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Travaux forestiers à LLN : on coupe des arbres pour faire entrer la lumière et régénérer le bois de Lauzelle

Pour couper court aux critiques éventuelles, l’UCLouvain précise que les revenus perçus de la vente des arbres abattus servent à financer la gestion du bois de Lauzelle et les replantations.

© Hugues Van Peel – RTBF

Le bruit des tronçonneuses résonne dans les profondeurs du bois de Lauzelle. Au loin, on entend parfois le fracas d’un arbre qui tombe. Depuis le début de la semaine, l’UCLouvain procède à des coupes ciblées. L’opération n’a rien d’exceptionnel. Chaque année, des arbres sont abattus pour faire de la place.

Ces arbres ne sont pas forcément malades, mais les couper permet de faire entrer la lumière, ce qui favorise le développement d’autres arbres et parfois d’autres essences. En préservant l’équilibre de la pyramide des âges parmi les arbres et en favorisant la diversité, on régénère le bois et on le rend plus résistant aux aléas climatiques, aux maladies et aux attaques d’insectes.

"Ici par exemple, on est dans une hêtraie, explique Thibaut Thyrion, le garde forestier du bois de Lauzelle. Et devant nous, on voit du merisier qui vient. Si on avait gardé une structure de hêtraie fermée, ce merisier n’aurait jamais eu la lumière pour pousser. Ça veut dire que cette société d’arbres commence à se mélanger. Quand vous avez une société cosmopolite, ou différenciée, on voit très bien dans nos sociétés que c’est beaucoup plus riche. Les arbres, c’est la même chose. Au plus ils seront nombreux avec des espèces différentes, au plus ils pourront répondre à des aléas différents."

Thibaut Thyrion, le garde forestier de l’UCLouvain.
Thibaut Thyrion, le garde forestier de l’UCLouvain. Hugues Van Peel – RTBF

On ne coupe pas au hasard

Le choix des individus à couper (plusieurs centaines tout de même) ne doit rien au hasard. Il résulte d’une minutieuse analyse de terrain. Le bois est divisé en plusieurs zones au sein desquelles tous les arbres sont inventoriés. On passe ainsi d’une zone à l’autre d’année en année. Et ce ne sont pas forcément les plus grands et les plus vieux spécimens qui sont coupés. On ne cible pas non plus une essence en particulier.

"La logique, c’est l’arbre qui pourra rester le plus longtemps. On va donc regarder ceux qu’on peut favoriser, l’aspect sanitaire, si un arbre prend la place d’un autre. A ce moment-là, un choix est fait, en fonction de la densité qu’on a calculée et de la place qu’ils peuvent apporter. C’est donc une analyse au cas par cas. Si on retire cet arbre, que va-t-il se passer ? Et si on le garde ? Et il est parfois beaucoup plus intéressant pour la biodiversité de laisser un arbre dépérir que de le couper. On n’est donc pas dans le rendement économique, on est là pour améliorer la forêt."

Pendant les coupes, l’accès au bois est interdit, pour des raisons de sécurité.
Pendant les coupes, l’accès au bois est interdit, pour des raisons de sécurité. Hugues Van Peel – RTBF

Eviter une homogénéisation du bois

Cette sélection, le bois pourrait s’en charger lui-même. Mais si on laissait la nature se débrouiller, cela prendrait beaucoup plus de temps. Et on observerait sans doute une homogénéisation peu souhaitable.

"Dans le bois, il y a une grande compétition pour la lumière et pour les nutriments, poursuit Thibaut Thyrion. Certaines espèces qui sont beaucoup plus compétitrices que les autres vont prendre le dessus. Ce n’est pas grave, c’est naturel. Sauf que cela se fait sur plusieurs centaines d’années et on n’est pas certain que les espèces qui prennent le dessus maintenant seront adaptées au climat de demain. Par exemple, les hêtres, qui sont de très très grands compétiteurs, souffrent beaucoup pour l’instant. Ils réussiront peut-être à s’adapter, mais peut-être pas. Miser uniquement sur la capacité naturelle, c’est un pari dangereux."

En d’autres mots, un tel mode de gestion permettra d’éviter, à terme, la disparition de grandes surfaces boisées. Pour l'UCLouvain, l’objectif est de garantir la survie du bois, en bonne santé, pour les générations futures.

Une pétition pour demander un moratoire

Certains prônent néanmoins une approche différente pour atteindre cet objectif. Sur Internet, une pétition a été lancée pour demander à l'université un moratoire immédiat sur l'abattage d'arbres sains ou ne présentant pas de danger pour la sécurité des usagers de la forêt.

"En laissant du temps à la forêt pour se remettre de cette sécheresse, loin des nuisances des opérations d’abattage et de débardage, en se laissant aussi du temps pour réfléchir à d’autres modes de fonctionnement avec ceux et celles qui expérimentent déjà autre chose ailleurs, l’université se positionnerait comme véritable pionnière et ferait figure d’exemple en matière de protection du climat et de la biodiversité", peut-on lire dans le texte de la pétition.

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