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Ultra-favorite de cet Eurovision 2022, une victoire de l’Ukraine sera difficile à gérer : "On trouvera une solution", affirme-t-on à l’UER

Le groupe "Kalush Orchestra" représentera l’Ukraine cette année à Turin

On ne va pas se voiler la face : l’Ukraine est archi-favorite cette année pour remporter le concours Eurovision de la chanson. Selon le site Eurivisionworld.com, absolument tous les bookmakers donnent des cotes hallucinantes au groupe Kalush Orchestra et sa chanson "Stefania": 1,3 ou 1,4 contre 1, ce qui fait qu’ils lui donnent 60% de chances de victoire, contre 11% seulement à la Suède et 10% au Royaume-Uni.

On le sait, le règlement promeut l’"apolitisme ", mais dans les faits, le public lui vote parfois avec son cœur, ses yeux, ses émotions (et parfois ses affinités territoriales).

Le pays envahi par Moscou pourrait bien bénéficier d’un grand élan de soutien cette année. Rappelons que la Russie, elle, a été exclue du concours.

Une Ukraine vers laquelle tous les regards sont tournés, comme en 2016 ou la chanson "1944" de Jamala avait remporté le concours, sur fond d’annexion de la Crimée – survenue deux ans plus tôt —.

La chanson parlait de la déportation des Tatars de Crimée par les Soviétiques à la fin de la seconde guerre mondiale. Elle était passée sous les fourches caudines des organisateurs car elle parlait d’"histoire" et pas "d’actualité"… Ce qui n’a pas empêché les Russes de fulminer.

Ukraine déjà deux fois gagnante

L’Eurovision de 2017 avait donc été organisée à Kiev. C’était la deuxième fois, après l’édition de 2005 (organisée peu après la Révolution orange). Malgré la guerre dans le Donbass, le concours s’est tenu comme prévu, bien qu’il y eût des problèmes préalables dans l’organisation (démission de membres du comité organisation, retard dans la préparation…).

C’est le portugais Salvador Sobral qui avait décroché la timbale. Et la télé publique portugaise RTP d’avoir la charge, l’année d’après, d’organiser le show.

Mais cette année, l’Ukraine – à savoir la chaîne de télévision PBC, le gouvernement et la ville de Kiev comme en 2017 – pourrait-elle s’occuper, en plus de la guerre, de l’organisation d’une telle manifestation ? A-t-on prévu l’éventualité ?

L’UER aux aguets

A l’UER (Union européenne de Radio-Télévision) qui chapeaute le concours, on se dit bien conscient de la chose. Mais pour le directeur général adjoint de l’organisation, Jean-Philip De Tender, il s’agit en premier lieu de ne pas mettre la charrue avant les bœufs : "Tout d’abord, l’Ukraine n’a pas encore gagné. On sait qu’ils font partie des favoris, mais aussi que souvent les favoris des bookmakers ne sont pas forcément toujours les gagnants. Pour ça, il faut attendre ce soir (c’est la première demi-finale) et ensuite samedi. Mais vu le contexte, on y réfléchit évidemment".

Jean-Philip De Tender, à présent directeur-adjoint de l’UER, à Bruxelles en 2014
Jean-Philip De Tender, à présent directeur-adjoint de l’UER, à Bruxelles en 2014 © Tous droits réservés

Et le numéro 2 de l’Eurovision de se montrer rassurant dans l’éventualité d’un sacre ukrainien : "Si le groupe ukrainien est élu vainqueur samedi soir, on s’y mettra dès samedi soir. On prendra le défi à bras-le-corps quoi qu’il en soit et on trouvera une solution pour assurer la continuité du concours".

Peut-être faudra-t-il envisager d’ouvrir une nouvelle page dans l’histoire du concours, avec peut-être un nouveau scénario ?

À Genève (l’UER est basée là-bas), la question serait néanmoins déjà sur la table. "Les règles ne devraient pas changer" explique Jean-Philip De Tender. "Mais les règles disent aussi que l’on doit organiser le concours dans la sécurité de tous".

On se dirigerait donc dans un premier temps par une discussion avec les autorités ukrainiennes et la chaîne organisatrice PBC. "On cherchera une solution. Nous sommes bien conscients que c’est un événement qui coûte cher. Et la situation serait en effet compliquée pour Kiev. Peut-être faudra-t-il envisager d’ouvrir une nouvelle page dans l’histoire du concours, avec peut-être un nouveau scénario ?".

