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Thomas Dermine (PS) en appelle à la "solidarité fédérale" pour soutenir le plan de relance wallon

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21 avr. 2022 à 19:37 - mise à jour 22 avr. 2022 à 06:03Temps de lecture3 min
Par Jean-François Noulet

Thomas Dermine, secrétaire d’État pour la relance et les investissements stratégiques, chargé de la politique scientifique, adjoint au Ministre de l’Économie et du Travail, était l’invité de l’émission Jeudi en Prime, sur la Une. C’était l’occasion de faire le point sur la mise en œuvre en Belgique du Plan de relance européen, quasi un an après la validation de ce dernier.

La Belgique recevra moins de subsides européens : une double peine pour la Wallonie

La semaine prochaine, il y aura un an jour pour jour que l’Union européenne validait le plan de relance et d’investissements présenté par la Belgique pour sortir de la crise. Sur les 312 milliards prévus par l’Europe pour redynamiser l’économie des États membres, 5,9 milliards d’euros étaient destinés à la Belgique.

Des chantiers ont déjà débuté en Belgique dans le cadre de ce plan de relance. 167 projets d’investissement sont concernés et doivent être mis en œuvre dans les cinq ans.

Cependant, depuis l’an dernier les calculs ont été refaits par l’Europe. La Belgique devrait recevoir 20 à 25% de moins, soit 1,2 à 1,5 milliard pour l’ensemble du pays. Pour la Wallonie, ce sont entre 300 et 700 millions de moins qui seront disponibles pour financer les différents projets. Or la Wallonie comptait sur cet argent.

Comment expliquer cette diminution des aides européennes. "Il se fait que comme la Belgique a une performance économique plus élevée qu’attendue, surtout la Flandre, l’enveloppe a été revue à la baisse", explique Thomas Dermine, secrétaire d’Etat pour la Relance et les investissements stratégiques.

Le Fédéral devrait aider la Wallonie : "cela risque de coincer avec les Flamands"

C’est donc surtout la Flandre qui influence la moyenne belge et cela pénalise la Wallonie doublement. "Il y a une double peine pour la Wallonie qui, non seulement a été touchée par les inondations et a eu une croissance économique plus faible, mais qui en plus, aujourd’hui, se retrouve punie par une réduction d’enveloppe de subsides", explique Thomas Dermine.

Du côté wallon, on a déjà appelé le gouvernement fédéral à la solidarité fédérale pour trouver une solution. "Il y a une injustice profonde qui, je pense, devra être traitée par une discussion intergouvernementale, par exemple au sein du Codeco", argumente Thomas Dermine. "Le Fédéral, à l’image de ce qui a été fait en Allemagne, où on voit que le gouvernement fédéral allemand aide les Länder qui ont été touchés par les inondations, doit pouvoir intervenir", estime Thomas Dermine, qui compte défendre ce point de vue au gouvernement fédéral.

Cependant, pour obtenir de l’aide du Fédéral, les Wallons devront donc convaincre le reste du pays, et donc la Flandre, de les aider pour compenser les centaines de millions d’euros non versées par l’Europe. "Cela risque de coincer avec les Flamands mais il faut déconstruire toute une série de clichés envers la Wallonie", explique Thomas Dermine. "On est dans un pays qui est composé de régions, il faut qu’il y ait une solidarité nationale", ajoute le secrétaire d’Etat.

La Belgique est l’un des Etats où les transferts entre les régions sont parmi les plus faibles

Thomas Dermine dans ses contacts avec les partis politiques flamands et dans les débats auxquels il participe au nord du pays constate que "les Flamands ont l’impression que les transferts entre la Flandre et la Wallonie sont très très élevés. Or, ils sont importants, mais par rapport à d’autres pays, ils ne le sont pas tellement""Par rapport à tous les autres pays en Europe, la France, les Pays-Bas ou l’Allemagne, la Belgique est l’un des Etats où les transferts entre les régions sont parmi les plus faibles", continue d’argumenter Thomas Dermine.

Et de rappeler l’histoire de la Wallonie qui a connu son essor avec l’industrialisation et paye encore aujourd’hui le prix de la désindustrialisation, alors qu’il y a actuellement, "une fierté très très forte en Wallonie, avec de jeunes entrepreneurs et des travailleurs qui en veulent", estime Thomas Dermine. Ce dernier voit aussi des "signaux extrêmement positifs", comme "le Plan de relance wallon porté par les syndicats et le patronat", avec "un effort collectif qui est enclenché par le gouvernement actuel et doit être amplifié dans les années à venir".

Le redressement de la Wallonie prendra cependant du temps. "Si on voulait que la Wallonie rattrape Flandre, il faudrait une différence de croissance de 2% par an pendant 20 ans", explique Thomas Dermine. Pour lui, il faut aussi démonter les clichés dont la Wallonie est victime. "Cela fait 50 ans que la Wallonie est en retard, mais pendant 150 ans, elle a été en avance", argumente-t-il. De plus, "le premier client de la Flandre, ce n’est pas l’Allemagne, c’est la Wallonie. Quand la Wallonie va mieux, la Flandre va mieux", conclut-il.

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