Trente ans après la fin de l’apartheid, l’Afrique du Sud reste championne des inégalités

L'Afrique du sud reste le pays le plus inégal au monde.

© V. Hirsch

30 juin 2021 à 16:19 - mise à jour 30 juin 2021 à 17:15Temps de lecture2 min
Par Valérie Hirsch, correspondante en Afrique du Sud

Trois décennies après l’abolition, le 30 juin 1991, des lois ségrégationnistes qui organisaient la domination de la minorité blanche, l’Afrique du Sud reste la société la plus inégalitaire au monde, selon la Banque mondiale : les 20% les plus riches contrôlent près de 70% des ressources.

Même si la fin de l’apartheid a permis l’émergence d’une bourgeoise noire (un quart des super riches sont Noirs), les inégalités sociales dépendent encore largement de la couleur de la peau. Selon les statistiques officielles, 64% des Sud-africains noirs et 40% des métis restent pauvres, contre 6% des Indiens et seulement 1% des Blancs.

Les inégalités se sont même accrues au cours de la dernière décennie, qui a uniquement profité aux 10% de Sud-Africains vivant dans l’opulence, selon l’économiste Murray Leibbrandt de l’Université du Cap. La classe moyenne (35% de la population) et les pauvres (50%) ont vu leurs revenus stagner.

"Depuis la fin des lois racistes, nous avons accès à l’université et nous pouvons habiter et aller partout où nous voulons, note Mmapula Mnisi, une coach en bien-être de 47 ans. Mais il y a encore beaucoup de défis à relever dans le domaine de l’accès à l’emploi, au logement, à l’éducation et à la santé."

Ainsi seulement 10% des Noirs – contre 72% des Blancs -sont couverts par des assurances médicales privées et peuvent s’offrir des soins de qualité. Même si tous les Sud-Africains sont scolarisés, le niveau de l’enseignement public, dans les anciennes écoles réservées aux Noirs, reste bien plus bas que dans les pays voisins.

"Le racisme fait partie de l’architecture de la société sud-africaine"

Les inégalités demeurent aussi criantes dans le paysage urbain : les Noirs pauvres continuent à etre relégués en lointaine périphérie des centres urbains. Rien que les frais de transport constituent un facteur de discrimination et d’exclusion. "Le racisme fait partie de l’architecture de la société sud-africaine depuis le colonialisme et on ne peut dissocier inégalités sociales et raciales", note Shanelle van der Berg, chercheur à la Commission sud-africaine des droits de l’homme.

La recherche du bonheur reste illusoire pour beaucoup de Noirs en Afrique du Sud.
La recherche du bonheur reste illusoire pour beaucoup de Noirs en Afrique du Sud. © V. Hirsch

Le taux très élevé de chômage (32%, et même 43% si on tient compte de ceux qui ont abandonné la recherche d’un emploi) a aussi bloqué l’ascenseur social. Selon une étude d’Oxfam sur le " travail des femmes et l’inégalité des revenus en Afrique du Sud", les femmes noires en sont les premières victimes.

Seulement 30% ont un emploi (contre 70% des hommes blancs), souvent précaire et mal rémunéré (femmes de ménage, opératrices de centre d’appels). En moyenne, elles gagnent 460 fois moins que les hauts cadres. 70% des femmes opèrent dans le secteur informel (commerce de rue) ou humanitaire.

Des fonds "engloutis par la corruption"

Pour Trevor Ncube, un analyste financier, la trop lente réduction des inégalités raciales s’explique aussi par "l’incapacité du gouvernement à gérer les institutions – pillée par les agents de l’Etat – "et la passivité de nombreux Sud-Africains qui attendent tout du gouvernement".

L’ANC leur avait promis des emplois ainsi que des services publics et des logements gratuits. "Les dirigeants n’ont pas tenu leurs promesses, parce qu’ils ont utilisé les ressources pour s’enrichir, pense Reba Letsholo, professeur de gestion dans une université. On l’a encore vu avec la pandémie du Covid : les fonds destinés aux hôpitaux et aux vaccins ont été engloutis par la corruption."

Apartheid en Afrique du Sud: archives JT 18/07/2013

C'était quoi l'apartheid?

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