Regions

Un jeune Schaerbeekois accuse la police de Bruxelles-Capitale/Ixelles de violences graves

© Tous droits réservés

01 juil. 2021 à 16:32Temps de lecture2 min
Par Philippe Carlot

Le soir du match de football entre la Belgique et le Portugal, cinq amis décident de se rendre dans le centre-ville pour fêter la victoire des Diables rouges. Arrivés sur place, ils remarquent une forte concentration de policiers et la présence de fauteurs de trouble. Des casseurs visent les policiers au moyen de divers projectiles. 

Le groupe se disperse

La police se met à charger en direction du groupe d'amis, qui se disperse. Le groupe est scindé en deux parties, séparée chacune par un cordon infranchissable de policiers. Nidal et son ami entreprennent de contourner l'obstacle et se retrouvent rue Neuve. Là aussi, ils sont confrontés à la présence de policiers, au point de se retrouver pris en étau entre deux cordons de membres des forces de l'ordre.

Ne sachant plus que faire, les deux amis n'ont pas le temps de réfléchir : les policiers les chargent. Nidal, un Schaerbeekois de 21 ans, reçoit un coup de matraque et chancelle. Il décide de se coucher au sol pour montrer aux policiers qu'il coopère. Il nous raconte la suite. 

Je pense que c'est l'erreur que j'ai faite. En me mettant par terre, c'est à ce moment-là qu'ils se sont déchaînés sur moi. Ils m'ont attaqué uniquement au niveau de la tête. (...) Heureusement, j'ai eu le réflexe de protéger ma tête avec les mains. J'ai senti une rage, une haine en eux, incroyable.

Une violence incompréhensible

Nidal est toujours allongé par terre, en sang. Un autre agent le tire par les cheveux et l'asperge de spray lacrymogène en pleine figure. Un policier lui lie les mains dans le dos au moyen de colsons. Les injures fusent. 

Connard, fils de pute... Je n'ai pas crié, je n'ai pas crié un seul mot. Pour moi, c'était résister, résister, résister. Je ne sais pas combien ils étaient à me taper mais ils étaient beaucoup. J'ai remarqué que je saignais et j'avais fort mal au niveau de la jambe. 

Nidal se trouve en compagnie de cinq autres personnes, toutes Noires. "Pourtant, il y avait encore pas mal de monde dans la Rue Neuve à cette heure-là, et pas que des personnes noires", poursuit le jeune Schaerbeekois. "Et l'ami qui était avec moi, ils l'ont laissé partir. Il est blanc."

Des injures racistes

"C'est à ce moment-là que j'ai entendu des injures racistes", poursuit Nidal. "J'étais choqué. J'ai entendu : "tiens, ça dit la police raciste mais en même temps, c'est que des Africains qu'on arrête". Un autre a dit "on va encore devoir enfermer des Noirs dans des cages comme au zoo". On est en 2021, on n'a pas à dire des choses comme ça, surtout quand on est policier". 

Nidal est conduit en fourgon dans une cellule, du côté de la Rue Royale, pense-t-il. Là, un policier s'émeut de son état et décide qu'il faut le conduire à l'hôpital. Direction Saint-Pierre. Le diagnostic est sans ambiguïté : "Plaies sur la face antérieure de la jambe gauche par morsure de chien, également de multiples plaies punctiformes de morsures de chien. Agrafes cutanées du cuir chevelu (...) Retrait des agrafes dans une semaine." Curieusement, Nidal n'a aucun souvenir d'avoir vu de chien le soir des faits et ne se rappelle pas avoir été mordu. 

Nidal est sorti de l'hôpital en s'aidant avec des béquilles et reconduit en cellule avant d'être relâché sans audition ni procès-verbal. Il a consulté une avocate et déposé plainte auprès du parquet, du Comité P et d'Unia. Une constitution de partie civile auprès d'un juge d'instruction aura lieu la semaine prochaine. Depuis l'incident, le jeune homme souffre de troubles du sommeil et de l'appétit. Sa famille est traumatisée. 

La jambe de Nidal présente des traces de morsures de chien
La jambe de Nidal présente des traces de morsures de chien © Tous droits réservés

La zone de police ouvre une enquête

Nous avons contacté la zone de police de Bruxelles-Capitale/Ixelles. Pour tout commentaire, la porte-parole nous a signalé l'ouverture d'une enquête interne. 

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous