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Economie

Timac Agro à Marchienne-au-Pont : la production d’engrais frappée de plein fouet par l’inflation

La société Timac Agro produit des engrais sur le site de Marchienne-au-Pont depuis le début des années 1980. Elle en fabrique environ 200.000 tonnes par an, à destination de l’agriculture, sur des créneaux très pointus, comme l’explique le directeur industriel de l’usine Eddy Michiels.

Eddy Michiels : "Nous visons essentiellement l’agriculture spécialisée, puisque la caractéristique de notre groupe (NDLR : Timac Agro Belux est une filiale du groupe français Roullier), c’est de faire des formules spécifiques et super spécifiques. Nous développons en moyenne 120 formules différentes par an. Notre spécificité consiste donc à fabriquer ce qui est très compliqué et, en plus, nous travaillons dans le milieu minéral, qui est assez différent du milieu chimique. Ce qui signifie concrètement que nous employons des matières azotées, des phosphates et de la potasse avec tous les mix possibles et imaginables. Mix auxquels nous ajoutons des additifs d’origine marine, qui améliorent les rendements agricoles."

Est-ce que le prix de vos matières premières a augmenté comme on le voit dans d’autres industries ?

"Pour certaines matières premières, les prix ont été multipliés par deux, voire par trois. Mais il n’y a pas que le prix des matières premières en tant que telles ! Il faut également prendre en compte le prix – et la disponibilité – du transport. 1. Le prix du fret a explosé. Les conteneurs sont trois à cinq fois plus chers qu’habituellement. On le voit bien puisque nous exportons régulièrement vers le Canada. 2. Ce n’est pas parce que vous acceptez de payer ces tarifs et que vous réservez un transport par bateaux que le service vous sera effectivement disponible au moment souhaité. Et donc, il faut sans arrêt pour voir s’adapter, être inventif dans le planning pour pouvoir rapidement donner priorité à une gamme de produits par rapport à une autre, parce que certaines matières premières sont aujourd’hui impossibles à acheter vu de leurs coûts ou de leur disponibilité. On essaie d’adapter notre planning de production pour pouvoir travailler sur des formules pour lesquelles les matières premières sont disponibles et à un coût encore accessible. C’est vraiment une grosse inquiétude actuellement, en particulier pour nos services vente puisque, comme le prix de nos matières premières explose, il va falloir faire en sorte que nos prix de vente suivent ! Et ce que nous constatons pour le moment, c’est que notre portefeuille de commandes n’est pas aussi rempli qu’habituellement."

Et les prix de l’énergie ?

"C’est aussi un sujet de préoccupation mais nous arrivons à nous en sortir, contrairement à certains concurrents, nous n’avons jamais arrêté la production. Première raison : en 2006, notre actionnaire français a été vraiment visionnaire en nous demandant d’investir dans des chaudières biomasse (NDLR : qui engloutit 25 tonnes de bois chaque jour) pour le séchage des engrais. C’est quand même une capacité de huit mégawatts thermiques. Le deuxième élément, c’est qu’en 2016, nous sommes rentrés dans l’accord de branche, qui nous a imposé de faire de gros efforts pour réduire notre consommation d’énergie et nos émissions de CO2. Enfin, dernier élément, l’année passée, on a pu investir dans une cogénération pour pouvoir couvrir une grande partie de nos besoins d’électricité. La cogénération est un élément très positif de notre mix énergétique, qui nous permet tout d’abord de faire des économies sur la facture d’électricité et aussi au niveau de l’émission de CO2 puisque, pour donner un chiffre, cette cogénération permet de gagner 900 tonnes par an de CO2."

Pour fixer les idées, quelle est la part du coût de l’énergie dans l’ensemble de vos coûts de production ?

"Dans une période "normale", les coûts de l’énergie devraient représenter environ un tiers de l’ensemble des coûts de l’usine. Mais, là, actuellement, on est plutôt à 50%."

Beaucoup d’entreprises se plaignent actuellement de ne pas trouver le personnel dont elles ont besoin. Est-ce également votre cas ?

"Oui, c’est une grosse difficulté et un frein à notre croissance. Nous avons beaucoup de mal à trouver les techniciens et les ingénieurs spécialisés dont nous avons besoin. C’est d’ailleurs pour essayer de contourner ces difficultés que nous avons développé un partenariat extrêmement positif avec la Haute Ecole Louvain en Hainaut (HELHa). Grâce à ce partenariat, nous accueillons chaque année des ingénieurs ou des masters en alternance en stage. Ils travaillent sur les projets avec nos équipes, ce qui nous permet de démultiplier nos forces. Grâce à ce partenariat, nous sommes en mesure d’investir environ 1 million d’euros par an sur des nouveaux projets."

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