Jam

Un nouvel album pour Sudan Archives, violoniste de génie et pop star avant-gardiste

© Ally Green

19 sept. 2022 à 17:09Temps de lecture3 min
Par Guillaume Scheunders

Trois ans après son premier album Athena, Sudan Archives revient avec probablement l’un des albums de cette rentrée, Natural Born Prom Queen. Indescriptible, versatile, cette nouvelle sortie est une célébration de la vie, 18 pistes sur lesquelles elle s’expose et se raconte. Une deuxième plaque pour enfin montrer l’étendue de ses capacités et les multiples facettes d’elle-même : rockstar, pop star, rappeuse, chanteuse, violoniste et même multi-instrumentiste. On vous explique pourquoi elle est l’une des têtes montantes à suivre de près.

"Sometimes I think that if I was light-skinned/Then I would get into all the parties/Win all the Grammys, make the boys happy" peut-on entendre dans les premiers instants du morceau NBPQ (Topless), annonçant d’entrée de jeu qu’elle n’est pas ici pour pratiquer la langue de bois. Brittney Parks, 27 ans, est en passe de devenir l’icône d’une pop avant-gardiste, d’une jeunesse qui n’a que faire des conventions et qui célèbre la liberté dans une logique complètement hédoniste. Il y a en elle un peu de FKA Twigs, de Donna Summer, de Cardi B ou de Janet Jackson. À la base violoniste, on peut aisément faire un parallèle entre elle et un Sofiane Pamart, ce dernier ayant réussi à faire passer le piano classique dans les sphères pop et rap. Et à balayer avec ça toutes les règles tacites autour de ces nobles instruments. Si on peut se mettre derrière un Steinway, lunettes de soleil sur la tête et Yeezy aux pieds, pourquoi pas jouer du Stradivarius à l’envers sur une barre de pole dance, comme dans le clip de Selfish Soul ? "J’ai toujours voulu être strip-teaseuse !", expliquait-elle même récemment au magazine Numéro.

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Sans barrières

Elle qui a été introduite à la musique et au violon assez jeune, via la chorale de sa paroisse, ne les quittera jamais. Née à Los Angeles mais ayant grandi à Cincinnati, dans l’Ohio, Parks sera naturellement limitée dans son inspiration. Il faut dire que dans le Midwest, on écoute plus de la country, du blues ou du vieux jazz que de la pop et du R&B… Difficile de se sentir à l’aise lorsque son esprit ne demande qu’à innover. Back to California, donc. Après avoir sorti deux EP en 2017 et 2018, elle sortira son premier album, Athena, en 2019, sorte d’ode à la féminité. On retrouvera sur tous ces projets cette envie d’expérimenter autour d’un R&B infusé au violon. Fine technicienne, elle maîtrise le quatre cordes à la perfection, sans jamais toutefois le voir comme un instrument acoustique. Son truc, ce sont les pédales, les synthétiseurs MIDI et les boîtes à rythme. Et l’idée de produire un son inattendu, allant du folk presque celtique sur TDLY (Homegrown Land) aux séquences très pop de Selfish Soul. Sur ce deuxième opus, elle parle plus d'elle-même. Elle évoque à cœur ouvert sa famille, sa relation, son corps, parfois avec un franc parler décontenançant (Milk Me).

Ally Green

Comme dans une bonne majorité des projets d’expérimentation ces dernières années, Sudan Archives n’hésite pas à utiliser des éléments électroniques. Ses parents, provenant respectivement de Detroit et Chicago, n’y sont peut-être pas étrangers non plus. Le morceau d’ouverture, Home Maker, plante d’ailleurs un rythme binaire précédé de quelques collages sonores proches du style ambient. Freakalizer démarre quant à lui sur quelques notes presque kraftwerkiennes. Mais c’est surtout dans la griffe afro, héritée de ses ancêtres, que Natural Born Prom Queen tire son épingle du jeu.

Sulfureuse, expressive et extrêmement douée, Sudan Archives laissera sa trace dans l’échiquier musical, indubitablement. Son nom de scène l’y prédestine d’ailleurs, puisqu’elle l’a choisi en mémoire de la musique folk soudanaise, qui l’a toujours marquée, mais également pour rappeler que ses productions deviendront des archives musicales au fur et à mesure du temps. Comme si la volonté profonde était de laisser une empreinte dans le monde. C’est ce qui donne du sens à sa musique d’ailleurs : en restant hors des chantiers battus, elle s’efforce à créer de nouvelles sonorités et à faire évoluer le son plutôt que de reproduire des schémas pop et R&B déjà bien émoussés.

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L’Américaine viendra présenter ce deuxième album au Botanique le 17 novembre prochain. Infos : https://botanique.be/fr/concert/sudan-archives-2022.

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