts de pratiquement deux saisons à huis clos. Si on veut être un peu réaliste, on doit quand même se poser des questions sur l’avenir de notre club et de la plupart des clubs.

Dans quel état se trouvent les finances de Mons-Hainaut ?

" L’état financier du club de Mons-Hainaut n’est pas bon ! On a continué à vivre avec nos moyens sans aller au-delà. Mais, contrairement aux autres années, nous connaissons évidemment de grosses difficultés… On ne peut pas se remettre en un claquement de doigts de pratiquement deux saisons à huis clos, sans pouvoir accueillir ni public ni partenaires ! Il va falloir trouver des solutions car c’est actuellement très compliqué. Si on veut être un peu réaliste, on doit quand même se poser des questions sur l’avenir de notre club et de la plupart des clubs. Joueurs compris, Mons-Hainaut compte environ 25 salariés dont certains sont indispensables pour faire tourner la structure, la partie professionnelle mais aussi la partie jeunesse avec nos 150 affiliés. "

Depuis le début de cette crise, votre personnel est-il inquiet pour son avenir ?

" Oui, bien sûr ! Surtout maintenant ! Au début, tout le monde restait relativement optimiste en se disant qu’on verrait bientôt le bout du tunnel, que ce serait bientôt la fin. Mais, je me répète, le coup d’arrêt provoqué par le huis clos imposé début décembre a vraiment rebattu toutes les cartes et a donné un gros coup sur la tête des employés. Ils se demandent comment ils vont faire pour simplement survivre et continuer d’exister. "

Pas mal d’efforts ont déjà été faits par les pouvoirs publics mais il n’y a pas qu’eux. Je lance un appel vers le secteur privé. Certaines entreprises ont été très peu, voire pas du tout, impactées par la crise du Covid. Il y en a même, et c’est une bonne chose, qui en ont profité…

Des licenciements en vue ?

Avez-vous, à un moment donné de la pandémie, imaginé licencier ?

" Lors du tout premier confinement, nous avions deux objectifs : garder le bon équilibre financier du club et maintenir l’emploi. C’est ce qu’on a réussi à faire… pour l’instant car cela va devenir extrêmement compliqué sans recevoir d’aides financières ! Je reconnais que pas mal d’efforts ont déjà été faits par les pouvoirs publics mais il n’y a pas qu’eux (NDLR: Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a débloqué fin janvier un supplément d'1,5 million d’euros pour soutenir ses clubs sportifs). Je lance un appel vers le secteur privé. Certaines entreprises ont été très peu, voire pas du tout, impactées par la crise du Covid. Il y en a même, et c’est une bonne chose, qui en ont profité, c’est clair et évident, au niveau financier… "

Quand les résultats suivent, l’aspect sportif booste souvent l’aspect économique. Il est donc capital pour votre équipe de terminer dans le top-5 pour décrocher son ticket pour la phase belgo-néerlandaise de cette toute nouvelle BNXT League. La cinquième place qualificative se jouera sans doute entre Charleroi et Mons. D’où l’importance de la rencontre de ce soir…

" Effectivement même si Louvain, qui doit également batailler ferme, n’est pas encore définitivement à l’abri. Oui, cette rencontre au Spiroudôme aura toute son importance dans le cadre ce top-5 qualificatif mais elle ne sera pas encore hyper décisive. Que ce soit pour Charleroi ou pour Mons, même en gagnant ce mercredi, il faudra encore remporter deux ou trois matches par la suite. " (NDLR : Mons devra encore affronter Anvers, Alost et Liège; Charleroi défiera Limburg, Louvain et Ostende)

Lors d’une très bonne saison, nous pouvons terminer deuxièmes ou troisièmes. À l’inverse, si ça marche un peu moins bien, on peut échouer à la sixième ou la septième place. C’est tout simplement la réalité d’un club sportif qui doit, c’est ma conviction, d’abord penser à sa pérennité et à son existence avant de penser à un bon résultat éventuel lors d’une seule bonne saison.

Malgré les années qui passent, malgré la crise sanitaire, malgré un certain désintérêt médiatique pour le basket-ball, un derby Spirou-Renards reste toujours un match spécial ?

" Oui, quand même ! Ça reste un vrai derby. Il y a une sincère et bonne rivalité entre nos deux clubs. Ça doit évidemment rester sain. Sur le terrain, il faut que les deux équipes puissent donner le meilleur d’elles-mêmes. Si le public et l’ensemble des partenaires retrouvent les salles et un peu de plaisir en allant voir un match de basket, et notamment cette affiche Charleroi-Mons Hainaut, alors une grosse partie du travail sera faite. "

Une année n’est pas l’autre, un cycle n’est pas l’autre, mais on a vécu des derbies entre Carolos et Montois en demi-finale ou en finale des play-offs, en demi-finale ou en finale de Coupe… Nous en sommes bien loin aujourd’hui !

" Nous sommes tous au courant des difficultés qu’a connues Charleroi. Les Spirou ne sont plus au même niveau qu’il y a sept ou huit ans. De notre côté, nous avons opté pour une solution visant la stabilité. On sait, avec les moyens dont on dispose et avec notre manière de gérer le club, que nous aurons parfois des hauts, parfois des bas. Lors d’une très bonne saison, nous pouvons terminer deuxièmes ou troisièmes. À l’inverse, si ça marche un peu moins bien, on peut échouer à la sixième ou la septième place. C’est tout simplement la réalité d’un club sportif qui doit, c’est ma conviction, d’abord penser à sa pérennité et à son existence avant de penser à un bon résultat éventuel lors d’une seule bonne saison. "

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