Des pistes pourraient donc être une organisation de l’événement dans un autre pays, une prise en charge des frais via une espèce de "pot commun"… Des discussions constructives auraient donc lieu assez rapidement dans la foulée d’une victoire musicale de l’Ukraine, si ce cas de figure devait devenir une réalité ce samedi.

Charge financière

C’est que le coût de l’organisation de tels shows télévisés est loin d’être anodin. On l’estime à environ 30 millions d’euros. Budget qui a déjà été, lors de précédentes éditions, explosé. Comme ce fut le cas pour le Danemark, en 2014. Près de 45 millions avaient finalement été engagés.

Souvent, la chaîne de télévision en charge de produire l’événement est aidée par une aide de l’état – traditionnellement environ un tiers du coût total – et de la ville-hôte. La vente de billets aide aussi, ainsi que les revenus de publicités et de Youtube – de plus en plus de spectateurs regardant les shows en ligne -.

De plus, les importantes sommes déboursées peuvent être compensées par de la création d’emploi et des retombées touristiques que cela peut entraîner. Du long terme donc, difficilement évaluable mais qui permet la plupart du temps aux organisations du pays-hôte de s’y retrouver. L’événement planétaire qui réunit chaque année entre environ 200 millions de téléspectateurs… Ce n’est pas rien.

Money, money, money

La Suède avec la ville de Malmö en 2013, l’opération s’est même avérée rentable. Cette année-là, les Scandinaves ont organisé l’événement avec 15 millions d’euros. Un budget riquiqui comparé à celui de Bakou l’année précédente. Finies les dépenses excessives dans les réceptions et autres petits fours. En 2012, ce sont 60 millions qui avaient été dépensés en Azerbaïdjan.

L’Eurovision devait alors servir de vitrine pour le pays (critiqué, notamment pour ses droits de l’Homme). On avait même construit une salle expressément pour l’occasion…

En 2015, on déclarait du côté de l’Eurovision à nos confrères de BFM que "tous les diffuseurs participants sont pleinement conscients qu’il y a une chance de gagner et donc d’organiser l’événement avec toutes les responsabilités que cela incombe". Généralement ça se passe bien mais on se souvient des difficultés qu’avait eues la chaîne nationale israélienne KAN en 2019 (l’Etat ayant décidé de ne pas soutenir financièrement), tout comme notre RTBF en 1987.

Big Five

Le show est donc une coproduction entre le radiodiffuseur hôte (celui du gagnant de l’année précédente) avec toutes les télévisions participantes membres de l’UER. Une quarantaine de pays qui paient un droit de participation à l’organe central genevois.

L’argent versé est proportionnel à l’audience enregistrée dans chaque pays. Le Figaro estimait en 2019 le coût pour France Télévisions à 300.000 euros annuel. C’est beaucoup, mais l’audience va de pair (environ 5 millions de Français, dont beaucoup de jeunes, se passionnent à présent pour le show).

L’Hexagone et quatre autres grands pays contributeurs à forte population, à savoir l’Italie, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne, sont ainsi regroupés depuis 1999 dans ce qu’on appelle "Les Big Five".

Cinq gros contributeurs qui sont depuis lors qualifiés d’office pour la finale. C’est le petit cadeau pour les sommes dépensées pour l’organisation…

2022, nous voilà !

Suspense donc pour le palmarès de cette année et donc le nom du pays en charge d’accueillir ses petits camarades européens (ou affinité, pensons à l’Australie, à Israël, à la Turquie ou encore aux pays du Caucase). Les regards sont portés sur l’Ukraine évidemment, mais aussi la Suède, l’Italie et l’Espagne, comme le souligne le Télégramme.

Et en tout état de cause, une solution serait trouvée pour pérenniser le concours l’an prochain, quoi qu’il en soit, souligne-t-on, optimistes, à l’UER. Pour que cet événement planétaire à présent, qui, selon certains, "mériterait un Prix Nobel de la paix" puisse continuer à rayonner et à passionner les foules et même les chercheurs universitaires qui s’intéressent depuis quelques années au phénomène, comme l’écrivent nos confrères des Echos.

La situation serait inédite, mais le concours n’en est pas à ses premiers soubresauts organisationnello-diplomatique, et pourrait faire montre de créativité pour surmonter la problématique. Car le concours, c’est aussi le symbole d’une Europe affichant unité et diversité. Et ce n’est pas que de la télé.

La folle histoire de l’Eurovision (8/10)

La grande scène de la paix, de l’amour et… des bisous !

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