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Monde Europe

UE/Chine : pour le Parlement européen, les contre-sanctions chinoises justifient un gel de l’accord sur les investissements

20 mai 2021 à 15:29Temps de lecture3 min
Par Belga

Les élus du Parlement européen ont adopté jeudi (à 599 voix pour, 30 contre et 58 abstentions) une résolution exprimant leur condamnation des "contre-sanctions" chinoises envers une série de personnalités et d’instances européennes dont le député belge Samuel Cogolati. Dans ce texte issu des principaux groupes politiques de l’Assemblée (tous sauf l’extrême droite d'"Identité & Démocratie" et la gauche radicale GUE/NGL), les eurodéputés indiquent qu’il n’est pas question pour eux de discuter de l’accord global sur les investissements UE-Chine tant que ces sanctions ne sont pas levées.

A l’origine, une sanction européenne

En mars, les Etats membres de l’UE avaient décidé de sanctionner quatre personnalités politiques chinoises actives dans la région du Xinjiang, ainsi qu’une agence étatique chinoise y gérant entre autres les centres de détention. Il s’agit d’une des premières fois que l’UE utilise son nouveau régime mondial de sanctions en matière de droits de l’homme.

La réplique de Pékin, qui continue de contester la détention arbitraire, le travail forcé et l’endoctrinement de milliers de personnes de minorités musulmanes sur son territoire, n’a pas tardé. La Chine a fait savoir qu’elle interdisait d’entrée sur son territoire et de relations commerciales avec la Chine une série de personnalités et d’organisations européennes. Cinq députés du Parlement européen sont concernés, mais aussi sa sous-commission "droits de l’homme", présidée par la Belge Marie Arena, des élus au niveau national, dont l’Ecolo Samuel Cogolati, et, entre autres, le Comité politique et de sécurité (COPS) du Conseil de l’UE, qui regroupe les ambassadeurs des Etats membres. Des universitaires s’intéressant à la situation au Xinjiang sont également visés.


►►► A lire aussi : L’UE veut contrer l’appétit des entreprises chinoises pour les firmes européennes


Les élus européens rappellent considérer les actes commis au Xinjiang contre la minorité ouïghoure comme "des crimes contre l’humanité". Les contre-sanctions chinoises sont "une attaque contre l’Union européenne et son Parlement dans son ensemble et, à ce titre, contre le siège de la démocratie et des valeurs européennes, ainsi que contre la liberté de la recherche", déplorent-ils.

Dans ces conditions, "le gel de tout examen de l’accord global sur les investissements (AGI) entre l’Union et la Chine, ainsi que de toute discussion sur l’approbation de celui-ci par le Parlement européen" est justifié, ajoute le texte. La Commission devrait "utiliser" la négociation de cet accord global "comme un levier pour améliorer la protection des droits de l’homme et soutenir la société civile en Chine", pointe le Parlement, qui veut aussi que l’UE pousse pour une enquête indépendante des Nations unies sur le Xinjiang.

La Commission doit profiter des mois qui viennent pour soutenir la société civile chinoise et amener la Chine à être plus conciliante

L’AGI, qui a fait l’objet d’un accord de principe fin 2020, fait partie de la boîte à outils de l’UE pour rééquilibrer les rapports commerciaux entre les deux parties.

La situation sur le plan des droits humains en Chine "s’étant dégradée au cours de la décennie écoulée, la Commission doit profiter des mois qui viennent pour soutenir la société civile chinoise et amener la Chine à être plus conciliante", a commenté jeudi l’eurodéputée Saskia Bricmont (Ecolo), dans un communiqué. Les Verts/ALE étaient demandeurs d’une liste des entreprises liées d’une manière ou d’une autre aux abus perpétrés contre les Ouïghours (entre autres les grands groupes qui bénéficient in fine de leur travail forcé), mais cela "n’a pas reçu le soutien nécessaire des autres groupes politiques", de même que "la proposition que les traités d’extradition passés entre les Etats membres et la Chine soient suspendus", a regretté le groupe des Verts/ALE.

 

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