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Un Belge sur trois ferait régulièrement des cauchemars impliquant... son manager

Un Belge sur trois ferait régulièrement des cauchemars impliquant... son manager
23 févr. 2022 à 08:264 min
Par Ibrahim Molough

Un employé sur trois souffre de cauchemars à cause de son patron, indique une nouvelle étude du site d’emploi StepStone sur le bien-être mental des employés et des managers, publiée le 8 février 2022 et menée auprès de 2000 participants. Ce chiffre représente une augmentation par rapport aux 23% enregistrés lors de l’édition 2019. Sur le panel total, 31% a même déjà demandé de l’aide pour sa santé mentale. C'est deux fois plus qu'en 2019. Le nombre d’employés ayant quitté son emploi en raison d’une mauvaise relation avec son manager reste stable de son côté. Enfin, 74% des employés interrogés affirment souhaiter changer de manager. 

Pourquoi de tels résultats ? Quelles sont les solutions qui peuvent être mises en place pour plus de bien-être au travail ?

Un problème aggravé par la crise

Selon Isabelle Godin, professeure en santé publique à l’ULB, spécialiste du bien-être au travail, il faut noter qu’il y a très peu d’information méthodologique sur l’échantillonnage du panel, dès lors, il convient de prendre ces résultats avec des pincettes. De plus, une sous-représentation des personnes qui sont en burn-out est possible, car elles ne sont pas présentes sur le lieu de travail. C’est ce qu’on appelle le "healthy worker effect" (biais du travailleur sain). "Si on s’intéresse uniquement au milieu de travail, on risque de prendre en considération seuls ceux qui sont présents… Justement pas les personnes incapables d’exercer un travail régulier : hospitalisées, absentes, malades, en burn-out, …", ajoute la professeure.

Elle souligne que l’étude reste intéressante pour se faire une idée globale sur le bien-être au travail.

Pour la professeure, tout cela n’est pas nouveau. Cela fait des décennies qu’elle étudie l’impact des conditions de travail sur la santé et le bien-être des travailleurs. Mais il est certain que la crise sanitaire a exacerbé certaines de ces conditions.

"Le télétravail a davantage circonscrit les relations de travail à l’essentiel. A distance, nous discutons évidemment, mais nous n’avons plus ces échanges informels qui permettent de mettre de l’huile dans les rouages… Pour régler les incompréhensions qui se seraient réglées en se lavant les mains dans les sanitaires ou en allant boire un café", précise Isabelle Godin.

Toujours selon Isabelle Godin, les effets du stress sur la santé cardiovasculaire sont constatés depuis les années 80. Les conditions de travail stressantes à une échelle populationnelle, sont aussi liées à la dépression, l’anxiété, au côlon irritable, la dyspepsie, … Qui sont des façons de somatiser le stress.

Les Japonais ont même un terme pour ça, Karoshi, la mort par dépassement du travail

Stéphanie Delroisse, docteure en psychologie à l’UCL, partage un constat similaire. La crise sanitaire a amplifié le mal-être professionnel, car le travail s’est invité dans la sphère privée via le télétravail. Malgré les avantages de ce dernier, les horaires sont devenus déstructurés et l’impression s’installe que le travail est partout et tout le temps. La psychologue considère que nous avons tous besoin de moments de décompression (boire un café avec des collègues, faire du sport, un moment de détente, …) pour se désengager cognitivement du travail. "Ce désengagement permet justement d’arrêter de ruminer et de penser son travail… Les insomnies ce sont des ruminations anxieuses qui perdurent la nuit, rien de plus… Faire un cauchemar de son patron pollue la vie privée, on dort mal et on reste éveillé", explique-t-elle.

Deux jours de télétravail et trois jours en présentiels, c’est la balance optimale. Au-delà on perd le contact avec les collègues

La psychologue souhaite préciser l’importance du manager : "le manager est une personne extrêmement importante car elle donne une direction à suivre et il est aussi le représentant des valeurs de l’entreprise… Il est le N + 1. Si une entreprise prône le respect et que le manager ne représente pas cette valeur, on se retrouve avec un décalage".

Des solutions existent...

Pour Stéphanie Delroisse, plusieurs solutions existent pour les employés souffrant d’anxiété liée au travail : "il y a des solutions internes et externes à l’entreprise. Déjà, il ne faut pas rester seul avec ses difficultés… On peut commencer par en parler à ses collègues qui vivent peut-être les mêmes difficultés que nous, ce qui peut mener à une action collective pour en parler avec la hiérarchie. Des conseillers en prévention et des psychologues au sein de l’entreprise sont parfois aussi présents au sein de certaines sociétés. Pour l’externe, on peut en parler à ses proches ou à des professionnels comme, par exemple, à des psychologues du travail, des coachs, son médecin traitant, …".

Elle souligne également l’importance des loisirs pour atteindre un équilibre dans sa vie : "il faut savoir relativiser et faire en sorte que son travail prenne moins de place dans sa vie. Les loisirs sont un excellent moyen de diminuer le risque de burn-out, ils permettent de mettre son énergie dans autre chose que son travail".

Les solutions généralement mises en place sont comme un emplâtre sur une jambe de bois

Les sources du problème qui sont les conditions de travail ne sont pas vraiment ajustées, selon Isabelle Godin. Pour elle, il est indispensable de travailler en amont et pas sur les effets. "Les réels problèmes sont qu’il n’y a pas de communication, pas de dialogue, pas de reconnaissance, pas de salaire correct, pas de perspectives de promotion. Les travailleurs doivent pouvoir aménager leur vie privée et professionnelle. Les différents acteurs de l’entreprise doivent vraiment se lancer dans un dialogue avec les employés… Parler de sécurité au travail et de sécurité du travail et ne pas se contenter de mesures. Une autre solution est de valoriser les efforts et les réalisations des employés. Ces efforts doivent être contrebalancés par des récompenses et de l’estime de la part des supérieurs hiérarchiques", précise-t-elle.

Stéphanie Delroisse rappelle que les attentes des employés ont changé. Beaucoup d’entre eux, en plus de chercher un travail durable, cherchent surtout un emploi qui a du "sens" et met en parallèle cette quête de sens avec les démissions en cascades aux États-Unis.

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