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"Un reportage à vélo par jour" : que fait la RTBF pour tenter de limiter ses émissions de CO2 ?

Eric Boever à vélo pour un reportage sur le dimanche sans voiture à Bruxelles

© Gérard Rivoalan

24 sept. 2022 à 05:30 - mise à jour 26 sept. 2022 à 07:50Temps de lecture6 min
Par Sarah Heinderyckx, journaliste à la rédaction RTBF Info, pour Inside

À l’occasion de la semaine européenne de la mobilité, la rédaction de la RTBF s’est lancé un défi : réaliser un reportage par jour à vélo pour le journal télévisé. Dans les faits, relever ce défi s’est révélé plus difficile que prévu. Quels sont les principaux freins qui sont apparus ? Quels sont les autres efforts prévus par la rédaction et l’ensemble de la RTBF pour réduire son empreinte carbone ? On vous explique tout ici.


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Tout est parti de l’équipe "No Carbon", un groupe de travail qui rassemble plusieurs employés de la RTBF pour réfléchir à l’impact environnemental de l’entreprise. Très vite, dans le cadre de la semaine de la mobilité, l’idée surgit : pourquoi ne pas essayer de réaliser un reportage par jour à vélo pour le journal télévisé ? Des vélos électriques sont disponibles pour les journalistes de la rédaction, cela pourrait être l’occasion de motiver les équipes à les utiliser plus souvent.

Dans les faits pourtant, l’initiative s’est révélée plus compliquée que prévu. "Tous les sujets ne s’y prêtaient malheureusement pas, explique Odile Cambier, déléguée technique à la production du journal télévisé. Dès lors qu’il fallait faire deux ou trois interviews dans des communes très éloignées pour un JT de 13 heures, ce n’était pas envisageable de partir à vélo".

Autre difficulté au début de la semaine de la mobilité, les conditions météorologiques plutôt humides. "Du côté des équipes techniques, précise Odile, plusieurs personnes étaient partantes pour tenter l’expérience, sauf en cas de pluie. Il y avait pas mal d’appréhension à se retrouver dans le trafic bruxellois par mauvais temps, surtout pour ceux qui n’étaient pas habitués".

Le dimanche sans voiture, pourtant, une équipe est bien partie à vélo pour le journal de 13 heures, poussant même l’exercice jusqu’à réaliser un direct à deux roues que vous pouvez revoir ci-dessous.

Bruxelles : une journée sans voiture

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Eric Boever, le journaliste en question, témoigne : "Étant cycliste au quotidien, j’ai été ravi de couvrir la journée sans voiture sur deux roues, ou plutôt sur six puisque j’étais accompagné d’une camerawoman, Claire Verstraete, et d’un technicien, André Goyens, eux aussi à vélo. Nous avons effectué un direct mobile Rue de la Loi dans le JT13h et un reportage complet pour le JT19h30. Circuler en voiture siglée RTBF parmi les cyclistes, les piétons et les trottinettistes m’aurait mis mal à l’aise, c’était donc la bonne formule. Mais il faut être conscient des contraintes que cela implique, notamment en termes de transport et de sécurité du matériel, sans parler de la météo. Bref, une expérience que je recommande, mais sans improvisation".

Un matériel adéquat

Une expérience qui se prépare, donc, mais qui devrait pouvoir être facilitée à l’avenir. "Actuellement, la rédaction info de la RTBF a deux vélos à disposition en permanence, explique Hélie Moreau, gestionnaire des impacts environnementaux au service des facilités de la RTBF. Un vélo électrique normal, et un cargo. Sur réservation, il y a aussi quatre autres vélos électriques, un vélo pliable et un scooter électrique disponibles. Mais si la rédaction en a besoin, on pourrait prévoir plus de vélos réservés aux équipes de l’info".

Une réflexion est aussi en cours sur les types de vélos disponibles. Les vélos cargos sont en effet pratiques pour transporter en sécurité du matériel de tournage télévisé assez lourd et imposant, mais ils sont plus difficiles à manier pour des utilisateurs non avertis. Des vélos équipés de remorques à l’arrière sont beaucoup plus faciles à utiliser, mais ne permettent pas encore de sécuriser le matériel. Des boîtes cadenassées devraient pouvoir être adaptées à ces vélos à l’avenir.

L’avis des journalistes

Les journalistes de la rédaction sont au final un peu mitigés sur l’expérience. "Pour la radio, c’est super, explique d’abord la journaliste Manu Delporte, parce qu’on n’a pas beaucoup de matériel à transporter. Même si je ne suis pas une grande utilisatrice du vélo, j’ai trouvé ça très agréable et beaucoup plus facile qu’il y a 2-3 ans, je trouve que les infrastructures cyclistes à Bruxelles se sont bien améliorées".

