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Présidentielle en France

Trente élections, quatre Républiques et 25 présidents : les anecdotes des présidentielles françaises

Nicolas Sarkozy cède la présidence à François Hollande à l’extérieur du palais présidentiel de l’Élysée, le 15 mai 2012 à Paris.
10 avr. 2022 à 13:59 - mise à jour 10 avr. 2022 à 14:27Temps de lecture7 min
Par Anthony Roberfroid avec Sandro Faes Parisi

Malgré les polémiques et les critiques, l'élection présidentielle demeure un pilier de la démocratie française depuis... 1848. C'est en effet à cette date que la première élection d'un président au suffrage universel, suffrage exclusivement masculin, est instaurée sous la IIe République. Trente élections, quatre Républiques et 25 présidents différents et plus tard, retour sur un symbole fort du principe de liberté, d'égalité et de fraternité de nos voisins français.

Deux tours ? Pas obligatoirement

Le scrutin présidentiel français est un scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Et si l'on parle de deux tours, rien n'empêche d'avoir un président élu dès le premier tour. Mais pour être élu au premier tour, il faut réunir la majorité absolue des suffrages exprimés. Une situation qui ne s'est présentée qu'une seule fois. C'était en 1848, Louis-Napoléon Bonaparte remporte alors l'élection avec 74% des voix.

Par la suite, si Charles de Gaulle, Vincent Auriol, Félix Faure, Jules Grévy ou encore Jean-Casimir Perier sont élus dès le 1er tour de l'élection présidentielle, ils l'ont été lors d'un scrutin indirect. Depuis l'instauration du suffrage universel direct en France en 1962, aucun président n'a obtenu la majorité absolue des voix dès le 1er tour.

La droite toujours au second tour, sauf en 2017

C'est une habitude sous la Ve République, la droite a toujours réussi à s'imposer parmi les deux candidats choisis pour le second tour. Toujours ? Pas exactement ! En 2017, alors que François Fillon est favori pour pour s'installer à l'Elysée, l'affaire du "Penelopegate" éclate après des révélations du Canard Enchainé. L'homme, en tête des sondages, voit sa popularité s'effondrer face à ce scandale d'emplois fictifs et de détournement d'argent public. François Fillon arrivera finalement troisième avec 20,01 %, derrière Marine Le Pen à 21,30 % et Emmanuel Macron à 24,01 %.

Le second tour verra le candidat de La République En Marche s'imposer. Reste cependant qu'Emmanuel Macron, qui a réussi à rassembler une partie de la droite et de la gauche, est souvent pointé du doigt par certains comme étant davantage de droite.

Le débat d'entre-deux tour n'est pas une obligation légale

Rendez-vous incontournable pour les Français, le débat télévisé de l'entre-deux tour est l'un des moments les plus importants des campagnes présidentielle. Même si ces débats ont souvent peu d'impact sur le vote définitif de la majorité des Français, ils permettent à certains de se décider en dernière minutes. 

Le débat est surtout l'occasion pour les candidats de clarifier leur pensée, de montrer leur caractère et de préciser la dynamique qu'ils veulent donner à la France pour les cinq prochaines années.

Toujours est-il que ce débat n'est pas une obligation légale mais plutôt une tradition médiatiques. Toutes les élections n'ont d'ailleurs pas eu droit à leur débat d'entre-deux tour. En 2002, Jacques Chirac refuse de débattre avec le leader du Front National Jean-Marie Le Pen, une manière pour lui d'éviter "la banalisation de la haine et de l’intolérance". Chirac sera finalement élu avec 82, 21% des suffrages, porté par le fameux "front républicain".

Taux d'abstention records en 1969 et 2002, mais qui pourraient être battus

L'abstention revient au devant de la scène cette année. En prélude au premier tour de la présidentielle française, près d’un Français sur trois annonçait encore qu’il s’abstiendrait de voter ce dimanche, une estimation qui doit encore être confirmée par les résultats définitifs. Cependant, jamais dans l’histoire des élections françaises plus de 30% des votants se sont abstenus au premier tour.

Le record d'abstention pour un premier tour a été atteint lors de l'élection présidentielle de 2002. 28,4% des inscrits ne se sont pas déplacés pour voter, ce qui a notamment permis à l'extrême droite de Jean-Marie Le Pen d'accéder au second tour contre Jacques Chirac. Une onde de choc qui remobilisera les Français pour le second vote et pour les élections suivantes.

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En ce qui concerne le second tour, l’élection de 1969 a vu un taux encore plus élevé d'abstention, avec 31,1% d'inscrits qui n'ont pas voté. Un chiffre qui se justifie par le duel "droite-droite" opposant Georges Pompidou et Alain Poher. "La gauche n’était pas présente au deuxième tour. C’est une abstention qui s’explique pour des raisons de non-représentation de toute une partie des électeurs", révèle Anne Muxel, directrice de recherche au Cevipof, le Centre de recherches politiques de Sciences Po.

"Ils ne pouvaient pas se prononcer puisqu’ils n’avaient pas de candidat appartenant au camp politique dont ils se sentaient proches. C’est quasiment une abstention de nature mécanique", ajoute-t-elle.

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Deux fois président sans avoir été élu par le peuple

Devenir président de la République n'est pas donné à tout le monde. Pourtant, cela peut arriver au président du Sénat lorsque le président n'est pas en mesure de diriger le pays.

