Environnement

Un Œil sur demain : ils démontent les stations de ski obsolètes pour une montagne durable

Un Œil sur demain

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

En France,  le vieux téléski de Saint-Firmin, dans les Hautes-Alpes, entre Grenoble et Gap, vient d’être démonté. C’était une petite station à 1.500 mètres d’altitude, en moyenne montagne, comme les dizaines d’autres construites en France avec le “Plan neige” dans les années 1960. Mais avec le réchauffement climatique, il faut tourner la page et imaginer une autre montagne.

Démonter et évacuer une station de ski en pleine montagne, où la neige ne tombe plus assez depuis des années.
Démonter et évacuer une station de ski en pleine montagne, où la neige ne tombe plus assez depuis des années. © Adeline Percept

Il y avait là deux pistes rouges et une piste bleue, dont il ne reste qu’un plan sommaire dessiné au pinceau sur un panneau rouillé. Un téléski, six pylônes, une gare de départ et d’arrivée : tout cela est comme oublié à flanc de montagne depuis dix-sept ans sur les hauteurs de la commune de Saint-Firmin.

Aujourd’hui, c’est une pollution visuelle, mais aussi une possible pollution environnementale. Car, comme dans une ville fantôme, tout est resté intact : le moteur, les perches, le téléphone filaire couleur crème dont le combiné gît dans la poussière. C’est une situation tout à fait classique, selon Nicolas Masson, administrateur de l’association Mountainwilderness qui organise le démantèlement : “Rien n’a été organisé dans l’arrêt de ces petites stations de moyenne montagne”. 

Une année, il n’a pas neigé. On n’a pas ouvert. Puis une autre, et une troisième… Jusqu’à aujourd’hui. En arrivant au petit matin, l’équipe qui se met au travail doit d'abord débarrasser ces déchets. “Il y a des bidons contenant des huiles. Ils traînaient dans la cabane qui servait de gare de départ. Si on n’intervient pas, à terme, ces bidons vont finir par se retrouver dans l’environnement, explique-t-il. On voit aussi beaucoup de bouts de plastiques… Exposés aux intempéries, ils finissent par tomber en miettes, et cela fait des micro-plastiques dans la nature aussi.

Pour démanteler ce vieux téléski, une vingtaine de personnes sont en poste : des bénévoles, des travailleurs de la mairie et d’une entreprise prestataire - avec un peu de matériel et surtout les moyens du bord. Après avoir déboulonné les pylônes, ils les font chuter en tirant sur une corde. Ils sont ensuite tronçonnés, sciés à la disqueuse, sous les yeux de certains habitants qui ont connu la station tout petits. “Dans les années 1960, on n’avait pas de dameuse. Alors on remontait en damant avec les pieds et les skis, et une fois qu’on avait damé, on pouvait redescendre !”, se souvient Didier Beauzon, habitant de Saint-Firmin, avec l'accent chantant des Hautes-Alpes. “C’est un pincement au coeur, là où on a tant profité. Il y a 15 ans, la dernière fois où il a été rouvert parce qu’on avait les bonnes conditions d’enneigement, le téléski a été bondé par tous les gens de Saint-Firmin et des environs. Quand j’étais gosse, toutes les écoles de la vallée venaient !

Regarder le changement en face

Mais pour tout le monde ici, il n’y a plus d’autre choix que celui de faire face au changement.

Bénévole belge, Anouk Finet est aussi gardienne du refuge de la Soldanelle, en moyenne montagne, non loin de là dans le Vercors : “On sent qu’il y a une émotion de la part des habitants qui ont perdu un patrimoine qui leur était cher, mais on nettoie la montagne. Il y a un changement et il faut accepter le changement.

Au fil de la journée, un second pylône tombe, avant que les équipes se remettent en place pour abattre les éléments suivants, puis les stocker en bas de piste pour le ferrailleur qui viendra tout chercher.

Un second pylône tombe. Un ferrailleur viendra récupérer ses restes en fin de journée.
Un second pylône tombe. Un ferrailleur viendra récupérer ses restes en fin de journée. © Adeline Percept

Comme pour toutes ces installations obsolètes, l’organisation du démantèlement est complexe et spécifique. Il a fallu trois ans pour réunir les 26.000 euros nécessaires, avec des fonds publics (commune, Parc National des Écrins) et du mécénat (la fondation d’entreprise Snow Leader). Il a fallu parallèlement récolter le feu vert des différents propriétaires des équipements et du terrain ; un travail minutieux dans ces terrains ruraux morcellés au cadastre.

Loading...

Tourisme doux

L’association Mountainwilderness s’efforce d’organiser ce type de nettoyage depuis une vingtaine d’années. Avec un constat clair aujourd'hui : à 1.500 mètres d’altitude, les chances d’enneigement, trois mois dans l’année, sont devenues quasi nulles. En 70 chantiers, presque 590 tonnes de déchets ont été prélevées. Les bénévoles sont des skieurs, des alpinistes, des montagnards. Ils défendent leur vision de la montagne durable.

Les gens vont continuer à venir dans ce coin de moyenne montagne, non pas parce qu’il y a de l’aménagement, de l’infrastructure, mais parce qu’il n’y a rien, reprend Nicolas Masson. Le sentiment de nature sauvage, préservée, non aménagée, non artificialisée, c’est quelque chose de recherché, notamment par les 80% de population européenne qui vivent dans des contextes urbanisés.

Pour moi, la montagne durable est une montagne qui se pratique pendant les quatre saisons, et non plus dans des saisons marquées par l’hiver ou par l’été. C’est un tourisme doux, un tourisme écologique où on est en contemplation avec la nature et en harmonie, mais pas forcément pour consommer à tout prix”, détaille Anouk Finet.

Au bout de deux jours de travail, la récompense : une vision à 360 degrés de ce terrain sans cicatrices rendu au pâturage et à la randonnée. Rien que sur le territoire français, on recense encore une centaine de petites stations de ski à l’abandon.

Loading...

Inscrivez-vous à la newsletter Tendance

Mode, beauté, recettes, trucs et astuces au menu de la newsletter hebdomadaire du site Tendance de la RTBF.

Articles recommandés pour vous