Chronique cinéma

"Tre Piani" de Nanni Moretti, une invitation à l'ouverture à travers les destins qui s'entrecroisent

© Courtesy of Le Pacte (BA YouTube)

10 nov. 2021 à 12:55Temps de lecture3 min
Par Nicolas Buytaers

Dans sa chronique cinéma hebdomadaire, Nicolas Buytaers nous parle de "Tre Piani", le nouveau Nanni Moretti, mais aussi de "Aline" et "Cry macho", qu’il n’épargne pas.

Tre Piani, de Nanni Moretti

L’histoire se passe à Rome, dans un immeuble de trois étages, d’où le titre de ce drame, "Tre Piani", ou en VF "Trois Etages". Une jeune femme enceinte sort de cet immeuble dans la rue pour chercher un taxi parce que ses contractions sont de plus en plus fortes : elle est sur le point d’accoucher. Au même moment, distrait par l’affolement de cette femme, un conducteur, saoul, roulant trop vite, perd le contrôle de son véhicule, renverse une autre passante et défonce le rez-de-chaussée dudit immeuble. En une fraction de seconde, toutes ces vies et bien d’autres vont être chamboulées…

Pour son nouveau film, l’acteur et réalisateur italien Nanni Moretti a adapté le roman "Trois Étages" de l’écrivain israélien Eshkol Nevo. Et bien qu’il ne s’agisse pas d’un film sur la pandémie, on retrouve des thématiques communes, comme le confinement, l’isolement. Sans oublier toutes nos interactions, qui font que nous vivons parfaitement (bien ou pas) en communauté. Mais Moretti va encore plus loin et pose d’excellentes questions sur notre bulle sociale, sur la famille, sur le fait d’être parents. C’est quoi être parents aujourd’hui ? Lui qui dit aussi ceci à propos de son film : "À l’heure où nous parlons beaucoup de ce que nous laisserons à nos enfants en termes écologiques, nous parlons peu de ce que nous leur laisserons en termes éthiques et moraux."

Il y a donc beaucoup d’émotion dans ce film, avec tous ces destins qui se croisent et s’entrecroisent. Il y a surtout une belle invitation à l’ouverture, à la découverte de l’autre, que ce soit un.e conjoint.e, un.e enfant ou un.e voisin.e !

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"Cry macho", de et avec Clint Eastwood

Mike est une ancienne gloire du rodéo. Après une vilaine blessure et surtout la perte de sa femme et de son fils dans un accident de voiture, il survit tant bien que mal en s’occupant d’un ranch comme éleveur et soigneur de chevaux. Il tente surtout d’oublier les drames de sa vie dans l’alcool. Un jour, le propriétaire du ranch lui demande d’honorer une vieille dette et le supplie d’aller chercher son fils de l’autre côté de la frontière, au Mexique. Lors de ce périple, Mike va reprendre goût à la vie en se retrouvant une nouvelle famille !

À 91 ans, Clint Eastwood semble ne vouloir jamais (s’)arrêter, ni de tourner, ni de jouer. Même la pandémie n’a pu stopper (ou presque) son désir de proposer un film par an. La preuve avec ce "Cry macho", un western moderne… même s’il se déroule en 1980. Reste à savoir si le cow-boy a encore quelque chose de pertinent à nous dire ! Dans "Le cas Richard Jewell" certainement (il y dénonce entre autres la course aux scoops des médias et les erreurs judiciaires), dans "American sniper" aussi (sur les effets post-traumatiques de la guerre), dans "Gran Torino" plus que jamais (sur le racisme, le rejet d’autres communautés et la vieillesse). Mais ici dans "Cry Macho" ? Rien ou alors pas grand-chose. Le film est naïf, un peu trop peut-être pour l’éternel inspecteur Harry qui a déjà été plus mordant, plus incisif (plus jeune aussi) et plus critiqué. Donc oui, après "Le Bon, la Brute et le Truand", Eastwood nous propose "Le Vieux cow-boy, l’Ado et le Poulet".

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"Aline", de et avec Valérie Lemercier

Aline Dieu est la dernière enfant d’une famille nombreuse. Sa voix est incroyable et elle chante divinement bien. Repérée par un manager qui a trois fois son âge, Aline va devenir une star internationale. Mais entre eux, il n’y a pas que l’amour de la chanson, il y a de l’amour tout court !

"Aline", de et avec Valérie Lemercier, dans le rôle-titre, est un vrai faux biopic sur Céline Dion. Comme la célèbre boisson gazeuse, ce film ressemble à… , il a la couleur de…, mais ce n’est pas… Céline Dion. Ou presque. En fait, ici, Valérie Lemercier s’est fait plaisir. Fan absolue de la chanteuse, le temps d’un long-métrage, elle s’est glissée dans ses robes. Mais est-ce qu’elle fait plaisir aux spectateurs en réalisant cela ? Pas vraiment. Ou peut-être aux fans purs et durs de l’artiste québécoise. Et encore. En attendant, Lemercier (qu’on a déjà connue plus drôle, plus caustique, plus piquante) montre un trop grand respect pour Dion et son "Aline" ne nous emmène guère bien au-delà de la simple biographie filmée.

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