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Tiraillements au sein de l’extrême-droite française dans la perspective des élections législatives

Marine Le Pen au pavillon Armenonville, à Paris, peu après l’annonce des premiers résultats de l’élection présidentielle.
26 avr. 2022 à 04:00 - mise à jour 26 avr. 2022 à 15:21Temps de lecture4 min
Par Pascal Bustamante

Bien que défaite, Marine Le Pen a engrangé un résultat important à l’issue du second tour de l’élection présidentielle française 2022. 41,4% des voix lui ont été attribués. De toutes parts, les appels à la préparation du troisième tour, celui des élections législatives qui se tiendront les 12 et 19 juin prochains, se font entendre. La question est, dès lors, de savoir si les différentes composantes de l’extrême-droite vont réussir à se fédérer pour constituer une force d’opposition cohérente au projet politique porté par Emmanuel Macron. Certains appellent au renouveau des visages après ce nouvel échec de transformation de l’essai du premier tour, d’autres appellent à l’union. État de la question au lendemain du scrutin.

Record historique pour le Rassemblement National

Marine Le Pen a porté le résultat de l’extrême-droite à un niveau historique. Dès son discours à l’issue du scrutin, elle a annoncé des temps difficiles pour le président Macron réélu qui doit à présent s’assurer une majorité à l’Assemblée nationale afin de disposer des outils nécessaires à sa politique.

Les idées que nous représentons arrivent à des sommets.

Marine Le Pen, la dirigeante du Rassemblement national, 53 ans, a annoncé sa volonté de poursuivre le combat politique. "Nous lançons ce soir la grande bataille électorale des législatives". Elle a mené campagne sur le thème de l’opposition entre le "bloc populaire", qu’elle souhaite représenter, et le "bloc élitaire", appartenant à "La République en Marche" d’Emmanuel Macron. Elle s’est adressée aux couches populaires de la société, ouvriers et employés, inquiets pour leur pouvoir d’achat. Même si elle n’a pas abandonné le caractère antieuropéen et anti-immigration de son programme, l’image de son parti s’est considérablement normalisée auprès de ces couches populaires de la société française.

Reprise par L’internaute, en vue des législatives, elle fustige déjà Emmanuel Macron qui "avec ses pratiques méprisantes et brutales", ne fait "rien pour réparer les factures du pays". Elle s’est aussi engagée à protéger les Français démunis face au "délitement du système social, face au recul de l’âge de la retraite, face au laxisme judiciaire, à l’immigration anarchique".

Certains appellent au changement

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Dans les rangs de l’extrême-droite, on fait les comptes. En dépit du score historique de la formation, certains, comme Robert Ménard, le maire de Bézier, qui s’est exprimé sur Twitter, parle d’énorme déception et appelle au renouvellement des cadres qui n’ont pas réussi. Eric Zemmour, à la tête du mouvement "Reconquête" a lui aussi souligné la défaite :

Hélas, hélas, hélas. C’est la huitième fois que la défaite frappe le nom de Le Pen.

Une manière de viser ad hominem la présidente du Rassemblement national et de lui dénier ainsi le rôle de leader du bloc de droite extrême.

Soutien à Marine Le Pen

Le maire Rassemblement national de Perpignan, Louis Aliot, réagit et tacle Eric Zemmour.

Éric Zemmour doit dégonfler sa tête qui est énorme.

Celui qui, selon lui, "a été un homme du système toute sa vie" et qui "a été journaliste au Figaro, soutenu Chirac, qui a voté deux fois Mitterrand, ne devrait pas faire la leçon aux autres".

L’élu, repris par France Info, tend cependant la main aux cadres du mouvement "Reconquête" avec qui une union resterait possible. Un appel lancé "aux cadres, pas au parti".

Un bloc divisé

Pour Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l’ULB et connaisseur de l’extrême-droite française, si le bloc le plus à droite du spectre politique français a fait un bon résultat lors de ce scrutin présidentiel, il n’en reste pas moins divisé dans sa structure.

"Ce qu’incarne aujourd’hui Marine Le Pen et le Rassemblement national et ce qu’incarne Reconquête et Eric Zemmour ou Marion Maréchal, ce n’est pas tout à fait la même chose. C’est-à-dire que Zemmour et Marion Maréchal incarnent ce qu’a été le Front national de sa naissance au début des années 70 au milieu des années 1990. C’est-à-dire un parti qui s’appuie sur un électorat d’abord de droite, de droite culturellement, de droite économiquement et principalement implanté dans le sud de la France. Mais il n’incarne pas l’élargissement qui s’est opéré dans la deuxième moitié des années 90 et dans la première partie du 21e siècle, c’est-à-dire un élargissement vers des publics et des catégories plus populaires, des classes populaires salariées et non-salariées et qu’on retrouve en particulier dans la forte implantation dans le Nord, dans le Pas de Calais. […] Cela, Eric Zemmour et Marion Maréchal n’incarnent pas vraiment. Et donc, l’alchimie de l’alliance est une alchimie complexe parce qu’on demande à l’ancien de s’allier avec le nouveau et le risque, c’est de ne satisfaire ni l’un ni l’autre".

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De plus, pour réaliser une alliance, au-delà de l’aspect programmatique, les difficultés résident également dans le choix du leadership. On ne sait pas encore, par exemple, qui mènera le Rassemblement national lors du prochain scrutin présidentiel, dans cinq ans.

"Comme il y a une interrogation, un doute, sur le destin en termes de personnalité politique, notamment par rapport à la future élection de 2027, et de manière générale, en termes de leadership. Comme on est dans des relations personnelles très dégradées. On a pu le voir entre Marine Le Pen et Marion Maréchal qui, même entre les deux tours, n’a pas eu des mots très aimables pour sa tante. Politiquement, on est plus dans le centripète que dans le centrifuge mais, c’est assez fréquent, vu qu’il y a cette lutte pour le leadership, entre organisations, ce sont parfois les organisations les plus proches qui sont dans la lutte la plus âpre. Ce sera difficile. D’autant que, au Rassemblement national, on est aussi conscient du caractère repoussoir qu’incarne Eric Zemmour pour une partie de la société française, en ce compris, sans doute, des gens qui peuvent parfaitement voter "Rassemblement National".

 

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