Chroniques

Un bouillon de culture au bord de l'explosion

21 avr. 2021 à 08:09 - mise à jour 21 avr. 2021 à 08:58Temps de lecture3 min
Par Bertrand Henne - Les coulisses du pouvoir

Le monde de la culture se mobilise pour obtenir son déconfinement ce vendredi lors du Codeco. La pression sur le politique est énorme avec des menaces claires de désobéissance côté francophone.

Car, comme pour l’Horeca, c’est surtout du côté francophone que la pression monte. Même s’il y a également des mobilisations côté flamand, elles sont beaucoup moins puissantes et moins relayées dans les médias. Le Soir évoque ce matin un plan de déconfinement mitonné par le secteur, un plan qui prévoit dès le 8 mai la tenue d’évènements de 100 personnes en intérieur et de 200 en extérieur. Le plan plein air actuel prévoit un chiffre d’au maximum 50.

La chasse à la culture ?

Le risque est donc très grand que le Comité de concertation déçoive le monde de la culture, et le risque est très grand que certains se déconfinent d’autorité, sans autorisation. Il est possible que la situation échappe au politique, qu’en plus de la chasse aux éventuelles terrasses illégales le premier mai, les policiers se retrouvent à la poursuite du concert de Sitar, à la guerre au seul en scène, à la répression d’une conférence sur l’Ecole de Francfort. Bref le risque c’est que l’Etat se retrouve débordé, et donne l’impression d’une guerre ouverte contre la culture.

Pourquoi en est-on arrivé là côté francophone ? A la base, il y a d’abord le fait que le monde de la culture, en particulier les arts vivants et l’événementiel est comme l’Horeca un secteur jugé à haut risque de transmission. C’est donc le premier secteur qui a fermé lors de la première et de la deuxième vague quand il a fallu faut faire face à l’urgence. Et c’était le dernier à rouvrir et dans des conditions strictes lorsque l’été passé le déconfinement fut venu. C’est vrai chez nous, et dans la plupart des pays frappés par le Covid. Rare sont ceux qui ont rouvert les salles de concert avant les commerces.

Cette réalité épidémiologique s’accompagne également du fait que la culture est en partie un secteur subsidié et que les subsides ont été garantis. Du point de vue de nombreux décideurs, le déconfinement du secteur culturel est donc moins urgent socialement ou économiquement que celui du commerce qui, en outre, coûte cher en indemnisations. Le secteur culturel considère qu’il est la dernière priorité du politique, ce n’est pas faux.

La faible urgence politique à rouvrir la culture est aussi liée au fait que le public n’est pas complètement privé de culture. Car une partie de la culture a pu continuer normalement, ou presque, c’est le cas des médias (RTBF, Netflix), le monde du livre (les librairies sont considérées comme essentielles), les musées (qui ont été rouverts). C’est donc une partie seulement du monde de la culture qui se retrouve confiné, celui de l’événementiel et des arts vivants.

Ras-le-bol généralisé

Le risque de rébellion s’inscrit aussi dans un contexte de ras-le-bol qui se généralise surtout côté francophone. Le politique paie aujourd’hui une gestion de crise que plus grand monde ne comprend. Car plutôt que la voie d’un confinement très strict, indiscriminé (on ferme tout ou presque comme il y a un an et on attend que le virus soit très bas pour rouvrir) la Belgique a préféré depuis la "fin" de la deuxième vague en février la voie de la gestion du risque, rouvrir ce qu’on peut avec comme objectif principal le fait de ne pas faire déborder ses soins intensifs.

Du coup certains secteurs rouvrent d’autres pas, une semaine on ferme au nom de la santé publique, deux semaines plus tard au rouvre au nom de la santé mentale. Et au bout du compte on a ni la santé publique, ni la santé mentale. Une partie grandissante de la population ne comprend plus le sens de tout ça. Elle a raison puisqu’il n’y a plus beaucoup de sens épidémiologique à y trouver. Il y a un sens politique par contre, celui de la recherche compliquée d’un compromis entre des partis qui ont des visions radicalement différentes de la manière de gérer cette crise, et qui au gré de l’évolution des rapports de force tire le gouvernail tantôt vers la liberté, tantôt vers les restrictions sans plus réussir à convaincre grand monde.


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Du coup on ne voit même plus ce que nous avons réussi. Maîtriser l’épidémie à partir de décembre et éviter une troisième vague aussi grave que l’ont connue plusieurs pays européens sans parler du Brésil ou l’Inde. On ne voit plus que le défi logistique des vaccins est jusqu’ici relevé eu égard aux doses disponibles ce qui nous place dans la bonne moyenne européenne. Ces éléments qui auraient pu apparaître comme positifs et mobilisateurs se sont en bonne partie effacés derrière la gestion erratique et court-termiste de ces deux derniers mois. Prochain court terme vendredi, éviter la rébellion des terrasses et des théâtres.

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