Un tableau de Jacob Jordaen, élève de Rubens, sommeillait incognito à la maison communale de Saint-Gilles

08 déc. 2020 à 16:57 - mise à jour 08 déc. 2020 à 16:57Temps de lecture2 min
Par Dominique Delhalle et Françoise Baré

Ce tableau n’a pas une, mais plusieurs histoires.

Jusqu’à l’année dernière, cette "Sainte Famille" de Jacob Jordaens sommeillait dans l’anonymat à l’hôtel de ville de Saint-Gilles, dans le bureau d’un échevin.

Une toile parmi d’autres, jusqu’à ce regard attentif et persistant d’un historien de l’art de passage.

Et si…

Et si c’était signé d’un élève de Pierre-Paul Rubens ?

Depuis ce mardi matin, le tableau est confié aux mains expertes de restaurateurs, à l’Institut royal du patrimoine artistique, à Bruxelles.

Un vrai de vrai, une pépite

Plus de doute sur son authenticité. Le style et la science se sont conjugués pour convaincre les hommes et les femmes de métier. De quel style s’agit-il ? "Personne ne peut peindre comme ça sans avoir la connaissance intime de la technique picturale de Rubens", analyse Constantin Pion, historien de l’art. C’est d’ailleurs lui qui a découvert le tableau. "Regardez ce travail de la carnation, cette façon de peindre la peau. C’est très difficile à imiter !"

Cette toile ne peut donc être signée que par un élève de Rubens "un artiste jeune et précis, qui peint rapidement".

Jacob Jordaens est devenu maître en 1615, cette version de la "Sainte Famille" date de 1617.

Pour la datation, plusieurs indices concordent, comme ces marques d’époque au fer rouge, à l’arrière du panneau, ou ce monogramme d’un célèbre fabricant de panneaux en relation régulière avec Jordaens et son condisciple Antoon Van Dyck.

Grâce à l’étude scientifique de la succession des cernes de croissance du bois, ce tableau est aussi un récit historique. Au total : une pépite !

La restauration est vraiment un moment privilégié

La "Sainte Famille" est un panneau de chêne, qui se révèle quatre siècles plus tard légèrement oxydé et un peu jauni.

Conservatrice et restauratrice de peinture à l’IRPA, Livia Depuydt est chargée de lui redonner de l’éclat, de la vie. "Ici, on devrait avoir du blanc, c’est plutôt couleur camaïeu. Et là, ce devrait être un rouge très franc, mais là c’est plutôt orangé."

Pour examiner la toile, Livia Depuydt utilise notamment des lumières, des ultra-violets, une loupe binoculaire, procède à des radiographies mais toute technique ou matériel ne supplante pas la lecture personnelle : "À l’œil, le support est en bon état. Il n’y a pas trop de soulèvements, mais je vois ici, au niveau du joint, qu’une fente se forme."

Le but de cette restauration n’est pas seulement d’embellir le tableau et de mettre en valeur l’œuvre de Jacob Jordaens : "La restauration est vraiment un moment privilégié. Nous pouvons découvrir une signature, une inscription, une façon et une écriture de peindre, une hésitation. Nous pouvons dès lors documenter les historiens de l’art."

Vers les beaux-arts

Et cette toile, que représente-t-elle ? Une Sainte Famille dans un intérieur privé. Jésus tient la pomme du péché originel comme pour la tendre hors du tableau, "un magnifique dialogue entre le commanditaire, ou le propriétaire qui était assis(e) et la Sainte Famille qui veille sur lui ou elle", observe Constantin Pion.

Dans un an, cette version de "la Sainte Famille", entièrement restaurée, sera exposée aux Musées royaux des Beaux-Arts, à Bruxelles.

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