Les ambassadeurs

Un signe mondialement connu est (presque) né à Saint-Gilles

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On vous emmène dans l’une des 19 communes de la région Bruxelloise. Nous partons pour Saint-Gilles ! Ville natale de Victor Horta et de Paul-Henri Spaak, notamment.  

Mais c’est aussi la commune d’un personnage politique à qui nous devons l’invention d’un signe de ralliement universel, encore largement utilisé de nos jours. 

Né à Bruxelles en 1894, Victor de Laveleye est un sportif aguerri, capitaine de l’équipe nationale de Hockey. Docteur en droit, il démarre sa carrière au Barreau aux côtés de Paul Hymans, éminence libérale. 

En 1926, il devient conseiller communal à Saint-Gilles ; en 1936, il est nommé à la présidence du Parti libéral : courageux, franc, optimiste et démocrate, il s’illustre par ses talents d’orateurs. Adversaire du rexisme de Degrelle, il multiplie les meetings en faveur de la démocratie. L’année suivante, en 1937, il devient, pour quelques mois, ministre de la Justice dans le gouvernement Van Zeeland. 

En 40, à la suite de l’invasion de la Belgique par l’Allemagne nazie, il suit le gouvernement belge en exode et il gagne l’Angleterre. Il arrive à Londres le 24 juin 1940 où il va œuvrer comme bénévole pour ce qui deviendra ‘l’Office parlementaire belge’ reconnu officiellement par le gouvernement britannique. Avec d’autres personnalités politiques, il va tenter d’apporter de l’aide aux quelques 15.000 réfugiés belges se trouvant en Grande-Bretagne, désireux de trouver du travail, de se loger ou tout simplement d’entrer en contact avec les membres de leurs familles restés en Belgique.

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Le 28 septembre 1940, la BBC met à disposition du gouvernement belge en exil ses installations pour maintenir le contact avec la Belgique. Ici Radio-Belgique" est née et Victor de Laveleye s’en voit confier la direction.  

Durant quatre années, il va assurer la diffusion d’une émission d’un quart d’heure à 20h15, relatant et commentant les dernières nouvelles de la guerre à l’attention des Belges. Ces émissions sont restées célèbres à plus d’un titre car elles apportaient réconfort et espoir à une population occupée par les Allemands. Aux côtés de Victor de Laveleye, on retrouve Jan Moedwil, speaker néerlandophone. Les jours pairs étaient réservés aux diffusions en français et les impairs aux diffusions en néerlandais.  

Nous sommes le mardi 14 janvier 1941 et Victor de Laveleye va avoir une idée de génie !  

Au cours de son émission du soir, il lance un défi aux auditeurs :

J’ai autre chose encore à vous proposer ce soir. Vous en ferez ce que vous en voudrez. Ecoutez ! […] Il faut que tous les patriotes de Belgique aient un signe de ralliement, qu’ils multiplient ce signe autour d’eux, qu’en le voyant inscrit partout, ils sachent qu’ils sont une multitude. Et que l’occupant, lui aussi, en voyant ce signe, toujours le même, se répéter indéfiniment, comprenne qu’il est entouré, cerné, par une foule immense de citoyens belges qui attendent impatiemment son premier fléchissement, guettent sa première défaillance. […] Je vous propose, comme signe de ralliement, la lettre V. Pourquoi ? Parce que V, c’est la première lettre de Victoire en français et de Vrijheid (Liberté) en flamand. Deux choses qui vont ensemble, la Victoire qui vous rendra la Liberté, la victoire de nos grands amis anglais. Et victoire, en anglais, se dit Victory. 

Ce signe de la victoire, symbole patriotique de la lutte anti nazie, va connaître un très grand retentissement en Europe occupée, retentissement qui rapidement revient aux oreilles des services d’informations britanniques.  En juin 1941, un anglais, le ‘colonel Britton’ (pseudonyme de D.E. Ritchie) a l’idée de reprendre le rythme de la lettre V en morse : trois sons courts et un son plus long (ti-ti-ti-ta).

Son avantage : il correspond précisément aux premières notes de la Symphonie nº 5 de Beethoven ! La BBC va l’associer au générique de lancement des émissions de radio destinées à l’Europe occupée. De nombreux articles vont s’ensuivre dans la presse britannique et Churchill lui-même va s’approprier le signe et contribuer à sa popularisation.  

Grace à Victor de Laveleye, le ‘V’ de la Victoire, sera devenu le symbole du ralliement autour d’un combat à gagner … celui de la ‘liberté morale inséparable de la dignité humaine’.

Retrouvez l’épisode des Ambassadeurs en télé consacré à la commune de Saint-Gilles sur Auvio.

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