Président du Sénat de 1968 à 1992, Alan Poher est devenu président à deux reprises sans avoir été élu par les Français.

Poher a tout d'abord pris la tête du pays ad interim lorsque Charles De Gaulle a présenté sa démission en 1969. Il quitte la présidence 1 mois et 23 jours lorsqu'il perd le second tour des élections de 1969 face à Georges Pompidou élu avec 58,21 % des voix.

Quelques années plus tard, Georges Poher retrouve la place présidentielle lors du décès de George Pompidou en 1974. Il tiendra la présidence 1 mois et 25 jours jusqu'à la victoire de Valéry Giscard d'Estaing face à François Mitterrand le 27 mai 1974.

Alain Poher aura donc été président de la République à deux reprises pour une durée totale de 108 jours, soit trois mois et demi, et ce sans avoir été élu par le peuple.

Cinq président en seulement douze années

Entre 1887 et 1899, les Français auront connu pas mois de cinq présidents. Le 3 décembre 1887, Jules Grévy doit démissionner de sa présidence suite à une affaire de trafic d'influence : le scandale des "décorations".

Sadi Carnot lui succède mais est assassiné en 1984 par un anarchiste. De nouvelles élections sont alors organisées et Jean Casimir-Perier en sort vainqueur. Il réalisera le mandat le plus court de l'histoire présidentielle Française avec seulement six mois et vingt jours à la tête du pays. Impopulaire, ce dernier a présenté sa démission, s'estimant ignoré par ses ministres au vu de la faible importance du président sous la IIIe République.

De nouvelles élections voient alors Félix Faure prendre la place présidentielle mais ce dernier mourra brusquement avant la fin de son mandat en compagnie de sa maîtresse à l'Elysée, ce qui avait fait grand bruit. 

Emile Loubet reprendra ensuite la présidence le 18 février 1899 et deviendra donc le 5ème président de ces 12 années.

Quatre présidents sont décédés durant leur mandat

Depuis le début de la fonction présidentielle en France, trois candidats sont décédées alors qu'ils étaient présidents : Sandi Carno, assassiné par un anarchiste italien en 1894 ; Félix Faure, décédé d'un AVC en 1899 et Paul Doumer, assassiné en 1932.

Jean Casimir-Perier, recordman du mandat le plus court

À ce jour, Jean Casimir-Perier, détient encore le record du plus court mandat présidentiel, soit 6 mois et 20 jours entre le 27 juin 1894 et le 16 janvier 1895. Sixième président la République, Jean Casimir-Perier accède au plus haut strapontin de l'Etat suite à l'assassinat de Sadi Carnot par l'anarchiste italien Sante Geronimo Caserio. Une accession au pouvoir très mal accueillie par une grande partie de la classe politique française, en particulier par la gauche. Très vite marginalisé au sein de son propre gouvernement, Casimir-Perier jette l'éponge quelques mois seulement après son élection. 

Il remettra sa démission dans une lettre restée célèbre :

"Messieurs les sénateurs, Messieurs les députés,

Je ne me suis jamais dissimulé les difficultés de la tâche que l'Assemblée nationale m'a imposée. Je les avais prévues. Si on ne refuse pas un poste au moment du danger, on ne conserve une dignité qu'avec la conviction de servir son pays.

La présidence de la République, dépourvue de moyens d'action et de contrôle, ne peut puiser que ans la confiance de la nation la force morale sans laquelle elle n'est rien. Ce n'est ni du bon sens ni de la justice de la France que je doute ; mais on a réussi à égarer l'opinion publique : plus de vingt années de luttes pour la même cause, plus de vingt années d'attachement à la République, de dévouement à la démocratie, n'ont suffi ni à convaincre tous les républicains de la sincérité et de l'ardeur de ma foi politique, ni à désabuser des adversaires qui croient ou affectent de croire que je me ferai l'instrument de leurs passions et de leurs espérances.

Depuis six mois se poursuit une campagne de diffamation et d'injures contre l'armée, la magistrature, le Parlement, le chef irresponsable de l'État, et cette liberté de souffler les haines sociales continue à être appelée liberté de penser.

Le respect et l'ambition que j'ai pour mon pays, ne me permettent pas d'admettre qu'on puisse insulter chaque jour les meilleurs serviteurs de la patrie et celui qui la représente aux yeux de l'étranger.

Je ne me résigne pas à comparer le poids des responsabilités morales qui pèsent sur moi et l'impuissance à laquelle je suis condamné.

Peut-être me comprendra-t-on si j'affirme que les fictions constitutionnelles ne peuvent faire taire les exigences de la conscience politique : peut-être, en me démettant de mes fonctions, aurai-je tracé leur devoir à ceux qui ont le souci de la dignité du pouvoir et du bon renom de la France dans le monde.

Invariablement fidèle à moi-même, je demeure convaincu que les réformes ne se feront qu'avec le concours actif d'un Gouvernement résolu à assurer le respect des lois, à se faire obéir de ses subordonnés et à les grouper tous dans une action commune pour une œuvre commune.

J'ai foi, malgré les tristesses de l'heure présente, dans un avenir de progrès et de justice sociale.

Je dépose sur le bureau du Sénat et de la Chambre des députés ma démission des fonctions de président de la République française.

Casimir-Perier"

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