Patrimoine

Thuin : découverte d’un trésor gaulois, sauvé des pilleurs

À Thuin, le site du bois du Grand Bon Dieu est reconnu pour sa richesse archéologique. Un peu trop même. Depuis des années, il fait objet de pillages. Une équipe d’archéologues est dépêchée sur place depuis 2018, et vient de dévoiler les trésors gaulois qu’elle y a trouvés.

Le bois du Grand Bon Dieu est bien connu des Thudiniens et Thudiniennes. A l’Antiquité, il abritait un oppidum gaulois qui, depuis 2012, se révèle petit à petit aux archéologues. Un oppidum, c’est une sorte de fortification celtique dans lequel se concentraient des lieux de pouvoir, d’économie, ou religieux. Celui de Thuin était manifestement occupé par les Nerviens, peuple gaulois décrit par César dans sa fameuse "Guerre des Gaules". Selon certains scientifiques, l’oppidum de Thuin aurait même été cité par César en personne, qui en décrit l’attaque et l’attribue au clan nervien des Atuatuques (mais cette théorie n’est pas encore totalement prouvée).

 

 

Le site faisait, depuis des années, l’objet d’un pillage en règle. Une quantité phénoménale d’objets y était prélevée par des détectoristes et des receleurs, en toute illégalité. Une chapelle du bois a même été vandalisée dans le but d’y dégoter un trésor imaginaire. Ce n’est qu’en 2012, et grâce à des recherches publiées par l’Université d’Amsterdam, que les autorités se rendent compte de l’ampleur de la catastrophe. Des centaines de pièces archéologiques ont quitté le site pour entrer dans des collections privées, et la majorité ne sera probablement jamais récupérée. Actuellement, toute prospection au détecteur à métaux est formellement interdite, à moins d’être accrédité par les autorités.

C’est pour enrayer ce vol de notre héritage culturel que l’ULB, en collaboration avec la ville de Thuin et l’Agence wallonne du Patrimoine (AWaP-SPW), a mis sur pied en 2015 un programme de recherches sur le site de l’oppidum. Depuis 2018, les archéologues travaillent sur le chantier de fouilles prévu pour durer jusqu’en 2023, afin de sauver ce qui peut l’être. Et leurs trouvailles sont exceptionnelles.

Une céramique retrouvée à Thuin

Des céramiques, des bijoux, de l’armement, avec notamment des pièces de chars et des épées prestigieuses ayant appartenu à des élites gauloises : le site de 12 hectares regorge de trésors. Et même au sens premier du terme, car ce sont des centaines de pièces de monnaie en or (ou en tout cas, en alliage contenant de l’or), datant de la seconde moitié du 1er siècle av. JC, qui ont été retrouvées à plusieurs endroits. Des lingots ont également été mis au jour, ce qui fait penser aux archéologues que la monnaie pouvait potentiellement être frappée sur place, démontrant ainsi l’importance de l’endroit.

Aucun site n’a livré une telle quantité d’objets prestigieux en Belgique, encore moins de cette époque. C’est un site exceptionnel qui n’a pas de parallèle en Europe.

Selon Nicolas Paridaens, archéologue à l’ULB, qui dirige les recherches.

 

Les fouilles
Les fouilles
Les fouilles

Les pièces ont été trouvées éparpillées à plusieurs endroits. Leurs positions indiquent qu’elles étaient, à l’origine, contenues dans des bourses qui se sont désagrégées avec le temps. Cette monnaie est appelée "stratère", et chaque pièce est frappée d’un motif décoratif influencé par des monnaies grecques.

On peut ainsi y voir d’un côté un prototype du visage du dieu Apollon, de l’autre un cheval, animal associé à la divinité grecque. Ces références au dieu ne signifient pas pour autant que les Nerviens croyaient au panthéon grec. L’inspiration est purement décorative et montre surtout les contacts que pouvaient entretenir les peuples de l’Europe antique. 

Pile, le visage (très stylisé) d’Apollon. Face, son cheval
Pile, le visage (très stylisé) d’Apollon. Face, son cheval ULB

Dans les années 1980, une septantaine de stratères avait déjà été trouvée fortuitement dans le bois. Appartenant à la Fondation Roi Baudouin, elles sont exposées au Musée Art et Histoire de Bruxelles. Tous ces trésors n’ont pas été enterrés-là par hasard. Ils ont vraisemblablement été enfouis de manière consciente par leurs propriétaires, peut-être en guise d’offrande, ce qui confirmerait le rôle religieux de l’oppidum. A moins que ce ne soit dans le but de cacher ces richesses et venir les récupérer plus tard ?

Les trouvailles donnent en tout cas de précieux indices sur l’importance de la société nervienne, et aident à mieux la dater. Alors qu’on pensait que les Gaulois avaient été décimés par César, le trésor de Thuin montre que même après la Guerre des Gaules, il existe toujours une société bien structurée.

L’équipe vient de terminer de fouiller les zones où elle s’attendait à trouver des objets. D’autres découvertes de ce genre ne sont donc plus prévues, mais c’est maintenant au tour du rempart d’être analysé. Toutes les trouvailles matérielles, propriété de la ville de Thuin, rejoindront la collection du Musée royal de Mariemont, une fois leur étude terminée. Le public et les scientifiques pourront ainsi admirer ces traces rares du passé wallon.

Le meilleur pour la fin

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