Les équipes des réseaux sociaux qui utilisent du matériel plus léger sont eux aussi plus prompts à emprunter les vélos pour partir en reportage. Tout dépend en fait, bien souvent, du contexte.

Bruno Pons et Manu Delporte en partance pour un tournage à vélo à destination des réseaux sociaux de la RTBF
Bruno Pons et Manu Delporte en partance pour un tournage à vélo à destination des réseaux sociaux de la RTBF RTBF

La voiture est bien souvent un refuge

"Partir en reportage à vélo, ce n’est pas adapté à toutes les situations que nous connaissons, précise la journaliste Aline Delvoye. Bien souvent, le trajet en voiture permet au journaliste de passer des coups de téléphone ou de chercher des informations pendant que le cameraman ou la camerawoman est derrière le volant. En cas de conditions climatiques difficiles, la voiture est bien souvent un refuge dans lequel on peut travailler en attendant par exemple de passer en direct dans le journal".

Je ne me sens pas du tout à l’aise

Et puis certains ne se sentent tout simplement pas prêts à se lancer dans la circulation bruxelloise sans expérience. "Je ne fais pas de vélo dans ma vie privée, explique notre collègue Dominique Dussein, je n’ai donc pas les habitudes ni les réflexes d’un cycliste du quotidien. Par conséquent, je ne me sens pas du tout à l’aise de me lancer dans la circulation bruxelloise à vélo".

Notre collègue s’interroge, par contre, sur l’utilisation des voitures partagées du journal télévisé qui roulent actuellement toutes à l’essence. Des voitures hybrides ou électriques ne permettraient-elles pas de réduire notre impact environnemental ?

Vers des voitures électriques ou hybrides ?

Nous avons posé la question à Frédéric Pairoux, mobility manager et écoconseiller à la RTBF. "Il y a actuellement dix voitures partagées par les équipes du journal télévisé. Ce sont toutes des voitures essence avec de petites motorisations, moins polluantes que les autres, mais qui arrivent en fin de vie. Très clairement, nous souhaitons remplacer plusieurs de ces voitures par des véhicules électriques, le tout premier arrivera d’ailleurs début de l’année prochaine", précise-t-il.

Par ailleurs, quatre véhicules électriques sont déjà disponibles sur réservation pour ceux qui souhaiteraient se déplacer sur de faibles distances. Dans un premier temps, cependant, il faudra garder des véhicules thermiques à disposition de la rédaction. "Quand les équipes doivent se déplacer à Anvers et à Liège sur la même journée et rapidement, il faut évidemment que cela reste possible, explique Frédéric Pairoux. Mais à l’avenir, nous aurons de plus en plus de véhicules électriques, d’autant que leurs autonomies vont augmenter avec le temps et les avancées technologiques".

Limiter l’empreinte carbone de l’entreprise

À côté de l’expérience de la semaine de la mobilité et des réflexions en cours, un vrai chemin se dessine au sein de la RTBF pour limiter l’empreinte carbone de l’entreprise. L’équipe "no carbon" est à la recherche de volontaires en interne pour participer à des ateliers ces six prochains mois. Objectif : lister vingt actions concrètes en faveur de l’environnement qui seront ensuite soumises à la direction qui s’engage à en suivre au moins dix.

L’entreprise s’est déjà engagée à réduire de 15% la consommation énergétique de ses différents sites, à promouvoir la sobriété numérique, un meilleur tri des déchets et à travailler sur les questions de mobilité pour limiter son empreinte carbone. Nul doute que le futur bâtiment de la RTBF à Bruxelles, mieux isolé et plus compact, y participera nettement.


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Et ailleurs ?

D’autres médias ont déjà réfléchi aux enjeux environnementaux et se sont engagés comme Radio France cette année. Le groupe a publié une charte appelée Le Tournant dans laquelle il prévoit de former ses journalistes, d’exclure progressivement la publicité pour les services et produits les plus polluants. Le média de service public s’engage à traiter l’urgence climatique en se basant sur la science et garantit une information de référence et un traitement réaliste : ni inutilement anxiogène, ni réducteur. Radio France prévoit aussi de baisser son bilan carbone de 40% d’ici 2030 en rendant régulièrement et publiquement des comptes sur ses progrès.

Un manifeste assez similaire à celui du quotidien britannique The Guardian rendu public en 2019 déjà. Notre collègue Marie Van Cutsem en parlait début septembre dans l’émission Le Mug sur La Première à réécouter ci-dessous :

Capture d'ecran

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