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Un Œil sur demain : un laboratoire souterrain de déchets radioactifs

Un Œil sur demain

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02 oct. 2022 à 05:30 - mise à jour 03 oct. 2022 à 12:10Temps de lecture3 min
Par Adeline Percept avec Maurizio Sadutto

Que faire de nos déchets nucléaires ?

Les déchets les plus radioactifs, dits à durée de vie longue, n’ont pas encore de solution de traitement. Seule la solution d’un stockage à très long terme est envisagée par différents pays européens ainsi que les Etats-Unis. Visite du laboratoire français de Bure, dans la Meuse, à presque 500 mètres sous terre.

Plus bas, plus sûr ?

Une fois enfilés les casques et les téléphones satellites pour être joignables à tout moment, nous empruntons un ascenseur géant – en réalité, un des "puits" qui mène au laboratoire souterrain de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Comme d’autres pays européens, la France a décidé d’enfouir ces déchets très dangereux sous terre. Le laboratoire de Bure, en condition réelle, tente d’analyser tous les paramètres géologiques afin d’être certain de sécuriser ces déchets et de les isoler de l’Homme et de l’environnement à très long terme.

Il faut un peu plus de cinq minutes, et un trajet vertical de 490 mètres pour accéder à ces galeries qui accueillent 80 expérimentations et 28.000 forages permettant de recueillir chaque jour 3 millions de données. Ici se calculent toutes les conditions du futur stockage radioactif Cigéo.

Mais pourquoi avoir creusé à une telle profondeur ? Pour atteindre une couche d’argile stable qui date de 160 millions d’années… Une roche qui doit servir de “coffre-fort géologique” aux déchets radioactifs.

Après une vertigineuse descente verticale, de grandes galeries horizontales.
Après une vertigineuse descente verticale, de grandes galeries horizontales. © Adeline Percept
A gauche, Emilia Huret, chef du centre Andra de Meuse-Haute-Marne.

"Cette profondeur est un prérequis pour le stockage," explique Emilia Huret, chef du centre Andra de Meuse-Haute-Marne. "Cela lui permet pour les futurs milliers d’années de ne pas être affectée par les phénomènes de surface, c’est-à-dire ni les changements climatiques ni l’érosion. La constitution de ses minéraux est aussi favorable pour retenir les éléments radioactifs."

Dans les dédales du stockage profond seront placés les déchets nucléaires les plus dangereux qui ont une durée de “vie longue” (les déchets de Moyenne Activité à Vie Longue MA-VL et les déchets de Haute Activité à Vie Longue HA-VL). Certains restent hautement radioactifs plusieurs dizaines de milliers d’années.

Béton, acier : chaque déchet est mis dans différentes couches de conteneurs aux matériaux résistants. Mais ces enveloppes finiront par se fissurer et laisser échapper les radioéléments vers la surface.

"Les éléments les plus radioactifs ne sortiront de la couche de roche qu’au bout de 100.000 ans."
"Les éléments les plus radioactifs ne sortiront de la couche de roche qu’au bout de 100.000 ans." © Adeline Percept

Les 28.000 forages du laboratoire mesurent le comportement de la roche et doivent répondre à ce contre-la-montre. “Par exemple, nous avons fait des essais en plaçant des traceurs inertes qui ont la même dynamique que les radioéléments. Nous avons analysé à quelle vitesse ils pouvaient se déplacer dans l’argile. Aujourd’hui, nous savons que cette roche est capable de confiner pendant plusieurs centaines de milliers d’années les radioéléments. Les éléments les plus radioactifs ne sortiront de la couche qu’au bout de 100.000 ans”, indique Émilia Huret.

Des objections écologistes

Des camions viennent ici quotidiennement livrer des colis radioactifs dits "à vie courte".
Des camions viennent ici quotidiennement livrer des colis radioactifs dits "à vie courte". © Adeline Percept

Mais à la surface, des habitants réunis en collectif se battent contre ce stockage souterrain.

Enfouir ces déchets leur semble trop expérimental pour être une solution définitive.

“On ne sait pas ce qui va se passer sous terre, parce que si c’est enfoui, ce sera pour des milliers d’années ! Et nous disons : il faut maintenir ces déchets en surface et près des sites de production pour limiter les transports. On n’a pas la solution miracle, mais le bon sens nous dit : on coupe le robinet, on ferme le robinet” insiste Corinne François, militante du collectif “Bure Stop”. Aux côtés de ces habitants, l’ONG Greenpeace déplore des problématiques qui, selon elle, fragilisent ce projet : des questions sur la sûreté et les risques d’incendie, des questions sur la logistique, l’économie et l’éthique de ce centre de stockage.

Avant d’avoir – peut-être un jour – de nouvelles solutions technologiques, ces écologistes veulent que les déchets les plus radioactifs restent stockés en surface.

Un stockage plus près de la surface.
Un stockage plus près de la surface. © Adeline Percept

Comme sur le centre de stockage de l’Andra dans l’Aube, où des camions viennent quotidiennement livrer des colis radioactifs dits “à vie courte” – par exemple, les uniformes des travailleurs des centrales nucléaires contenus dans des colis très sécurisés. Mais même ces déchets-là vont devoir être surveillés pendant 300 ans.

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Sous la terre, il est prévu de placer tous les déchets les plus radioactifs des centrales françaises depuis leur construction dans les années 1960 jusqu’à leur démantèlement, soit 83.000 m³ de ces déchets.

Après ce laboratoire, les galeries de stockage doivent être construites à partir de 2025. D’autres pays sont à la pointe : la Suède, après quarante années d’études mais contre l’avis des écologistes également, a donné le feu vert au début de cette année à l’enfouissement de ses déchets en sous-sol.

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