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Guerre en Ukraine

Tuteurs pour les mineurs étrangers non-accompagnés (MENA) ukrainiens, la Belgique "embauche"

Tuteurs pour MENA, un rôle méconnu

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15 avr. 2022 à 05:45 - mise à jour 10 mai 2022 à 05:45Temps de lecture3 min
Par Zoé van Perlstein

Tuteur, c’est un rôle méconnu et exercé par quelque cinq cents Belges. Ces personnes sont chargées de s’occuper des mineurs étrangers non accompagnés (MENA) qui arrivent sur le sol belge. Le flot migratoire venu d’Ukraine est en train de gonfler le nombre de MENA à prendre en charge. La Belgique ne dispose plus d’assez de tuteurs pour s’occuper de tout le monde.

Un MENA est défini comme tout individu de moins de dix-huit ans qui n’est pas accompagné d’une personne exerçant l’autorité parentale ou la tutelle. Un tuteur va être assigné à tous les MENA fraîchement arrivés. C'est le cas donc pour les mineurs ukrainiens.

À la date du 30 mars, ces mineurs étaient au moins 308 en Belgique et seulement 34 d’entre eux avaient déjà été pris en charge. Aujourd’hui, ils sont 559 à être enregistrés auprès du service des tutelles du SPF Justice. Vincent Van Quickenborne, le ministre fédéral de la Justice (Open VLD) a annoncé pour sa part vouloir investir 6,6 millions d’euros dans le service des tutelles et engager 60 nouveaux tuteurs.

>>> Témoignage de Ma Télé : Marie est tutrice de 38 mineurs étrangers

Le tuteur représente l’autorité parentale

AFP / Kenzo TRIBOUILLARD

L'objectif principal des tuteurs est de rechercher une solution durable pour leurs pupilles, mais le métier ne se limite pas à ça. Ils jouent un rôle d’accompagnement : ils aident les jeunes à s’installer et à faire partie de la société belge. Ils vont aussi veiller à ce que le mineur aille à l’école et bénéficie d’un soutien psychologique, des soins médicaux nécessaires, d’un endroit où vivre.

Ils sont les responsables judiciaires et administratifs des mineurs qu’ils suivent. Par exemple, Natacha Bettencourt, tutrice depuis maintenant six ans, s’est déjà fait réveiller à 4 heures du matin car un de ses pupilles passait la nuit au poste.

Ils doivent cependant faire attention à ne pas prendre la place des parents. Ils ne sont ainsi pas autorisés à héberger des MENA chez eux, ni à leur donner de l’argent. Cela pourrait être considéré comme un traitement de faveur et susciter des incompréhensions de la part des autres jeunes qui ne bénéficient pas d’un tuteur aussi généreux.

Natacha Bettencourt, tutrice.
Natacha Bettencourt, tutrice. RTBF

Tout le monde ne peut pas devenir tuteur, du moins pas un bon tuteur

Natacha est elle-même la fille d’un réfugié. Touchée par cette problématique, elle a commencé par travailler comme bénévole au parc Maximilien où elle a été témoin d’injustices. Pour elle, être tutrice, c'est sa façon d’amener sa pierre à l’édifice.

Mais "tout le monde ne peut pas devenir tuteur, du moins pas un bon tuteur", précise-t-elle. La tutrice avoue arriver parfois à saturation. "Il faut donner beaucoup et recevoir très peu. Je ne donne pas pour recevoir, mais parfois c’est un peu ingrat. Ce n’est pas toujours facile. Il faut de bonnes épaules pour supporter tout ça."

Une formation à suivre

La première étape pour devenir tuteur, c’est de déposer sa candidature, et si le dossier est accepté, passer un entretien de sélection. Ensuite, les tuteurs doivent suivre une formation de plusieurs jours, répartis sur le premier mois de leur activité, avec un suivi une fois par an.

Selon Natacha, les formations sont assez théoriques, mais complètes. D’autres peuvent aussi être choisies à la carte avec la possibilité de poser ses questions. Si ces formations ne sont pas suffisantes, elles constituent un bon début pour ne pas être pris au dépourvu. 

La rémunération varie

Il y a deux types de tuteurs. Les tuteurs privés peuvent suivre 40 tutelles par an maximum et sont rémunérés à hauteur d’un peu plus de 700 euros par tutelle par an. Les employés des associations telles que la Croix Rouge ou Caritas peuvent aussi devenir des "tuteurs employés". Ils sont payés 3500 euros par mois pour 25 tutelles.

Natacha, quant à elle, en exerce deux. Elle a un autre travail à temps plein et préfère faire moins, mais bien. Elle ne le fait pas pour la rémunération. "Les 600 euros, je les reçois, mais au final presque tout est dépensé pour les MENA. Par contre, je sais qu’il y en a qui n’en foutent pas une. Ils te prennent cinq MENA, parce que jusqu’à cinq tu ne dois pas payer d’impôts. Ils se font 3000 euros et ils ne font rien."

Contacté par la RTBF, le SPF Justice, via sa porte-parole Christine-Laura Kouassi, affirme pour sa part que des contrôles sont réalisés afin de s'assurer de la qualité des tutelles. 

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