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Tout le Baz'Art

Tout le Baz’Art de Laurence Bibot, Studio Madame

Joëlle Scoriels et Laurence Bibot

Mais de quoi peut-on bien causer chez les Van Laeken autour du traditionnel poulet-frites-compote du dimanche dans la douillette demeure familiale de Linkebeek ?

Des acouphènes du rejeton ? Du dernier achat fringues de la gamine ? Pas du tout, vous n’y êtes pas ! Chez les Van Laeken, on parle de scène, on parle de planches, et surtout du manque de scène et de public, parce que les Van Laeken, papa, maman et les enfants, les planches ça les connaît : Werchter 1982, Marka à la basse avec Allez, allez ! Angèle qui n’ira pas à Dour comme prévu en juillet. Roméo Elvis rappera-t-il cet été à l’Accor Arena de Paris ? Et le dernier spectacle de Laurence Bibot dont les représentations ont été brutalement interrompues lors du confinement, sera-t-il bientôt à l’affiche du Cirque Royal à Bruxelles ?

lire aussi : Angèle met son enfance en scène dans le clip de "Flou"

Tout le Baz’Art de Laurence Bibot
Tout le Baz’Art de Laurence Bibot Tout le Baz’Art

On ne sait pas trop, tout ce qu’on ressent, c’est la soif, et peu importe le lieu, la salle ou la jauge, c’est le même manque, manque d’émotions, manque de frissons, manque de gestes qui réunit la maisonnée. Et pour Laurence, les gestes, c’était déjà une histoire de famille, un père dans la finance, soit ! Mais une mère au foyer qui ne détestait pas se déguiser pour amuser sa fille et prendre des airs, bas nylons et hauts talons, pour la faire se tordre de rire.

Après sa mort, Laurence lui consacrera un de ses seules-en-scène, "Capitaine Chantal" écrit avec Nathalie Uffner pour le Théâtre de la Toison d’Or. Et à huit ans, lors des jeux olympiques de 1976, à Montréal, moment fondateur, Laurence tombe en pâmoison devant sa télé face aux cabrioles très maîtrisées de la gymnaste roumaine Nadia Comaneci, la petite communiste qui ne souriait jamais, mais qui virevoltait comme un ange. Une grâce et des gestes sans le moindre effort apparent qui lui paraissaient tellement inaccessibles et divins, à elle déjà trop grande et déjà trop gauche pour tenter un poirier ou une roue dans la salle de gym de l’école. Elle en conçoit une véritable fascination pour les codes du corps, surtout quand il cherche ses limites, comme avec les gymnastes bien sûr, mais aussi les circassiennes, contorsionnistes, acrobates ou trapézistes.

Tout le Baz’Art de Laurence Bibot
Tout le Baz’Art de Laurence Bibot

Son amour du geste l’accompagne partout : dans la rue, les métros, les commerces, elle se met à observer et à scruter les messieurs, les dames et les quidams et s’invente en s’appropriant leurs manières et leurs tics une ribambelle de personnages croqués, grossis, mimés. Il n’est pas étonnant dès lors que son quasi premier rôle fût muet : Miss Bricola, la grande perche dégingandée et lapinesque des Snuls, assistante silencieuse et horriblement délicieuse du professeur Décodeur. Mais rassurons-nous, elle joindra vite la parole au geste, en radio, en télé, sur les scènes, en tournée, du "Jeu du dictionnaire" aux chroniques d’"Entrez sans frapper", du TTO au King’s Of Comedy Club, elle s’est frottée à tous ceux qui comptent dans l’émergence de cette scène humoristique belge francophone de la fin du siècle dernier, où les rares femmes jouaient les pionnières ; et surtout elle, avec son style oxymoresque, son accent très bra-wa et sa langue de charretière ; une élégante qui manierait avec aisance les codes du chic bruxellois et verserait sans coup férir dans l’ordurier et le cru. Camionneuse ou aristo, la Laurence ? Va savoir !

Tout le Baz’Art de Laurence Bibot
Tout le Baz’Art de Laurence Bibot
Tout le Baz’Art de Laurence Bibot
Tout le Baz’Art de Laurence Bibot

Et ce n’est pas "Studio Madame" qui va trancher l’affaire. Car la voilà, sans aucun doute instruite par sa progéniture lors d’un dîner du dimanche, qui se met à caracoler sur Instagram et y lance ses "playbacks", des séquences télé issues d’archives où elle se tait, comme au premier jour, se contentant de lipper mine de rien et de se costumer mimant ses célèbres ou anonymes victimes : l’emmerdeuse en boutique, la coincée du foyer, l’exaltée du métro, et pourquoi pas Juliette Gréco, Barbara ou Amélie Nothomb ? "Studio Madame" ? C’est le titre de l’expo très courue que le Musée de la photo de Charleroi a consacré aux "playbacks" de Laurence Bibot, une sacrée galerie de microportraits animés de toutes sortes de bonnes femmes hautes en rire et en couleurs.

Tout le Baz’Art de Laurence Bibot, à voir sur la Une, ce jeudi 20 mai à 24h10.

 

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