Justice

Un criminel surnommé "le coupeur de doigts" dément vouloir s’en prendre au ministre de la Justice

Photo d’illustration, sans lien avec les faits ou les personnes citées.

© Getty Images

28 sept. 2022 à 04:00 - mise à jour 28 sept. 2022 à 14:25Temps de lecture5 min
Par RTBF

"À ce stade des connaissances, Bressers n’est pas suspect de cette prétendue tentative d’enlèvement. Néanmoins, Bressers souhaite souligner qu’il rejette catégoriquement l’idée d’un enlèvement de ministre. Il nie expressément toute implication"Cette déclaration des avocats Hans Rieder et Yehudi Moszkowicz a été publiée sur le réseau social Twitter et transmise par courriel à la rédaction de la RTBF qui les avait sollicités ce lundi. Les avocats s’expriment "au nom de Flor Bressers concernant l’enlèvement déjoué (présumé) du ministre belge de la Justice".

Ces derniers jours, lorsqu’il s’est agi de tracer des hypothèses concernant l’identité d’un possible commanditaire des faits, le nom de Flor Bressers a plusieurs fois été évoqué dans les discussions tenues hors micro par des membres des services de sécurité. Nom ensuite repris dans quelques articles de presse. Souvent accolé d’un surnom : "de vingerknipper", traduisez "le coupeur de doigts".

Most Wanted

Soucieux de présenter une image plus policée, l’homme n’apprécie gère ce sobriquet. Mais au printemps 2021, le ministre de la Justice l’avait lui-même employé. C’était au moment où Flor Bressers se voyait incorporé à liste des "Most Wanted", les criminels les plus recherchés par la police belge.

Au micro de VTM, Vincent Van Quickenborne indique alors que l’homme "est surnommé le coupeur de doigts parce qu’il a coupé des phalanges avec un sécateur". Dans ce dossier datant de 2010, Flor Bressers était suspecté d’avoir agi par vengeance à la suite d’une trahison dans une affaire de drogue. Pour ces faits, il a finalement été blanchi.

Dans l’avis de recherche diffusé en mai 2021, la police fédérale faisait mention d’une condamnation dans une autre affaire de violence. En 2020, la cour d’appel d’Anvers a condamné Flor Bressers à quatre ans de prison pour des faits de "vol avec violence en bande, extorsion en bande avec armes et privation illégale de liberté avec menaces de mort". La victime était un trafiquant néerlandais, coupable aux yeux de ses bourreaux d’avoir fait échouer une livraison de drogue.

Aussi surnommé "l’Universitaire"

Flor Bressers est un Limbourgeois de 36 ans dont "De Vingerknipper" n’est pas le seul surnom. Peut-être préfère-t-il d’ailleurs celui plus flatteur d’"Universitaire", en référence à ses études dans le domaine de la criminologie.

Pour la justice belge, il fait aujourd’hui figure de suspect dans plusieurs enquêtes importantes liées au trafic international de drogue et à des faits de violence. Le décodage par les polices de plusieurs pays, dont la Belgique, de conversations échangées entre criminels via les applications cryptées Encrochat et Sky ECC aurait permis de mieux cerner l’étendue de ses activités et sa dangerosité.

Est-il le commanditaire d’une tentative d’enlèvement du ministre belge de la Justice ? Rien ne permet de l’affirmer pour l’instant mais, selon nos informations, la piste est envisagée par les enquêteurs. "C’est une des rares personnes capables d’imaginer mettre en œuvre ce genre de plan" se risque un habitué des dossiers de criminalité organisée.

La prison comme alibi ?

Concernant le mobile, une des hypothèses renvoie à un possible chantage. Flor Bressers est actuellement incarcéré en Suisse et la Belgique demande son extradition. Projetait-il d’utiliser le ministre comme monnaie d’échange pour obtenir sa libération ou celle de sa compagne emprisonnée en même temps que lui ? Encore une fois, rien ne permet de l’affirmer mais dans les rangs de la police et de la justice, on tient compte de ce scénario. On examine également des possibles connexions de Flor Bressers avec d’autres barons de la drogue.

Pour les avocats de Flor Bressers, la présence de celui-ci en prison doit être vue comme un alibi : "Bressers séjourne actuellement en détention en Suisse. Il est donc tout à fait impossible pour lui d’ordonner une telle action ou d’y être impliqué d’une quelconque manière".

Flor Bressers et sa compagne ont été interpellés à Zurich dans la soirée du mercredi 16 février 2022. Compte tenu de l’analyse de risque effectuée, la police cantonale de Zurich était appuyée par une unité d’intervention. Le couple vivait dans un immeuble luxueux. Les autorités suisses ont agi dans le cadre d’une enquête locale pour "fraude à l’identité à grande échelle" et sur base du mandat d’arrêt émis par la Belgique "pour enlèvement, séquestration, organisation criminelle, trafic de drogue et vol".

Une extradition qui se fait attendre

Depuis lors, Flor Bressers n’a toujours pas été remis à la Belgique. De recours en recours, la procédure d’extradition n’est pas bouclée. Contacté par la RTBF, l’Office fédéral de la justice (Suisse) signale qu’il informe "au plus tôt après qu’une extradition a été exécutée" et qu’il ne peut actuellement se prononcer sur une éventuelle date d’extradition. Nos questions concernant le régime de détention appliqué sont restées sans réponse.

Dans les jours suivant l’apparition de menaces envers le ministre de la Justice, les autorités belges n’auraient pas formulé de demande d’entraide judiciaire à la Suisse. Flor Bressers n’a donc pas été entendu dans ce cadre. Dans leur communiqué, ses avocats signalent que "les publications accusatrices prématurées et très légères sont injustes et donc très néfastes et répréhensibles". En conclusion, "Bressers demande d’arrêter et de s’abstenir (ndlr : de le pointer du doigt) à l’avenir", mentionne le communiqué.

Les réseaux criminels emploient des tueurs à gages et des ravisseurs

Dans le dossier des menaces à l’encontre du ministre de la Justice, quatre suspects néerlandais ont été interpellés aux Pays-Bas. Ces arrestations ont fait suite à la découverte d’une voiture à proximité du domicile de Vincent Van Quickenborne, le 23 septembre. A l’intérieur du véhicule, les policiers ont retrouvé un fusil d’assaut de conception moderne, deux armes de poing, deux bouteilles remplies d’essence et des colsons qui auraient pu servir à ligoter une personne kidnappée.

Un des quatre suspects est connu de la justice néerlandaise. Son nom apparaît dans une autre affaire de tentative d’enlèvement et de tentative de meurtre. Les quatre hommes ont tous refusé la procédure accélérée de remise à la Belgique et le tribunal d’Amsterdam devra donc se prononcer dans les prochaines semaines sur une remise éventuelle.

Ces suspects placés en détention pourraient être des exécutants, recrutés par des intermédiaires, eux-mêmes mandatés par un ou plusieurs commanditaires afin de remplir un contrat criminel. Comme le décrit l’agence de coopération Europol dans son rapport 2021 sur la menace de la criminalité grave et organisée en Europe (SOTCA), il arrive en effet que "les réseaux criminels emploient des tueurs à gages et des ravisseurs qui proposent leurs services".

Sur le même thème : Extrait JT (27/09/2022)

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