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Un sommet Union europénne-Afrique pour "réinventer une relation"

Photo d'illustration (Charles Michel 2017)

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17 févr. 2022 à 18:29Temps de lecture3 min
Par Belga

Les dirigeants européens et africains ont entamé jeudi à Bruxelles un sommet UE-Union africaine, pour "réinventer une relation" et affronter des défis communs. Après une courte réunion des Vingt-Sept consacrée aux tensions autour de l'Ukraine, 40 des 55 dirigeants membres de l'Union africaine (UA) ont retrouvé leurs homologues de l'UE pour définir un nouveau partenariat fondé sur "l'échange et le partage".

"L"Afrique est en pleine mutation, elle a beaucoup changé", a souligné le président de l'Union africaine, le Sénégalais Macky Sall, qui a présenté la contribution africaine sous forme de huit propositions. Une déclaration commune sera adoptée lors du sommet et elle sera accompagnée d'une liste de projets concrets, dont l'un est une constellation de satellites lancée par l'UE pour élargir l'accès à l'internet en l'Afrique, a souligné le président français Emmanuel Macron.

"L'Europe a besoin d'une Afrique stable, sûre et prospère", a pour sa part insisté le président du Conseil européen, Charles Michel. "L'instabilité, les coups d'État mettent en péril le développement", a mis en garde le Belge.

L'UA a suspendu le Mali, le Burkina Faso, la Guinée et le Soudan après des coups d'État. La junte au pouvoir à Bamako a contraint la France et ses partenaires européens à officialiser jeudi leur retrait militaire du Mali au terme de neuf ans de lutte antidjihadiste. "La lutte contre le terrorisme au Sahel ne saurait être la seule affaire des pays africains", a averti Macky Sall, tout en disant comprendre cette décision.

Les méthodes russes et chinoises "très différentes des nôtres"

L'instabilité du continent africain est également alimentée par "les nouveaux acteurs" chinois et russes "dont les méthodes et les agendas sont très différents des nôtres", a souligné le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell. Les agissements dans plusieurs pays africains des mercenaires du groupe privé Wagner, dirigé par des hommes proches du Kremlin --ce que Moscou dément--, "sont un exemple des efforts de déstabilisation de la Russie dans des régions qui sont importantes pour l'UE", souligne un responsable européen.

Sur le continent africain, riche en matières premières, les grandes puissances, Chine en tête, se livrent à une lutte d'influence. "L'Afrique est courtisée, elle a le choix de ses partenaires", fait-on valoir à Bruxelles, qui entend proposer un partenariat "innovant" et "respectueux" des pays africains. Critiqués par des ONG, les Européens assurent qu'il n'est "pas question d'évacuer les sujets de respect de l'État de droit et des droits humains".

Lutte contre la pandémie

La lutte contre la pandémie est une autre priorité. Seulement 11% de la population du continent africain est entièrement vaccinée. L'UE a donné 150 millions de vaccins à l'Afrique et va poursuivre cet effort. Elle soutiendra aussi la création de centres de production de vaccins au Sénégal, au Rwanda, au Ghana et en Afrique du Sud.

Les Européens veulent également revoir leur soutien financier: une stratégie globale d'investissements dotée de 150 milliards d'euros sur sept ans est prévue pour "aider des projets voulus et portés par les Africains pour la transformation de leurs économies". La ministre belge de la Coopération au développement, Meryame Kitir, a à ce propos été à l'initiative d'un groupe de travail des pays européens avec le Centre africain de prévention et de contrôle des maladies.

Dès le début de la rencontre, il est toutefois apparu clairement que la partie africaine ne laisserait tomber la question sensible de la levée des brevets sur les vaccins anti-covid. "Nous ne céderons pas", a déclaré Mokgweetsi Masisi, le président du Botswana. Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a été encore plus clair. Il est temps que les anciennes puissances coloniales redonnent quelque chose au continent, par exemple en investissant dans les infrastructures, a-t-il déclaré. À ses yeux, un nouveau partenariat d'égal à égal entre l'UE et l'Afrique ne signifie pas seulement donner des vaccins, mais aussi permettre à l'Afrique de produire elle-même des vaccins.

Le climat et l'énergie sont également jugés prioritaires par les Africains: "Venant d'un État insulaire directement affecté, je veux que le changement climatique et notre vulnérabilité soient pris en compte", a affirmé le président des Seychelles Wavel Ramkalawan.

Pour Macky Sall, l'Afrique "n'est pas responsable du réchauffement climatique". Défendant le recours aux énergies fossiles, il a réclamé "un accompagnement sur une période de transition (...) qui permette de donner de l'électricité aux 600 millions d'Africains qui n'en ont pas encore", soit environ la moitié de la population du continent.

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