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"Toxic Data" : comment les réseaux sociaux manipulent nos opinions politiques et nos élections

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24 avr. 2022 à 08:00Temps de lecture3 min
Par Johan Rennotte

Les appels de Donald Trump avant l’assaut du Capitol relayés sur Twitter, les "mèmes" utilisés pour appeler à ne pas voter Macron en 2017. C’est un fait, les réseaux sociaux ont acquis une importance majeure en politique. Ils influencent les opinions dans les débats de société, et sont utilisés par des hommes et femmes politiques comme outil de manipulation des masses. C’est particulièrement vrai dans les sphères de l’extrême droite, mais pas seulement. On en parle dans le Mug avec David Chavalarias, auteur de Toxic Data – Comment les réseaux manipulent nos opinions (Flammarion).

Les politiques deviennent des influenceurs qui font évoluer l’opinion publique dans leur sens. Le phénomène s’accélère à l’approche de grandes élections, comme c’est le cas actuellement avec la présidentielle française.

Il y a plusieurs types de stratégie de manipulation. On peut appeler à voter pour un candidat ou une candidate en particulier, ça peut marcher, mais pas toujours. Ce qui est plus efficace, c’est plutôt d’appeler à ne pas voter pour l’adversaire, et convaincre une majorité du corps électoral que l’adversaire est "le pire qui puisse arriver". Les mèmes, les vidéos, les tweets et autres publications ont souvent tendance à prendre ce chemin de décrédibilisation, et ça paie.

C’est une stratégie de suppression d’électeurs qui profite généralement aux candidats qui sont le moins en forme dans les sondages. Les postes appelant au "Ni Macron, ni Lepen" ou à choisir "entre la peste et le choléra", profite à Marine Lepen, selon l’étude menée par David Chavalarias. Il a remarqué que ce genre de message a plus de portée chez les personnes qui auraient pu se tourner vers Macron plutôt que vers la radicalité de Lepen.

En tant qu’internautes, on se dirige plutôt de façon naturelle vers des informations angoissantes, qui comportent un danger. C’est ce qu’on appelle le "biais de négativité". Il est souvent couplé au "biais de confirmation" qui fait en sorte qu’on va, toutes et tous, cliquer sur du contenu qui conforte nos idées plutôt que des contenus qui les challengent ou qui ne sont pas d’accord avec nos opinions. Les plateformes de réseaux sociaux usent et abusent de ces principes pour sélectionner ce que vous, internautes, voyez sur vos écrans. Et elles ne le font que dans un seul but : gagner de l’argent.

Un exemple : nous allons être plus naturellement attirés vers un article nous disant que le vaccin contre le covid peut rendre stérile que sur un article mentionnant son efficacité médicale. Le réseau social va comprendre que vous désirez cliquer plus souvent sur ce genre de contenu, et va finir par uniquement vous proposer des articles similaires. Vous êtes donc coupés d’une grande partie de l’information et de la diversité des opinions. Là où cela devient dangereux, c’est quand l’information qu’on vous propose est fausse ou manipulée.

Les pouvoirs politiques utilisent donc ces principes pour mettre en avant leurs idées. Et plus ces idées sont radicales, plus elles fonctionnent. Mais ces techniques de gestion de l’information peuvent parfois se retourner contre les réseaux sociaux eux-mêmes. Dans des pays autoritaires, les pouvoirs en place ont bien compris que pour manipuler leur population, les données des réseaux sont fondamentales. Et lorsqu’un réseau refuse de collaborer, il se voit tout simplement interdit, ses responsables sont bannis ou emprisonnés. Le pouvoir en place peut alors prendre le contrôle total de l’information. C’est le cas en Chine ou en Russie, où ce phénomène de contrôle et de censure a été décuplé par la guerre en Ukraine.

Alors comment réagir face à ces "big datas" qui sont à la fois une menace pour nos démocraties, et à la fois essentiels pour la libre circulation de l’information ? David Chavalarias prône le contrôle des algorithmes, mais aussi la création de réseaux plus locaux et citoyens. Les politiques pourraient aussi changer les institutions ou les systèmes électoraux pour mieux les adapter aux réalités actuelles de la société. Toutes ces recommandations, et bien d’autres, figurent dans son livre.

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